Il suffit d'un mot

Mon blog, ce psy

Le handicap sans le regard, c’est par où

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      Dimanche 4 . -4° brouillard de 7h, +6° soleil de 15h Nous avons poursuivi un brouillard qui s’échappait à l’opposé de notre escapade, alors nous l’avons observé depuis une colline avec l’éloignement des grandes personnes pour les choses de l’enfance : une nostalgique déception de ne pas être dans ce lointain. Nous voulions le givre, nous avons eu le plein soleil qui le faisait fondre. J’aurais tant aimé revenir avec des photos blanches. C’est que ces temps-ci, la brume s’impose sur les nuits, parfois les jours, s’installe entre les personnes et lorsque, le soleil réchauffant de ses rayons légers, le brouillard se lève, il laisse derrière lui un monde givré – il doit y avoir beaucoup de brouillard dans le monde, particulièrement politique. Je m’étais imposé la sortie, ce matin où je pensais tant à photographier le givre, alors que j’aurais été si bien allongée chez moi dans un calme sans enfants. Alors l’après-midi lorsqu’ils sont ressortis pour aller chercher des branches de pin, je les ai laissé partir sans moi. Je n’ai rien fait, je me suis laissée baignée par la lassitude qui m’envahissait, comme si je ne pouvais pas encore profiter de ce calme. C’était sans doute le cas, une sorte d’effondrement léger et intouchable. Je les ai laissés décorer le sapin de branches. La fatigue s’installe. Je me fais traverser par tout ce que je ne partage pas avec les enfants, tous les endroits où je ne les emmène pas. Leur regard sur la maladie de leur mère ?   […]

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L’air pétrifié des chats

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Mon premier essai montage de deux photos..           2 Décembre . -3° Le monde s’est pétrifié. L’air blanchit et il ne s’agit plus de souffle, du notre, il ne s’agit pas, encore, de la neige, il blanchit de ces nuages qui se déposent sur la ville pour la presque journée, il blanchit et l’on ne voit plus à quelques mètres. J’ouvre les volets sur un nuage, les referme sur un autre, ils s’effilochent ou se compactent dans une beauté magnifique qui me devient inaccessible, je ne peux photographier l’invisible ni courir la nature, je ne peux plus exister dans la photo ; le monde s’est éloigné dans des profondeurs étonnantes, ce n’est pas seulement le brouillard, pas seulement le froid, c’est un ensemble comateux, une léthargie qui me cloue au sol. J’hiberne. Silence, c’est un silence sans mémoire, je signe une urgence de ne rien faire. Il y a de la fragilité là-dedans, un abandon peut-être même. J’ai fermé les volets tellement vite que je crois que l’air blanc est resté dehors, collé au bois. Et pourtant je me suis glacée, mon corps a chuté avec la température, il y a trop de degrés passés en dessous du zéro. Je me pétrifie avec la sensation d’un hiver interminable, la luminosité, si pauvre, m’engourdit les idées. Dans un coin de mon esprit, il y a cette pensée folle d’hivers dans le Sud, cette maison que mon mari nous prépare là-bas et qui soulagera mon corps, tout mon être. Alors même si le […]

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Inspection : délaisser ce qu’ils attendent

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La vulnérabilité. Elle s’est installée. Toute petite au commencement, prenant de plus en plus de place les heures, les jours passant. Et puis nous avons quitté novembre et les voyages, la route, les obligations et les douceurs, l’inspection est passée. Celle-ci n’a pas été des plus évidentes, s’est à priori bien déroulée pourtant – dans le sens, ils ne demandent pas de second rendez-vous. Pourtant, ils n’ont fait que pointer ce qui n’allait pas, ce qu’il ne savait pas. Comme le vocabulaire précis, déterminants et pronoms étant passé à la trappe d’un « et cela servira à quoi de connaitre par cœur », il connait la structure de la phrase sans se pencher sur leur nom, tout notre informel passant dans une joie d’apprendre où la grammaire n’a pas une grande place. Prince a stressé, a commis des erreurs dingues comme écrire « Les » Lest et s’obstiner avec le t – hors quand j’ai revu avec lui, il savait parfaitement bien l’écrire, ou comme des additions de trois lignes qu’il n’a pas réussi à calculer – on parle d’un enfant qui calcule avec 9 chiffres sans frémir ; j’ai vérifié, il savait parfaitement le faire. Ils sont persuadés qu’il ne sait pratiquement rien, il a essentiellement stressé. Pour d’autres choses, nous ne l’avions effectivement pas vu ; parallèlement attendre d’un enfant qu’il connaisse le programme de l’année alors que nous sommes au mois de novembre, cela me parait utopique. Mais pas à eux. L’idée ne les a pas frôlés et puis surtout l’informel, l’informel ne les frôle pas, […]

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Et shooter la vie réelle

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Encore une photo sur la route.. le soleil se levait sur le brouillard   La sensation est étonnante. Un peu comme lorsque je pouvais boire un verre d’alcool – ou plus exactement une gorgée d’alcool sauf que cette fois il s’agit de cannabis. Mon mari m’a convaincue d’essayer malgré le cout fort élevé du produit et je ne le regrette pas. Je n’ai pas eu la sensation de marcher au-dessus du sol et pourtant il s’en aurait fallu de peu. Non que je plane, il s’agit du simple acte de poser le pied à terre sans souffrance. Il est indéniable que cela, fait planer. Cela, et seulement cela. C’était un peu comme me croiser en avance, j’étais un peu plus loin que si je n’avais rien pris, rien avalé, j’étais un peu plus loin sur le chemin et surtout sans la douleur, j’étais dans un souffle à l’intérieur pour une vie à l’extérieur. Un peu comme si, voyez, j’avais été deux fois dans l’Univers. Un peu là, et un peu devant. J’imagine que cela faisait un peu trop longtemps que ce pied ne se posait pas. J’ai eu la main qui se pliait sous la douleur étrangement placée à l’intérieur de la paume et sur le dos, la main qui se distordait de tout ce que j’avais fait. Le pied a hurlé lorsque la douleur est revenue, hurlé que je n’aurais pas du le poser, pas dû marcher, pas dû me rendre plus loin que moi C’était hier – je n’écris plus rien qui soit […]

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Est-ce que je m’appartiens

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  Je n’ai plus envie de me dire. Là. L’extrême fatigue retient les mots. Ceux à dire, ceux à écrire. Je continue de voir les phrases et les mots, je les pose sur des bouts de papiers déchirés en attendant le moment où je me remettrai à l’écriture réelle, je tente de tout glisser dans le même carnet ; des phrases qui me montrent tout l’éloignement nécessaire pour se dire sans y être. Un effondrement entre ce que je sais, crois savoir, écris, un gouffre à rendre lisible pour un lecteur potentiel, qu’il le traverse comme il me traverse, moi. Je crois que j’écris que je ne sais pas et c’est cela le plus étonnant, l’histoire qui s’écrit où je suis au centre en y étant si peu puisque je parle d’elles. Ne pas être dans ce qui s’écrit en y étant pleinement, ce paradoxe né de l’écriture et qui devient roman. Je me demande, tellement, si je vais arriver à rendre, à dire, à faire dire. Est-ce qu’à un moment on sait qu’on a tout écrit ? Qu’on peut s’arrêter ?     J’ai vu passer la journée pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes en me disant que je n’étais décidément pas présente, parce que c’est tout de même fou qu’un jour comme celui-ci, je n’ai rien à en dire. Je suis tombée par hasard sur l’escalier de Nicole Ferroni, j’ai vaguement lu quelques tweets et un article sur ce corps qui appartient à soi et non à l’autre et globalement […]

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