Ce que j’apprends de l’instant présent

J’ai la sensation, dérangeante, d’être devenue quelqu’un d’autre en quelques heures.
Dérangeante, essentiellement parce que je ne m’y suis pas attendue, qu’il n’y avait rien, vraiment, que je voyais venir, que je voyais bouger. Et puis la minette est arrivée, avec ses besoins de câlins, son ventre rond, ses petits qui se lovaient dans ma main. Son amour. Sa confiance. Absolue.

Elle m’a regardée avec ses yeux terribles, a grimpé sur mes genoux. Je venais de m’asseoir. J’avais passé la journée ailleurs – là où j’apprends à aimer les rues, les boutiques, les rencontres étonnantes et passagères – j’avais passé la journée à parler, écouter, espritifier – et même j’avais dit qu’il faudrait avec moi, qu’ils trouvent un autre biais, et dès fois juste on ne s’entend pas parler, mais eux, oui, ils entendent -, je me suis achetée une jupe-pantalon en soie offrant une grande souplesse aux mouvements et aussi une jupe noire – avec un petit peu de fleurs roses dans un coin, oui rose, oui je sais – et je l’ai porté dans l’instant. La vendeuse a retiré l’étiquette, sur moi, dans mon dos, elle riait de mon empressement je riais de rien, je ne voulais simplement plus le pantalon que j’avais enfilé le matin. J’étais donc en robe et en jupe, la perfection aurait été des sandales ou au moins des chaussettes noires – elles étaient blanches à pois violets, nul n’est parfait et je m’en moquais bien. Sous le soleil nous étions deux avec un thé vraiment imbuvable, et puis un nouveau carnet et tellement de choses à parler, à taire, à Hum (private joke). Pas une seconde ne m’a effleuré l’esprit que la minette pouvait faire ses petits pendant que nous étions absentes, il était évident qu’elle attendrait ou alors qu’elle les ferait loin de nous. Elle a attendu. Que nous soyons rentrées, que nous ayons mangé, que je lui ai fait un nid improvisé avec une cagette et de vieux vêtements, que je me sois assise. Elle m’a regardée avec ses yeux terribles, elle a grimpé sur mes genoux, je lui ai grattouillé la tête en me disant qu’il ne faudrait pas qu’elle perde les eaux sur ma jupe neuve. Elle a perdu les eaux. Sur ma jupe neuve. Elle s’est mise un peu en boule sur moi, en miaulant très fort et en me regardant comme si j’avais tous les secrets de la terre en moi et l’espace d’un instant je n’ai plus su quoi faire. Je n’ai pas appris à accueillir une maman chat qui veut avoir ses bébés sur moi, je n’ai pas les clés pour une telle confiance, si absolue. J’ai pataugé quelques secondes, j’ai appelé Blanche, avant de réaliser que tout allait bien, j’avais simplement une maman chat pleine d’amour et très inquiète. Je l’ai posée proche de la cagette, je la lui ai montrée et tout de suite elle l’a acceptée et a grimpé dedans – je me suis demandé, j’ai un pouvoir sur ce chat ? Pour lui faire accepter comme ça, pouf ?. Un peu partout ils disent, ceux qui connaissent les chats, qu’il faut laisser la chatte tranquille mais celle-ci ils ne la connaissaient pas, celle-ci angoissait dès qu’on ne la caressait plus, elle se levait pour nous suivre, nous avons dû rester auprès d’elle, à nous relayer, pendant des heures. Je me suis endormie. Mal. Terriblement mal. Blanche veillait la minette, me permettant de dormir pour ne pas être fracassée et j’ai bien mal utilisé ce temps. Des rêves, dont un terrible, absolument terrible, qui n’était pas à moi. Nauséeuse, je me suis levée à 4h45 et j’ai pu voir les quatre nouveaux nés, magnifiques, j’ai assisté à l’expulsion du placenta du dernier chaton, j’ai caressé une maman chat qui était en demande, je me suis extasiée.

Je raconte mal.
C’est que je n’y suis plus. Déjà. Je suis avec les petits, sublimes. Une douzaine d’heures de vie, et le plus âgé s’échappait déjà dans le salon, les yeux fermés. Piaillant qu’il était perdu. La minette l’a attrapé délicatement, avec un léger agacement et un regard pour nous, ils sont incroyables, tous les cinq. Nous avons eu peur un peu, pour le dernier qui semblait à la traine et puis il a rattrapé tout les autres. Je suis confiante.

Je raconte mal.
Ça ne m’atteint pas. Je suis changée, j’avance à tâtons sur la condition animale, sur les droits que nous avons sur eux. C’est que, je n’y avais jamais réfléchi. Nous ne voulons pas de chat, ils se sont installés à cinq ; nous devrions songer à les placer, mais nous ne nous en occupons pas, nous ne pouvons pas. Ce n’est pas envisageable, pas pensable. De quel droit ? Je fais confiance à la vie, ils se placeront comme la minette ou alors elle les emmènera elle-même, une nuit, ailleurs. Elle m’apprend, cette minette, à vivre l’instant présent, je ne sais jamais si elle sera là au matin, si elle voudra rester davantage. Je m’émerveille depuis huit jours, de la voir toujours présente. Un matin peut-être, elle disparaîtra, elle sera ailleurs, elle vivra sa vie sans nous. Je ne sais pas, je ne sais rien. J’aime ne rien savoir, ne rien prévoir. J’apprends l’instant présent, oui, pleinement. Le lâcher prise est tel que je n’arrive à nommer aucun des chats présents. Hibou appelle la chatte « Bulle », Lutine a donné un nom à chaque petit et me regarde avec l’espoir que j’accepte… je n’en suis pas là. Je ne peux qu’observer et voir venir, apprécier chaque journée, je ne peux qu’être.

chatons
Entre dix heures (gris foncé et blanc) et douze heures (gris clair et roux) de vie

chatons ensemble

chatons mêlés l'instant présent
Elle s’est, un peu, faite escalader. A la base, le blanc avait sa tête DANS son oreille

minette et chaton l'instant présent
Ce ne sont pas les plus belles photos du monde, mais je ne veux pas ennuyer trop la chatte..

C’était cela, je te demandais de faire attention

Je me sors de cette léthargie qui me clouait au canapé, au lit, au sol. Les vertiges semblent avoir cessé, les douleurs sont moindres – hormis une phalange qui hurle dès que je bouge le doigt -, et si la fatigue me revient encore un peu rapidement, j’ai pu rester assise plusieurs heures. Toute en silence, parce que je ne sais pas bien le dire, parce qu’ils ne savent pas bien le recevoir, ces autres de passage. On se regarde, souvent, mais comment se dire… ? J’y tais l’essentiel, j’y efface l’essentiel ; je me sens souvent aussi insaisissable qu’ils le sont – il me faudrait un filet à papillons pour les attraper, tous.

J’ai avancé, écrit, un peu. Assez bien. Je crois. Qu’en sais-je, de ces mots-là qui ne me viennent pas de l’intérieur. J’ai découvert qu’on pouvait être un auteur formidable en parlant de soi, en témoignant. Et mauvais pour les romans. Sans doute, je me situe là – j’en ai vibré, en lisant ces mots qui ne m’étaient pas destinés.

Je me suis retrouvée perplexe puis perturbée, enfin angoissée. Devant le logiciel Antidote, pour qui je tapais le mot « enfantin » et dont je cherchais des idées dans le champ lexical. Je vous laisse découvrir la liste, le premier m’a sauté au visage, puis deux autres, plus éloignés. Je ne suis qu’incompréhension.

antidote enfantine faire attention

Je ne m’y attendais pas, je me suis sentie agressée. Une situation enfantine, me semblait bien éloignée de la prostitution ou de la pornographie. Même si. Ce n’est pas avec mon vécu et celui de pratiquement toutes les personnes que je connais, que je vais pouvoir éloigner la sexualité de l’enfance.
Reste que.
Je.

Il a téléphoné, il m’a dit « on viendrait le 20 ou alors en août », je n’ai entendu réellement que leur venue, les mots qu’on se dira et ceux qu’on ne dira pas, ce qui restera dessous avec douceur et ce qui surviendra sans y penser, je me sais chanceuse d’avoir cette amitié-là. Ce soir une autre, par le train et tous ces jours à venir avec elle, l’escapade quelque part au milieu et tous les mots qu’on se dira et ceux qu’on n’aura pas le temps de poser. Est-ce que je sais moi, d’où j’ai cette chance de ses amitiés-là, de ces présences-là où les années ont égrainé les heures et les mots pour s’apprendre… Lorsque j’y songe je réalise combien il est difficile de s’apprivoiser, combien pourtant nous avons réussi, l’un et puis l’une et puis moi. Je crois, non je sais que je le voudrais encore, avec d’autres, cette profondeur, ces échanges précis de tout ce qu’il faut de silences parlés pour se connaitre.

Je fais rire bien du monde, avec ce chat qui s’est installé chez nous. C’est que lorsqu’on connait LeChat, ce n’était pas prévu dans ses plans de vie : il les aime, profondément, mais surtout chez les autres. Je n’ai pas bien compris le retournement de pensée qui lui a fait accepter cette bestiole-là, avec ses petits et les ennuis un peu en perspective mais que je tais un peu, que nous avons abordés en tournant autour. Elle me suit dans chaque mouvement que j’amorce, dans mes allers-retour si j’arrose le jardin, à peine s’éloigne-t-elle si je passe l’aspirateur qui pourtant fait un bruit de tonnerre dû à sa fonction de chantier. Elle me suit, me suit, me suit. Je dois faire attention en permanence de ne pas l’écraser. Et lorsque je m’assois, elle tente avec un désespoir terrible, de se coller le plus haut possible. Contre mon cœur. C’est le chat le plus en détresse d’amour que je connaisse. Paradoxalement, les bruits ne l’inquiètent pas et c’est en toute quiétude qu’elle déambule dans la maison si je ne suis pas disponible pour elle. Mais qu’elle me croit libre, et je ne le suis plus.
Ce chat a le pouvoir d’avoir fait croire à notre famille, qu’elle avait toujours été là.
Elle est douée.

Entre deux instants chat

J’étais serrée. Tellement. Je lui ai montré l’insupportable main comprimée dans le tissu, j’ai retiré le gant que j’avais gardé – oh trente secondes peut-être – et j’avais sur les doigts la trace des coutures imprimée sur la peau. Il était navré et j’étais soulagée. Lui, il prenait au sérieux ce que je lui disais. Son collègue, Mr Barbu, ne comprenait pas pourquoi ça n’allait pas la dernière fois – avec bonne foi, il prenait ça très au sérieux -, avait changé deux trois mesures pour agrandir de un millimètre à certains endroits.. et aujourd’hui je voyais son collègue puisque Mr Barbu est parti en vacances, et ce collègue, appelons-le Mr Lunettes, a repris quelques mesures et a trouvé pourquoi ça n’allait pas : il manquait entre 0,4 et 0,6 cm. Partout.
Ce qui est complètement incompréhensible, et dont il s’est excusé, mais qu’y peut-il ?
Je n’ai toujours pas mes gants pour protéger mes doigts, mais nous recommençons toutes les mesures lundi prochain. Nous en avons plaisanté, lundi, nous avons rendez-vous pour un thé. Je l’apprécie beaucoup, est-il besoin de le préciser ?

Je souffre. J’ai essayé ces gants dans des conditions terribles pour moi, ce qui a aggravé la douleur. Je sais bien, que ce sont les confitures qui ont blessé mon corps, mes mains, mes doigts.. mes chevilles.. Hier je ne marchais plus et j’avais tellement besoin de le pleurer. Je ne l’ai pas fait, cela n’aurait pas aidé, je n’aurais pas posé mes pieds. Mais je n’ai pas dormi, ou alors si, bien sûr, l’épuisement a fini par m’avoir. J’aurais voulu être amputée, délire de souffrance.

Les confitures, il ne faudrait pas le croire, je ne les regrette pas. Nous avons passé nos trente et un kilos de fruits, et il est certain que l’erreur a été de les faire debout – mais travailler assise, je ne sais pas vraiment faire. Alors j’ai équeuté, dénoyauté, jeté ce qui était véreux ou juste pourri, j’ai rempli un plat pour le compost et un autre pour la pesée, puis vidé des paquets de sucre et remué de gros bouillons, retiré l’écume comme le faisait ma grand-mère. Nous faisions le travail à deux, LeChat et moi, ensemble, dans la cuisine pendant des heures, et nous avons aimé l’expérience au-delà de ce que nous pourrons jamais en dire. C’était doux, cet ensemble.

Mais aujourd’hui que nous avons terminé les fruits – et heureusement – mon corps ne se tient plus. J’ai dormi, j’ai lu, j’ai relu des phrases qui devenaient incompréhensibles, je les ai relues encore, j’ai regardé souvent ce vide qui se tenait entre moi et la bestiole à poils et j’ai été rappelée à l’ordre par un coup de tête magistral. Je n’ai pas aimé cette journée, coincée entre douleurs et abrutissement.

Ah. C’est que je n’ai pas parlé du chat. Elle est arrivée hier matin. J’ai ouvert le volet de la porte-fenêtre, je suis allée faire bouillir l’eau pour un thé et le chat était derrière-moi ou alors presque, elle était rentrée dans la pièce. Très inquiète, elle a failli partir en courant comme si elle avait vu le diable. En bons amoureux des chats, nous l’avons appelé – c’était ça, la faute. Elle a hésité longtemps, elle tournait sur ses pattes, n’osait pas, trois pas en avant et six en arrière et puis finalement elle a tenté une approche, et comme personne n’a voulu la manger elle est restée.
C’est simple, un chat.
Nous nous retrouvons donc avec un chat qui a élu domicile chez nous, et que nous ne nourrissons pas. D’abord parce que nous refusons de lui acheter sa nourriture – elle est somme toute, assez grande pour le faire elle-même, et nos finances ne nous le permettraient pas -, ensuite parce qu’étant végétarien le réfrigérateur est vraiment vide pour elle. La nuit nous la remettons dehors – pas de chatière, refus d’acheter une litière. Et malgré ce manque évident de coopération de notre part, elle reste. Toute la journée. A part une heure où elle disparait, elle est contre nous, nos jambes, tente de nous faire tomber – elle me fait très peur à chaque pas – , elle se tient devant le volet dès le matin pour entrer vite dans la maison, et surtout surtout, sa vie tourne autour des câlins qu’elle peut attraper. Je n’avais jamais vu ça, à ce point là. Elle ne s’apaise que lorsqu’elle a eu une grosse dose de câlins, de caresses, d’attention.
Elle a le bon goût de perdre à peine ses poils, le mauvais d’éteindre mon ordinateur à tout instant ou de se coucher sur le Pad.
Quand on la câline, sous la main, on sent bouger ses bébés. Parce que oui, elle a aussi des petits dans le ventre.
Une chatte nous a trouvé digne de confiance pour avoir ses petits.
Je ne m’en suis pas encore remise.

bulle chat
Je rate toutes. Mes. Photos. Fatigue et douleur.
C’est une chatte plus jolie que ça avec de grands yeux maquillés de noir

Quelques instants de cerises par-ci, rien par-là


 

confiture cerises
Décidément, que de photos floues..


 
La chaleur nous encombre, mais la nuit encore nous arrivons à faire redescendre la température de l’appartement. A dormir ainsi, à quatre, dans la même chambre, nous étouffons parfois malgré la fenêtre ouverte. Alors l’un de nous se réveille, râle en silence, ouvre en grand le volet et se rendort sans le vouloir. Ce qui me réveille à une heure abominable – le soleil, voyez. La fatigue pourtant a raison de moi, je me rendors et lorsque j’ouvre les yeux vraiment, c’est l’occasion pour LeChat de se moquer de m’avoir vue grogner tôt le matin.

Aujourd’hui, là, ce soir, à 23h12, je n’ai pas sommeil. J’ai dépassé allégrement l’heure où j’aurais dû fermer l’ordinateur, me couper de l’écran qui va provoquer une insomnie mais puisque la confiture de pêche attend d’aller sur le feu, nous ne nous coucherons pas, n’est-ce pas ? Je ne sais pas être raisonnable, et vraiment, faut-il l’être.

La confiture de cerises et pêches trône dans six pots, et j’ai cette fierté de mes doigts, bien que fracassés, qui ont dénoyautés plus d’un kilo de ces petits fruits rouges et sucrés. Demain je m’occuperai de celle aux abricots, et de la tarte amandine.

Les enfants se sont servis dans le panier toute la soirée, mes petits aux mains noires de terre, de boue, et de cerises. Je ne suis pas toujours certaine que le bain soit efficace, quand je vois leur bouille, leur corps, leurs ongles, tout semble méchamment irrattrapable. Ils vivent l’été dans le jardin en grattant la terre et en chassant les vers de terre, il est extrêmement difficile de les faire rentrer malgré la chaleur de l’après-midi, je passe mon temps à les faire boire. Je me demandais tout à l’heure, ce que deviendrait ces enfants qui jouent toute la journée et font désormais, à peine de l’école, je me demandais, exactement, ce que cela changerait pour eux, de jouer autant durant leur enfance sans être assis à une chaise. J’ai hâte, un peu, de savoir.

Sous le chant des oiseaux, la mésange

 
Je reprends vie. Je n’écris plus, je lis et la vie est merveilleuse – oui, comme quoi. Enfin, je n’écris plus.. c’est entièrement faux. Hier matin encore, alors que j’étais au parc, j’écrivais ce que j’espère toujours enfoncer loin dans la gorge de mes souvenirs et qui ressortent encore et encore. Évidemment. Et puis non décidément, dire que je n’écris plus, est faux. Évidemment. Disons que j’écris alors, juste un peu, ce qu’il faut, sans se précipiter. Alors on va le dire, mais pas trop fort pour n’effaroucher personne, je me suis remise à écrire, ce n’est pas sombre – sans doute que pour le lumineux, ce n’est pas encore ça – et avec le plaisir de l’écriture.
Et ça. C’est parce que je lis de la fantasy. J’ai posé Marguerite Duras.
Il est absolument impossible de lire Marguerite Duras et d’écrire lumineux, j’ai compris ça comme ça, d’un seul coup. Je ne peux pas passer de sa douleur à la lumière. J’en suis incapable. J’ai l’écriture éponge, je prends les teintes de mes lectures. J’ai l’empathie qui me colle aux doigts, je ne sais pas m’en défaire. Je prends de ces douleurs-là, de ces angoisses-là, de ces morts qui hantent les auteurs. Alors je l’ai posée, avec un regret terrible et l’assurance d’y revenir – je me le suis promis, il fallait bien cela pour calmer ma propre angoisse, mes propres morts, ces vides là qui veulent s’écrire.
J’ai pris la fantasy, j’ai pris Ophélie et son écharpe étonnante1 sur le très bon conseil de Lizly.
Des instants qui surviennent en pointillés, sans doute, également, je prends. De cette mésange toute petite tenue entre les doigts de mes enfants, de cette boule soyeuse pelotonnée dans mes mains et dont je sens le petit cœur battre follement. Une oiselle menue qui nous observait, inquiète puis sans la moindre crainte, regard franc et corps droit. J’ai suggéré de la ramener d’où elle venait, sans grande confiance dans nos capacités de sauvetage – est-ce que je sais nourrir un oiseau -, et la oiselle mésange de bleu vêtue a soudain piaillé reconnaissant sans nul doute, le chant inquiet d’un de ses parents qui lui ont répondu immédiatement… Savez-vous, c’est délicieux, ces instants-là. Cette reconnaissance, ce chant qui bouscule notre écoute pour se répondre. Cette attente de notre départ pour retrouver leur petit qui ne sait pas encore voler. Alors sans doute, je ne sais pas bien l’écrire, je ne sais pas bien le dire, cet instant où l’on se sait, irrémédiablement, insignifiant et important, tout à la fois. Mais je suis dans cette exactitude là. Insignifiante. Et importante.

 

mesange bebe oiseau
Photo floue ; j’avais si peur de l’effaroucher, j’ai tout raté

 
 
1 : La passe-miroir, Christelle Dabos