Aujourd’hui ça tombe

Rien n’est raccord ces temps, il fait 10° en été et 28° en automne, les jours tranchent les saisons avec indélicatesse. Sans doute aucun ces rayons de soleil, réchauffants et lumineux à en faire presque croire à un été pourtant lointain, tombaient bien en ce second jour d’automne : nous étions pour ce Salon, dans une parfaite plénitude : les livres, la chaleur, la tranquillité. C’est que les enfants étaient partis alors que je restais, j’ai savouré pratiquement deux heures seule avec l’ami et des auteurs si adorables, tout s’enchainait doucement et j’ai songé un instant, à ses mots qui m’attendaient…

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui ça tombe

menetrol Aujourd'hui ça tombe
Les Aventuriales, Ménetrol

 
 

Aujourd’hui quatre murs


 

Est-ce que l’on peut compter en murs, lorsque le ciel est bleu et que les rayons du soleil caressent les branches hantées par l’automne.. J’avais ouvert la fenêtre et appelé l’envie, laissé entré l’air et dans le four grossissaient des muffins immenses et magnifiques, délicieux, surtout, évidemment délicieux. Aucun de ces quatre murs n’a pu retenir ni les odeurs envoutantes ni les enfants joyeux, la vie s’est échappée et nous nous sommes envolés au-delà, bien au-delà de nous.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui quatre murs
 

Vous vous croyez bien à l’abri derrière vos murailles. Vous croyez pouvoir confiner tout un peuple comme on parque du bétail. Mais toutes les murailles se fissurent lorsque la glaise humaine se met à remuer.
Emmanuel Ruben – Sous les serpents du ciel

muffin Aujourd'hui quatre murs

muffin
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Aujourd’hui j’ai testé les muffins sans les moules officiels, ces petites choses siliconées innettoyables. J’ai de jolis ramequins qui vont au four, c’était l’occasion rêvé d’essayer, de voir ce que cela donnerait. Je me suis sentie un peu perdue au-dessus du vide, c’était étonnant comme sensation, je ne faisais rien qui soit particulièrement fou. J’ai mis à sonner au hasard seize minutes et puis finalement il fallut dix de plus et ils étaient là, parfaits. Meilleurs même, tellement plus moelleux que lorsqu’ils sont petits..
Devinez ce qui va disparaitre de mon tiroir ?
 
 

Le sac Claude, de MMllel


Dans un temps fort fort lointain, MMllel me demandait si je voulais bien recevoir un sac fabriqué de ses mains, en échange d’une critique. J’ai mis un peu de temps à accepter, il a mis un peu de temps à me l’envoyer, j’ai mis tout-ce-temps-là multiplié par les gouttes d’eau tombées du ciel et divisé par les étoiles dans le même ciel pour prendre des photos et vous le montrer. Ce sac, c’est une histoire temporelle entre la vie et moi.

Il a été cousu dans un jean, il est donc, et c’est vraiment une chouette idée, pour une bonne base fait de tissus recyclés. Sur le côté il y a une petite poche où je cache nos trois cartes de médiathèque. C’est que j’ai un sac qui doit être léger – pari tenu pour celui-ci – et je n’emporte donc jamais de porte-cartes ; il contient un tout petit carnet, un stylo, mon téléphone et un mouchoir. Le minimum vital. Lorsque je suis en forme, j’y rajoute ma liseuse mais honnêtement c’est chose rare. Je me déboite trop facilement l’épaule. Alors, légèreté. Si je n’avais pas les articulations délicates, il pourrait tout aussi bien contenir un roman en papier, il y a de la place, même s’il le cache comme ça, sous son air tout petit. Futé, le sac.
Je suis particulièrement sous le charme du tissu intérieur, avec ses petits fleurs bleues.. J’aime aussi beaucoup les petits détails, comme les boutons purement présents pour un aspect esthétique. Le noir, là, surtout !
La cordelette avec les jolies perles mériterait une boutonnière plus serrée, elles ont tendance à se perdre à l’intérieur. Je les fais toujours revenir sans difficulté, ceci dit.

Je vous le présente, en photo :


sac

sac




Ce tissu, mais ce tissu <3




Ce bouton est juste sublime


Si la forme particulière de ce sac vous plait, vous pouvez passer une commande à MMllel, il se fera un plaisir de suivre vos envies !
Son mail : A.blackdoll at gmail . com
Son facebook : Inseparables07

Merci encore 🙂 Il m’accompagne à la moindre sortie !

 
 

Aujourd’hui pas envie de – je vais mieux que ça


Je n’ai pas eu envie. De coudre ranger trier lire rire, il y avait cette place pour toute la fatigue du monde et son angoisse. Je me trouvais avant l’être juste dans l’avant la fêlure le vide d’on ne sait quelle existence. J’ai médité, fermé les yeux, j’ai recentré tous les morceaux pour ne pas me rendre plus loin, à la dérive. Et je n’y suis pas allée, plus loin. Pas revenue, non plus. C’est toujours étrange cet état avec soi, étrange de respirer entre deux molécules d’air et s’étrangler.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui pas envie de


Quelques-uns d’entre vous disent, « La joie est plus grande que la tristesse », et d’autres disent, « Non, c’est la tristesse qui est la plus grande ». Mais je vous dis, elles sont inséparables. Elles viennent ensemble, et quand l’une est assise seule avec vous à votre table, n’oubliez pas que l’autre est endormie sur votre lit.

Khalil Gibran – Le prophète


fleur pistils Aujourd'hui pas envie de
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Évidemment, je vais mieux que ça. Les mots sont parfois une vérité à amoindrir, l’intensité y est telle que décrite, et pourtant je vais mieux que cela. Vraiment. Je ne pleure pas, c’est pourtant là.. Entre les larmes qui ne sortent pas et le sourire, un entre deux, une respiration, une méditation. Je me situe sur tous les points à la fois, et je suppose, tant que je n’aurai pas trouvé ce qui me met à terre je serai là, à prendre un ascenseur. Grâce à un ange – peut-on parler de figure de style – j’ai retrouvé l’accès aux mots, je me dis en grattant le papier et en tapotant des doigts, en soulevant des coins que je pensais arrondis, je me retrouve quelque peu – et bousculée. Je me sens un peu brouillée sur les pensées et ce qui se dit finalement, un mélange hasardeux. Je me demande si je n’ai jamais écrit autrement, en même temps.
Et puis ce roman alors, je vais le dire, dites, enfin ?

 
 

Aujourd’hui un outil pour – et une grande pagaille de pensée



Je ne me sens plus fantôme en moi-même, je retrouve ce chemin particulier des douceurs quotidiennes ; je me suis un peu bricolée de fils de mots de rires, il me semble que ça a tenu en cimentant avec les gratitudes toute la journée, ne voir que la beauté des instants et oublier lâcher ce qui ne s’est pas très bien déroulé . Il me fallait un outil bien sûr pour ne pas risquer de tout perdre, l’informatique est capricieux surtout les réseaux alors j’ai pris un carnet encore vierge et je l’ai ouvert – à la bougie, quoi d’autre, et j’ai écrit merci.


bougie et carnet Aujourd'hui un outil pour

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui un outil pour


Il se peut qu’un unique tourment, toujours le même, déplacé, méconnu, soit au coeur de tous nos tourments, que tout ce qui a sur nous de l’effet n’ait qu’une seule cause.
Colette Fellous – Plein été


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Je couchais les enfants, seule ce soir. Et il m’est revenu soudain ce souvenir, niché loin dans les tréfonds d’un train entre Paris et la campagne. Je ne sais pourquoi il m’est réapparu là, entre les draps et la couette de hibou qui tournait dans tous les sens. Il me semble que j’avais cinq ans – ah, comme lui -, je me souviens des mouvements et du compartiment, nous trois et ma difficulté à me sentir bien, là. Mon oncle était assis en face de sa femme, je me tenais sans doute je n’étais pas droite sur un siège à côté d’elle, proche de la fenêtre je regardais le défilé des couleurs. Quel signe ai-je bien pu envoyer.. ? Ma tante m’a attrapé la tête. Sèchement attrapé la tête. Ce geste brutal m’a fait me figer, comme si j’étais traquée. Elle a posé ma tête sur ses genoux et m’a tenu là.
Et je n’ai . pas . compris.
Les yeux grands ouverts j’ai continué à regarder le paysage filer, celui qui venait de prendre quatre-vingt dix degrés d’une manière si incompréhensible. Je me suis laissée faire. J’ai laissé ma tête là où elle avait été posée. Sidérée. Je le suis toujours, sidérée, là, depuis mes quarante années, comment ai-je pu ainsi me laisser diriger. Comment. Le temps a passé depuis ma situation inconfortable. Et puis j’ai senti ma tante se pencher en avant, mon oncle s’avancer croyant qu’elle voulait parler mais c’était pour moi, encore pour moi. Elle a vu mes yeux grands ouverts et elle m’a enlevée de ses genoux dans un geste agacé, j’avais mal fait, je ne m’étais pas endormie, elle voulait que je dorme, c’était cela, qu’elle avait attendu de moi, alors.. C’était cela.
Je me souviens de sa colère, de la tension entre nous. J’aurais du dormir, j’aurais du être malléable.

Je me sens souvent comme à mes cinq ans, dans ce train, à ne pas comprendre ce que me veut le Monde. A ne pas comprendre comment interagir avec les uns ou avec les autres. Je saisis des milliers de choses, je peux lire trois livres dans une journée, je sais brancher des fils électriques entre eux et réparer une prise, j’apprends à coudre juste comme ça, je peux apprendre un instrument en quelques heures, je ne saisis pas les maths mais j’ai compris les fractales, je me crois souvent très bête et pourtant je comprends les choses très rapidement, je sais quel fil tirer chez une personne pour l’aider à avancer dans sa vie, j’entends les mots dans les silences, j’ai une énorme capacité de résilience qui dépasse l’entendement, … et je ne saisis pas les codes de la société, je m’épuise je ne sais pas je m’essouffle à essayer.
Je ne peux plus, essayer.
Je remonte aussi pour ça, parce que je ne peux plus essayer – et pourtant il me semble, ce n’était pas ce qui m’a fait sombrer, c’était une bipolarité anxieuse, une qui me vient parfois et me fait monter et descendre et monter et descendre et c’est l’enfer et j’en crève juste ce qu’il faut.

Je me recule de ce qui me parait incompréhensible. Je m’entends dans un autre silence – est-ce que je peux demander, est-ce qu’il y a quelqu’un ? – je ne sais même pas pourquoi je raconte je dis j’expose, je laisse les mots couler et vraiment, que veut-il dire tout ce fatras, est-ce qu’il n’y a pas derrière encore, tout ce qui n’a pas été dit – les belles rencontres dans les incompréhensions, et les éloignements qui disent tout..
Je me demande parfois, pourquoi ce besoin de tant rencontrer de belles personnes, de manquer à ce point de discussions passionnantes, si la clé ne serait pas de se relever et descendre de ce train, fermer les portes et m’ouvrir et se suffire à soi-même avec tous ceux qui déjà partagent ma vie et l’embellissent. Comprendre les interactions n’est pas à ma portée, et puis ? Et d’ailleurs, en vrai, entre vous et moi, est-ce que le monde le sait, lui, le sait-il mieux que moi ?

Les nuits arrivent doucement, les rayons de soleil aussi, il n’y a plus qu’à récolter..