Stellaire holostée #fleur

Cette fleur, je la trouve joyeuse, vive, libérée, elle égaye les bois de sa présence. Il pourrait y avoir des fées minuscules sur ses pétales qu’elle n’aurait pas davantage de légèreté. Allez savoir pourquoi je ressens cela en la voyant..

Malheureusement pour la débutante que je suis – et sans la moindre formation à l’horizon– en botanique il existe bien des fleurs semblables les unes aux autres, ce ne sont pas les similitudes qui peuvent manquer dans une même famille. Je ne pense pas me tromper dans mon identification, mais la dame ici me fait me poser mille questions maintenant que j’ai lu cette page. Toute personne connaisseuse passant par là voudra bien gentiment me confirmer ou non l’identification de mes photos ?

 

fleur pistils

 

Nom scientifique complet : Stellaria holostea L., 1753
Autres appellations : Langue d’oiseau, Herbe à la Sainte-Vierge, épingles de la Vierge
Famille : Caryophyllacées
Habitat et répartition : Haies et bois – Dans presque toute la France ; rare dans la région méditerranéenne. – Presque toute l’Europe ; Asie occidentale ; Afrique septentrionale.
Altitude : 0 – 1700 mètres
Utilisation alimentaire : les jeunes pousses, feuilles et fleurs sont comestibles en salade (goût du petit pois), mais les organes végétatifs sont en général trop coriaces et filandreux avec l’âge, et il ne faut pas en abuser à cause de sa qualité légèrement laxative voire toxique.1
Utilisation médicinale : Dans les pharmacopées traditionnelles en Europe, sa richesse en saponines et flavonoïdes fait qu’elle elle était employée comme la Stellaire intermédiaire (diurétique, troubles gastro-intestinaux), mais surtout, une fois écrasée, en applications externes, en particulier sur les furoncles et les anthrax.1
Écologie : Les chenilles de papillons de nuit se nourrissent de son feuillage et de ses fleurs.
Anecdote : Le nom « holostée » veut dire « entièrement [constitué] d’os », en raison de la forme particulière des tiges, anguleuses, et renflées aux extrémités, ce qui les fait ressembler quelque peu à des os. Comme la tige est particulièrement cassante, la stellaire était autrefois tout naturellement préconisée dans le traitement des fractures, selon la théorie des signatures1.
 


Auvergne, 5 mai 2018


Auvergne, 2017

Sources :
1 Wikipédia
Fleurs des champs
Quelle est cette fleur
Jardin ! L’encyclopédie

Petit Prince

Il a dix ans, c’est arrivé tout à l’heure. Je me suis levée, réveillée par son petit frère parce qu’à 9h18 et après trois venues je n’étais toujours pas debout, je me suis levée donc et Prince avait dix-ans-presque. Il a fallu attendre midi, dans ma tête, dans mon corps. Le souvenir. Je me souviens de bien des heures souples tant qu’il était encore en moi, de bien des heures incroyables et décalées tant qu’il est resté avec nous, de bien des heures de joie à voir des gens se retourner dans la rue sur ses yeux incroyables – et ce surnom de petit Prince qu’il avait, avec sa blondeur et son écharpe rouge au vent -, de bien des heures difficiles lorsqu’il a intégré le monde à trois ans. De toutes ces heures, douces, belles, dures, violentes, joyeuses, vives…

Il n’est plus si petit, maintenant, cela se voit. Même si encore parfois je dis « les petits » en parlant d’eux – c’est rare, ça m’arrive – ni l’un ni l’autre ne le sont encore. Je suis admirative de la manière dont il grandit au milieu de ses angoisses, de ses tics, il apprend, il jongle avec ses émotions envahissantes, il sourit. Beaucoup. Autant qu’il pleure de stress, je crois. Il est magnifique. Je suis passée avec lui par toutes les phases possibles, surtout celle où j’ai pensé que nous ne nous en sortirions jamais ; sans doute la même qui a fait dire à ma belle-mère « si ça continue il devra aller en institution » – souvent, elle a des réflexions qui manquent de classe. Mais non, cet enfant s’est accroché, nous aussi, très fort, à lui, à nous, à tout. Pas aux psys, parce que les psys nous ont franchement abandonné, sur ce coup. On s’est accroché à sa surdouance – finalement une psy nous avait apporté cela, ça nous a énormément aidé , on s’est accroché à notre amour, on s’est accroché à des vacances, et puis à notre colère à nos joies à ce quotidien avec deux enfants différemment atypiques.
Alors bien sûr ce n’est pas toujours simple, sa fragilité émotionnelle est grande, et pourtant.. il a tellement progressé. Il y aura bientôt une année entière – à vingt-neuf jours près – qu’il ne s’est pas jeté contre un mur. Qu’il n’a pas hurlé à se frapper, à nous frapper. Une année entière sans débordement de cette excessivité-là.

Alors dix années et dix bougies soufflées, cette fois nous avions tout, même le gâteau, au chocolat s’il vous plait – et j’en ai même mangé et je vais gonfler et on s’en fiche. La meilleure journée, m’ont-ils dit, pourtant c’était juste à la maison, entre nous, tranquille, avec des jeux. Pas d’enfants invités, parce qu’il était indécis, encore, avec cette notion. Et puis ce gâteau au chocolat forcément c’était magique, je n’en fais jamais, cette allergie nous pourrit la vie à tous – j’assure qu’une vie sans chocolat on n’en meurt pas mais que tout de même parfois ça me crée un manque.

Cet enfant parfois, en toute sincérité, je doute. Lorsque je lui demande de m’écrire cent en chiffres et que non rien c’est le vide il ne sait pas et que son frère, 6 ans, répond à sa place et même que mille c’est un 1 et trois 0 je me sens dépassée, est-il réellement surdoué cet enfant. Et puis très vite je suis frappée par ses connaissances lorsqu’il se sent en sécurité. Il a reçu en cadeau, par ses grands-parents, le jeu C’est pas sorcier sur l’écologie franchement pas évident pour un enfant malgré l’âge de 8 ans affiché sur la boite – je suis sceptique, c’est davantage un jeu pour jeune adulte je pense. Et bien il nous a gagné, contre quatre adultes. Cet enfant, si je devais le définir, c’est qu’il nous échappe complètement, qu’il n’est pas cernable facilement, qu’il est incroyable.
Je l’aime d’amour.

Et pas d’allumette

Il a hurlé c’était la joie, la pure, la plus que vive, il tenait entre ses doigts un trèfle à quatre feuilles et puis un second et puis un sixième et puis une dizaine c’était juste fou. Tout un nid. Et puis un second nid. Et puis un immense nid de trèfles à quatre feuilles et même à cinq. La mutation génétique fonctionne fortement par ici, elle semble reine des lieux. C’était la semaine dernière, le dix de ce mai-ci. Ils étaient si impatients tous les deux j’ai dit oui alors depuis j’espère bien que ce n’était pas une erreur ce oui, qu’ils pouvaient les considérer comme suffisamment secs. Ils étaient un peu tremblants un peu trop verts ils étaient d’une telle fragilité tout à plat et donc ils les ont collé dans leur herbier. Je crois, je vais devoir leur apprendre la patience !

Ce qui me rappelle, j’ai oublié le mien. Ce qui me souviens, j’ai oublié les cartes. Je suis de dix mille projets, toujours, c’est fou, je continue j’oublie d’arrêter j’oublie de continuer. L’inconstance.. suis-je donc complètement évaporée ?
 

De l’extérieur, on ne semble pas différent.
Dedans, rien n’est plus pareil.
Paulo se sentait comme ça. A côté.
En voyage vers un lieu inconnu où tout est admirable
parce que rien ne fonctionne comme on en a l’habitude.

Pauline Alphen

 

Et puis aujourd’hui cet anniversaire et demain cet autre, mais comme nous ne faisons jamais rien comme il faut – il parait – il y avait une bière à la grenade et du jus de framboises mais pas de cadeau à déballer puisque déjà offert et pas de repas spécial et pas de gâteau puisque la fatigue a tout explosé, et même les bougies mêmes elles n’y étaient pas. Je suis un chouille triste il est heureux, la journée est un peu à l’envers. C’était peut-être aussi à cause d’un chaton tout doux tout sombre disparu 48h puis réapparu comme une fleur avec plein de câlins et une faim colossale, l’inquiétude ça met à l’envers toutes les heures sans distinction, même les jours de fêtes. Alors le soulagement, ah le soulagement, je crois qu’on l’a vécu aussi fort que la disparition elle-même, je crois bien qu’on a ri qu’on a dansé, je crois bien, il y avait un peu deux fois la fête aujourd’hui..

Combien as-tu marché

J’avance sur les mots que je ne prononce pas, ou alors pas à la bonne personne – il faut dire, elle a su me plier de mille manière. Je reprends consistance – il s’agit tellement de cela – je reprends sans forme, aussi. La nuit est insaisissable ou alors tourmentée, j’improvise un repos oscillant, libéré d’une fixité trash – on ne meurt pas la nuit. Au petit matin trop sombre pour moi, Hibou a collé ses jambes si froides contre ma peau brûlante de sommeil, il a peur des maisons toutes endormies – elles vivent une vie effrayante. Alors il se réfugie là chaque matin sans son papa, et maintenant c’est tout le temps que je ne dors pas après mes nuits blessées, c’est tout le temps son absence et mon petit enfant contre moi. Mon mari s’épuise.

Cette semaine il m’a semblé vivre mille vies, dont une aurait dû inclure un fauteuil roulant mais ça n’a pas été dans mes capacités, je rechigne fondamentalement à m’y poser, m’y faire pousser. J’ai un travail à faire sur moi absolument bouleversant. A la place, nous avons appelé LeChat, qu’il vienne nous chercher puisque je ne pouvais plus marcher malgré la genouillère. Blanche a râlé, un peu, elle pouvait me pousser. Je ne me fais pas à la perte d’indépendance, et même si j’ai dû appeler à l’aide j’ai la sensation totalement erronée d’avoir maitrisé, je suppose. Je ne sais pas. Je suis dans ma ville, c’est plus difficile dans ma ville, je souhaite rester invisible encore un peu. Je suppose. Même quand je ne devrais pas, même lorsque je devrais prendre soin de moi. J’ai une image à déconstruire.

 

Nous n’avons pas véritablement une existence courte,
mais nous en gaspillons une part considérable

Sénèque

 

Je suis d’une famille en santé. Elle est affichée, elle baigne dans une jolie bourgeoisie impeccable et irréprochable. Nous allions tous toujours bien, nous étions une famille normale, montrable. Il n’y avait que ma mère qui avait ce droit elle l’avait arraché, et puis mon grand-père lorsqu’il a développé un cancer, là tout de même ma grand-mère a dit « il est à l’hôpital », le cancer s’est vu silencieux tant qu’il était là ; bien plus tard elle a pu en prononcer le mot, pas vraiment à voix haute. Il m’a fallu une dizaine d’années pour un jour mettre les mots sur l’arrêt cardiaque de mon grand-père, dont j’avais été témoin, la charge émotionnelle n’est pas passée. Une autre dizaine – pas tout à fait la même – pour qu’ils puissent discuter de la perte de l’enfant jumeau, de mon petit cousin ou petite cousine, de la panique générée et de mon grand-père nous emmenant ma cousine et moi en voiture, je le revois passer la tête dans la rue et dire « le samu est toujours là » et de cette phrase incroyable mais tu te souviens de ça ?! comme s’il était possible d’effacer l’angoisse de cette journée. Comme si je pouvais la taire, aussi. Je ne suis pas une taiseuse. Ou alors pas très longtemps. Je crois que ma grand-mère pourrait tenir la mort entre ses doigts qu’elle dirait encore que tout va bien, elle lui offrirait une tasse de thé, elle s’habillerait du dimanche et elle sourirait. C’est un peu ce qu’elle a fait, lorsque je suis née sans père, elle a attendu que l’alerte passe, avec le sourire ; et puis ses amis ont donné leur accord et elle a recommencé à respirer, avec moi. J’ai été acceptée par ses amis, avant même ma famille. Elle me l’a annoncé, un chiffon à poussière à la main. Une évidence. Avec le recul il me semble voir poindre une ironie puissante : ils ont failli me claquer la porte au nez alors que je n’avais pas encore respiré ma première gorgée d’air et c’est moi, avec vingt années de plus qui ait claqué cette même porte. Il faut croire qu’elle ne devait pas rester ouverte, qu’il fallait ce mouvement, qu’il n’était pas négociable.

Et puis.
Donc.
La maladie de ma mère. Les regards affligés de ma grand-mère, tu sais elle est malade et ma révolte, ma haine aussi, elle est malade de s’écouter ma mère j’aurais voulu lui répondre, et j’aurais eu le tort de la jeunesse impatiente et en colère mais raison aussi car c’était cela aussi, j’aurais eu tort car elle l’était oui évidemment. Seulement sa maladie a écarté la mienne, nous ne pouvions être deux, il manquait de place sur l’étagère familiale ou dans le cœur de chacun, il s’agit souvent de ça. De manque de place pour ce qui est douloureux.

Alors quand ma santé s’est dégradée et que j’ai arrêté de marcher normalement, qu’il m’a fallu des béquilles au lycée puis un fauteuil durant un séjour, personne dans la famille ne l’a vraiment su ou ne s’en est préoccupé. Mon errance médicale, les hôpitaux pour la seconde fois, les médecins, les spécialistes, je n’ai pas eu de questions. La maladie n’existait pas. Je n’étais pas la bonne malade, je n’étais pas ma mère. J’étais suspendue.

Dans ma famille je crois on meurt par hasard, on marche jusqu’à se perdre.
Alors peut-être je peine à me trouver, sans regard (les leurs) avec trop de regards (les vôtres).

Il va bien falloir que je trouve cet équilibre, mes enfants ne vont pas m’attendre, Hibou déjà disait il y a quelques jours j’en ai tellement marre d’avoir mal tout le temps, tellement marre d’avoir davantage mal que les autres. Voir son genou partir sur un angle improbable, il m’a semblé en mourir, là, dans le magasin. Il est certain que mes enfants ne vont pas attendre que je me décide à l’assumer ce fauteuil-qui-n-a-pas-le-bon-rouge, ils vont me bousculer avant. Ne serait-ce que pour qu’ils puissent avancer eux sur ce drôle de chemin.