L’Ours plombier


 

Jeudi 11 janvier
Je dormais vraiment bien, c’était un crime d’être réveillée. Je me suis levée pour lui. Il pourrait être mignon mais je n’aime pas les ours, je trouve cela insupportable et peut-être il faut y voir un besoin viscéral de ne plus m’en approcher. Ours a tout de même réparé la chose cassée de la salle de bain, à savoir : le robinet de la baignoire. En toute honnêteté il était brisé depuis une année, il a trainé son air blessé sous les saisons sans que cela nous inquiète plus que cela de faire quelque chose. J’en parlais parfois, et puis il y avait ce rien entre la salle de bain et nos cerveaux. Le vide empli d’eau. On a barboté, tous ensemble, sans rien faire.
Il s’est brisé une seconde fois, à un autre endroit : nous forcions évidemment sur le mécanisme. Et puis une troisième. Là, plus moyen de louvoyer, cela ne tenait plus. Nous avions donc un robinet nu avec une barre en plastique de deux centimètres à déplacer en forçant comme un fou pour obtenir de l’eau. Il acceptait de partir en arrière, il acceptait de revenir à l’arrêt, mais tourner sur lui-même pour changer la température, il ne fallait pas exagérer, c’était non.

Je ne sais pas très bien, juste, un jour, j’ai craqué. C’était devenu insupportable, les douches, là. LeChat s’est donc chargé de contacter le propriétaire qui nous a demandé de trouver deux plombiers et de lui communiquer les prix pour qu’il choisisse. Avec le recul, je suis hallucinée que cela nous soit retombé dessus.. cela explique pourquoi quatre mois ont passé, en tout cas. Je ne téléphone pas – une vague histoire de stress angoisse panique – et LeChat travaillant, tout a pris une ampleur folle. Tout de même un jour, le propriétaire a eu toutes les informations demandées, il a choisi Ours, et Ours est venu chez moi un matin avec sa fille de 9 ans – sans me la présenter, c’est un ours, et oursonne ne parlait pas du tout – et finalement il m’a tout de même expliqué quelque chose en langage ours. Évidemment, il n’allait pas me parler en chat – c’est dommage, cette langue-là je la parle – et alors donc je n’ai pas compris. Je l’ai fait répéter, mais de l’ours restant de l’ours.. Il est parti de ma maison en me laissant une salle de bain pleine de débris, sans réparer le robinet, et avec la planche de la baignoire à peine remise et tordue en bas à droite. Il m’a semblé comprendre qu’il y avait un souci de robinet qui ne se fait plus et qu’il repasserait dans une semaine. Certes.
Reste qu’il y avait une planche tordue, désormais. En bas, à droite. Cachée par le meuble, mais tordue. Nous l’avons retirée pour pouvoir la caler réellement, sans qu’elle nous tombe dessus.

Nous avons eu tout le loisir d’observer ce qui se passait sous la baignoire, lorsque la planche était en place : il y avait une centaine de crottes de rats.

On ne peut pas dire que ce soit une surprise, les rats, on les entend discuter derrière les murs, on les entend manger l’isolation des murs, on les entend jouer à Chat derrière les murs. A intervalles réguliers, on les entend aussi mourir derrière les murs. C’est fin, une cloison. Ça laisse passer jusqu’aux odeurs. Un rat qui meurt, c’est une tragédie olfactive – mais il sauve le mur, c’est une belle mort, d’une certaine manière. Et alors donc, sous la baignoire, un cimetière de crottes.

La semaine a passé, Ours est revenu avec le sourire et sans Oursonne – à l’école cette fois, j’en déduis – mais par contre avec sa femme – ou sa maitresse, ou sa sœur, ou .. nous n’avons pas été présentées mais elle parlait humain nous étions en progrès – et surtout il est revenu avec un robinet tout neuf. Il m’a demandé un balai, j’étais surprise, vraiment. Ils sont repartis et ce n’est que deux ou trois heures plus tard que mon mari a vu, caché par les wc, le trou dans la planche, en bas à gauche.
Un joli trou.
Que Ours s’est bien gardé de signaler.
Le trou est grand.
De quoi, largement, laisser passer un rat.

Une journée à miroirs


 

Je retrouve des sons dans une boite, une vieille, une d’une vie précédente – ou de plusieurs vies, ou de plusieurs morts. Il fut une vie où j’écoutais du métal, d’une certaine manière je n’étais déjà plus là, je partais c’était une déferlante violente de départs, je répétais la scène. J’avais quitté Sting. Il m’avait accompagné dans trop de voyages, dans trop de paysages défilants, je prenais le train toutes les semaines et je ne partais jamais. Alors, le métal. Je ne prenais plus de trains et je partais beaucoup, c’était anarchique et ça m’a permis de survivre à S.
Je l’ai exhumé de son boitier, il n’y avait même pas de poussière, je n’ai pris qu’un plaisir très relatif et j’ai jeté dans la poubelle. Certaines histoires ne méritent pas davantage.
Et puis il y avait d’autres musiques, il y avait Melissa Auf Der Maur, Dolly ou encore Norah Jones et puis soudain Yann Tiersen et alors une certaine douceur, un certain amour de la vie, je n’arrive pas à savoir si je conserve ce CD ou si je le jette, je crois je le garde.

Je décentre la musique elle se fait vie ou mort, je détricote les nuits, je me bouscule un peu. Ou alors ce n’est qu’une question de couvercle, je n’ai plus cette pression sur la tête qui me noyait dans tous les lacs où je pleurais et alors forcément, je ne fais pas que survivre, je respire réellement. Ou alors – encore – c’est provisoire et demain je meurs dans une eau profonde. Je ne suis pas à demain, je ne sais pas – demain n’arrive jamais.

Ce matin j’écoutais une dame à sourires qui nous apprécie je l’ai senti dans nos idées farfelues ou enfin disons décalées, elle a adoré l’établi des enfants aussi, et puis il y avait cette dame que Prince a violenté par tout ce qu’il est et qu’il lui a renvoyé comme un écho. Il semble, ce n’était pas un moment facile pour elle, même de nous en parler, elle était abrupte, elle parlait vite et tout serré. Ça se bousculait un peu. Elle regardait le mur, elle regardait à côté, elle regardait la table ou ses notes mais nos yeux pour les croiser, c’était quelque chose de lointain. Lorsqu’elle y arrivait elle reculait, elle était assise la chaise ne bougeait pas et elle reculait tout son corps partait en arrière. Elle était certainement autiste, et je suis certaine, elle ne le sait pas. Tout en elle disait je me suis suradaptée je vais très bien. Est-ce qu’on peut expliquer ça ? Alors bien sûr, elle a vu Prince. Tout de Prince. Tous les endroits où il se cache, où il angoisse, où il est terrifié, elle a vu. Elle a dit « je me suis retirée chaque fois que ça le mettait en inconfort » je lui ai dit merci, c’était important merci, vraiment. Elle voudrait qu’il soit déjà là où elle est elle, le terrain normé, sans angoisse disait le discours, avec angoisse disait son corps. Elle parlait parlait parlait et alors on a posé une question et soudain le silence, nous étions sorti de sa zone de confort, elle a tu tout son corps, tout son être est devenu silence. C’est arrivé deux fois comme ça, nous à demander et elle à taire. C’était d’un tel inconfort ces quelques secondes avant que quelqu’un ne réponde à sa place. La dame toute serrée agressait un peu, la dame toute sourire récupérait juste ensuite « les parents en ont conscience » essayait-elle de temporiser ; c’était un échange étonnant, vraiment, que ce contrôle IEF.
L’inspectrice Sourire a dit au revoir et – et alors le discours était pour Prince, d’un positivisme si énorme si merveilleux, elle veut lui redonner confiance et je l’aime.

Ce soir j’ai failli ne pas dire. Je me suis sentie rester dans le silence et puis je ne sais pas exactement j’ai balancé ça y est on a eu notre contrôle de l’année et bien sûr tout le monde avait beaucoup de choses à dire et peu à écouter. C’est tous les mercredi, qu’il y a beaucoup à dire et peu à écouter. C’est comme ça. Je ne sais pas me placer parce qu’il n’y a jamais de silence elles parlent toutes tellement je ne sais pas si elles s’entendent dire, s’il y a de la place pour leur voix, je me demande. Je les aime beaucoup dans leurs paroles enchevêtrées. Et puis il y en a une, j’avais déjà remarqué, elle me regarde. Plus silencieuse. Elle s’appelle L. et je me dis qu’un peu de silence avec L., ce doit être intéressant. Si dans tout ce bruit on s’entend se regarder, il y a peut-être une chance n’est-ce pas, de s’entendre sourire.. ?

Les heures silencieuses*

 

Étrange comme un enfant réclame encore en nous dans les ténèbres. Il crie, désemparé, lorsqu’il ne reconnait plus autour de lui le grand corps odorant d’une maison familière. Il ne peut s’abandonner à la nuit, s’oublier tout entier dans sa mémoire sans fond. Et ce sont alors toutes les ombres qui autour de lui deviennent menaçantes ; c’est du temps qui revient, qui insiste et qui cogne avec des bruits de chaînes et des cris angoissés.

Pas sur la neige, jean-Michel Maulpoix

 

Peut-être j’ai oublié, oublié de prendre le monde par la main pour me laisser emmener dans la ronde. C’est étrange, ces engouements soudain que j’ai et qui me portent pour m’abandonner le lendemain, je me sens échouée sur la mauvaise plage.
Je suis dans le temps perdu, c’est un étrange d’endroit où il ne se passe absolument rien et juste, on perd le temps quelque part ; la nuit dans les heures ouvertes, la journée droit dans le vide. Ça froisse un peu les rêves.

M’est venu un questionnement peut-être légèrement indécent il ne devrait pas, après une tentative de suicide peut-on dire que l’on vit après la mort ? La brisure est nette, la reprise aussi..

*c’était ce matin, je n’avais pas encore lu deux livres, j’ai plein de choses à dire et pas une once de temps devant moi. Je lance l’article ainsi, inachevé..

Défi lecture 2018 ou #100défislecture2018

Comme je n’ai pas trouvé grand chose pour un défi lecture, j’ai lancé l’idée : créons des listes ! Comme ça on peut choisir ce qui nous parle le plus. En voici déjà une autre :
. L’autrecôtédeslivres (twitter) en a créé une pour la SFF sur son blog avec une lecture thématique par mois.

Voici ma participation, avec 100 défis à relever ou non :

Quelques règles :
. En dehors du point 03, vous devez lire ces livres pour la première fois.
. vous pouvez cumuler plusieurs défis pour un seul livre.
. vous pouvez en parler sur votre blog, les réseaux, un fichier excel à partager.. pour qu’on suive ensemble la progression du défi.
. à suivre avec le #100défislecture2018 sur twitter, Instagram, etc.. pour ceux qui souhaitent
. sauf mention contraire, le genre littéraire est à votre convenance
. le but n’est pas d’aller vite, juste de s’amuser et d’aller au bout de ce qu’on s’est fixé
. on peut remplir soit 50 soit 100 points du défi, avant le 31 décembre 2018
. le 31 décembre on compte les points et les livres (si c’est 2 points et 3 livres, et bien bravo c’est chouette, vous avez lu 3 livres 😀 )

Le défi ! Lire un livre…

01. avec un animal pour personnage
02. écrit pas une femme d’un autre continent
03. déjà lu (le relire)
04. de plus de 600 pages
05. écrit par un duo d’auteurs
06. le titre contient 1 mot
07. emprunté à un·e ami·e
08. dont l’auteur a vos initiales
09. au titre abracadabrant
10. auto-édité
11. écrit par un homme de moins de trente ans
12. de moins de 100 pages
13. d’un genre que vous ne lisez jamais d’habitude
14. paru votre année de naissance
15. choisi uniquement pour sa couverture
16. dans votre bibliothèque depuis des années, jamais lu
17. dont le personnage principal exerce ton métier
18. épistolaire
19. la couverture est bizarre
20. le héros principal porte des lunettes de vue
21. qui vous a surpris (agréablement ou non)
22. qui fait entre 270 et 290 pages
23. qui vous a fait vraiment beaucoup rire
24. avec un personnage LGBT
25. se déroule en Asie
26. l’auteur porte votre prénom
27. avec un personnage féministe
28. avec un élément (eau, feu, ..) sur la couverture
29. lu en une journée
30. qui vous a été offert
31. qui vous a fait pleurer
32. avec une couverture moche
33. publié en 2018
34. le livre est abimé (interdiction de l’abimer soi-même !)
35. un livre trouvé (dans la rue, dans une boite à livres, ..)
36. une trilogie
37. qui donne envie de (écrire, voyager, ..)
38. de 1,6 cm d’épaisseur
39. qui se déroule dans un pays que vous souhaitez visiter
40. interdit dans un pays
41. avec trois « i » dans le titre
42. les premières lignes sont un dialogue
43. aucune image sur la couverture
44. dont un ami vous a dit du mal
45. auteur japonais
46. par un auteur d’une nationalité autre que française, américaine, anglaise ou japonaise
47. auteur complètement inconnu de tous
48. avec un renard sur la couverture ou dans le titre
49. le titre contient un mot inventé
50. le premier chapitre est ennuyeux
51. le nom de l’auteur est composé
52. avec une bonne critique littéraire
53. avec une mauvaise critique littéraire
54. l’histoire se déroule en France
55. avec un visage sur la couverture
56. le titre est une phrase (sujet, verbe, ..)
57. l’auteur a pour prénom Terry
58. l’histoire commence par la fin
59. impossible à poser
60. le titre contient le mot silence
61. contient 24 chapitres
62. un animal dans le titre
63. avec un titre de 7 mots
64. avec un titre de plus de 8 mots
65. la couverture est une peinture (connue ou non)
66. l’auteur n’est plus en vie
67. une plante sur la couverture
68. publié au XXe siècle
69. difficile à lire
70. le titre contient une couleur
71. le titre est énigmatique
72. couverture en noir et blanc
73. écrit par un auteur exilé, voire qui ne peut pas rentrer dans son pays
74. un livre que vous allez offrir
75. un livre que vous avez offert (sans l’avoir lu avant)
76. imprimé sur du papier recyclé
77. impossible à terminer (lu au moins à moitié)
78. l’auteur n’a publié qu’un seul livre
79. dont vous avez d’abord lu la dernière page ^^
80. la couverture n’a rien à voir avec le sujet
81. qui allie plusieurs genres (policier, sf, fantastique, anticipation,..)
82. le monde est imaginaire
83. sélectionné pour un Prix (finaliste ou non)
84. un personnage a un handicap
85. la première phrase est improbable (étonnante, ne veut rien dire, magnifique de poésie,..)
86. est dans la liste de lecture féministe d’Emma Watson (à lire en français)
87. a pour thème la musique
88. l’éditeur est une femme
89. un·e ami·e doit choisir un livre pour vous
90. l’histoire fait voyager
91. l’auteur a un parent ou enfant lui aussi écrivain (vous avez donc lu les deux)
92. la solitude est au cœur du récit
93. un ado vous a proposé de le lire
94. un auteur connu a publié sous un pseudonyme
95. a été publié après la mort de l’auteur
96. choisi uniquement pour son titre
97. le personnage principal est une personne âgée
98. auteur né à l’étranger et écrivant en français
99. le titre comporte l’un des 5 sens (vue, odorat, ..)
100. qui donne envie de lire tout l’auteur

Enjoy 🙂

Edit :

Les blogs ou comptes participants :
. Delphine’s book
. L’autre côté des livres
. La bibliothèque plurielle
. Comment ça nombreuse