Aujourd’hui super héros

Il a sauté, envoyé ses pieds en l’air, gigoté, tapé dans la lampe, refermé la bouche sur ses outils, respiré le gaz.. par la bouche, s’est énervé, agacé, a virevolté, refusé puis accepté puis refusé puis accepté puis… et puis on y est arrivé, dans la bienveillance. On est repartis, tremblante pour ma part, avec un second rendez-vous.
Elles ont conservé leur patience, leur bonne humeur et leur douceur durant les quarante-cinq minutes de soins. Des héroïnes. Cette dentiste et son assistante sont de super héroïnes.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides
 
 

Aujourd’hui toucher

Aujourd'hui toucher

 

Je tends la main à sa détresse enfin la mienne, tends la main à ma détresse ou alors la sienne est-ce que l’on sait toujours ce que l’on manipule d’émotions, ce que l’on touche de pluie et de gris ou de bleu, on écrit depuis les nuages on ne sait rien. On s’immerge de solitude dès lors qu’on souhaite déborder et toucher l’autre de rires ou de larmes, partager ce qui agrippe et se rétrécit. On se sent comme la graine perdue au vent, sans savoir jamais où atterrir, contre quel mur. Alors autant fleurir sous la terre, invisible. Nécessairement intouchable.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui toucher
 
 



 
 

Je me remets de cette illusion de vacances, avalées dans un rendez-vous trop important pour l’avenir de notre famille. La secrétaire du CMP nous a appelé, elle avait un désistement et nous offrait la place. Je pleure de soulagement autant que de détresse : j’ai perdu ma semaine dans les Landes et en Espagne, mon anniversaire en tête à tête avec l’homme qui partage ma vie, ma respiration sans cris, les vingt-et-un repas calmes – idée absurde que de compter. Nous noyons la nourriture de ses larmes et pourtant ce soir, par un miracle inexplicable Prince a mangé sans s’énerver. Je ne cherche plus à savoir ce qu’il se passe dans sa tête, je prends l’instant, fugace, de calme.

Dans la tête, je sens pousser la plume. Comme des voix qui fleurissent dans un jardin de cailloux. La solitude est une graine de silence, à la moindre tempête je suis comme repoussée de là et je me sens revenir pourtant, ce soir, vers les mots. Une musique délicieuse qui ne sait pas que la fatigue l’assassine déjà. Peut-être dois-je simplement accepter qu’écrire surviendra toujours ainsi, par pointes. Comme un souffle autour d’une aiguille, ce rien d’intimé entre le papier et mes pensées que je ne maitrise pas et qui me vient par flot lorsqu’il a une soudaine place. Imprévue. Oui sans doute, je dois me faire à l’idée d’écrire sur de l’invisible.

 
 

Aujourd’hui le bien le mal

Aujourd'hui le bien le mal

 

Y a-t-il un départ possible, une mère qui s’échappe est-ce qu’on passe les portes comment dire la douleur dans le chaos les mains écrasées. Le seuil est multiple. Tu as l’air épuisée et c’était dit gentiment je me suis demandé si c’était mal d’avoir envie de répondre est-ce que je dois abandonner demain si c’était bien de dire je le suis à la place, si c’était correct, si cela ne disait pas un mensonge dans la vérité. Quand tout est épuisé est-ce qu’on sait ce qui est.
Si c’était bien ou mal ou rien.
 

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui le bien le mal
(Je vais pourtant, ou alors aussi, mieux que ça)

 
 

Aujourd’hui ce qu’il en restera dans un an

Il restera tout, ses cris les larmes la fatigue le qui-vive les tensions les ajustements, il restera les portes des cages les clés suspendues les barreaux les libertés les cordes les portes dérobées, il restera l’abandon la détresse l’extrême solitude ceux qui n’écoutent pas ceux qui ramènent à eux, les mots qui s’envolent et les mots qui s’accrochent.
Il restera peut-être, de moi, quelque chose à sauver d’une écriture oubliée.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui ce qu’il en restera dans un an
(j’ai eu une dure journée)

 
 

Aujourd’hui au pied du lit

Une poussière se soulève sur mon passage, lorsque je m’écroule de fatigue. Au pied de mon lit, il y aurait de quoi orchestrer une guerre entre les moutons et les cheveux, ou alors peut-être, un attrape-rêve. Les cheveux seraient la toile tendue sur les cauchemars, les amas gris en seraient les perles, les petites brindilles de notre jardin termineraient en beauté de quelques bouts de bois inventés. Je souris sur l’image d’un fragment de rêve se prenant les pieds dans la poussière, ferme les yeux. Je ne dormirai sans doute pas.
 

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui au pied du lit
Fatiguée, pas l’énergie pour une photo. Demain ?