Si tu pouvais m’entendre

J’ai mangé un peu ce soir, de la purée. C’est « passé », je l’ai mangée en plusieurs fois, le temps que la boule dans la gorge s’éloigne, revienne, s’éloigne.. mais c’est dur ensuite, ce poids sur l’estomac et cette gorge nouée, dur ce poids..

Tu disais que c’était normal que L. soit tombé amoureux de moi, que tu comprenais, tu avais sans doute une opinion de moi bien meilleure que celle que je me porte, je vois pas en quoi c’est compréhensible, je n’ai rien..
Sans lui en tout cas, j’aurais pas résisté, les crises de panique sont si violentes.. moins violentes et moins fréquentes maintenant, deux ou trois par jour, ça c’est calmé. J’essaye de pas penser à ce qui se passerait, si j’étais seule durant une crise de panique.. pour ça que, ce we, je ne suis pas restée à l’appart, j’aurais été seule, comment aurai-je fait, seule dans l’appart durant 3 jours ?

J’ai repensé à nos années ensemble, à nos deux très précieuses premières années, où tu étais formidable et où j’étais lamentable, où je pleurais tout le temps, où j’étais anorexique, où je me mutilais… tu avais changé tout ça avec le temps, de la patience, de l’amour.. tu avais changé tout ça.. et puis ce diabète à la con, qui t’a fermé à tout même à moi et j’ai pas su trouver la clé durant les trois années suivantes.. en route j’ai même perdu la mienne.

On s’est gamélé, par manque de mots.. ça me fait si peur.. alors qu’on commençait tant à parler, par téléphone, on mettait des choses à plat, on allait bientôt se voir..

pourquoi, dis moi pourquoi ??
je ne comprends pas.. il fallait juste que tu manges S., juste que tu manges autre chose que des carambars..
Tu as même choqué les flics tu sais.. c’est eux qui m’ont prévenu, pour l’appartement.. qu’il était dans un état lamentable, avec de la nourriture partout dans chaque pièce.. des bonbons, des compotes, des pots vides, des pots de confitures tous vides, une 20aine de bouteille d’eau éparpillées sur le sol, une 15aine de paquets de cigarettes vides posés sur mon meuble pc.. et puis 5-6 poubelles dans la cuisine, jamais jetées.. assiette moisie dans l’évier, les autres empilées sur la table de chevet.. et j’en passe, j’en passe.. jamais, jamais vu ça..
Je me suis assise par terre, laissée tomber, et j’ai pleuré tellement j’étais affolée, angoissée, j’ai culpabilisé comme jamais. Y’avait rien d’autre à faire que pleurer.. et puis ranger, jeter, attraper, pas se couper avec le plat cassé par terre dans ta chute, pas marcher sur les morceaux, ouvrir les fenêtres, laver toute cette vaisselle (c’est ta maman qui a eu le courage de la faire), arroser les plantes et arracher des branches, ramasser tes vêtements sales dans la chambre et la salle de bain, jeter la nourriture éparpillée, jeter les mégots de cigarette écrasés dans des papiers administratifs, et puis enfin, jeter les poubelles..

Et puis s’asseoir, et pleurer.

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