Il suffit d'un mot

Si tu pouvais m’entendre

Je ne comprends pas comment je fais pour résister aussi bien.. pour pas tomber, toujours debout malgré ce que j’avale (pas), comprends pas.. ya un grand vide mais j’y tombe que comme ça, et quand j’y tombe je touche pas le fond, je résiste.. dis moi, dis moi, je comprends pas.. tu m’abandonnes, suis terrifiée, mais je suis toujours là, je comprends pas.. t’es dans mes rêves, tu me tends la main mais je suis toujours là.. des voitures me foncent dessus et je me réveille en pleurant, des filles me tirent dessus, les balles passent à coté et je me réveille en criant.. je comprends pas pourquoi c’est pas la réalité, ça aussi..

Je comprends pas pourquoi tu n’es pas à côté de moi, quand je me réveille, toi qui me serrait si fort, quand je faisais un cauchemar et que je me réveillais en hurlant pratiquement chaque nuit..
Je comprends pas pourquoi tu répondras pas si j’ai envie de t’appeler, pourquoi demain c’est pas toi que je vais voir pour la dernière fois, mais juste ton corps qu’ils vont brûler.

Je ne pourrais jamais comprendre pourquoi ma vie est sans toi, ni pourquoi je suis partie, maintenant que je vois tout ce que j’ai raté… je ne m’étais penchée que sur moi, que sur moi, égoïstement… je te croyais si solide, si solide.. pourtant je le savais là bas au fond de moi, que tu étais fragile.. mais tu le montrais pas, jamais.. moi qui écoute toujours tout le monde, toi je suis passée à coté..

Et demain.. demain.. je prends le train, je dois pas me perdre dans Paris, prendre le bon bus, aller à l’autre bout dans la bonne gare, ne pas rater le TGV, marcher, manger la compote que Kiki veut m’apporter, me rendre au crématorium, demander une urne pour toi.. toi.. et puis dire bonjour à tout le monde, recevoir les larmes de chacun, accueillir les « c’est triste » de ta tante, voir s’effondrer ton parrain, ne pas m’effondrer moi, ne pas parler à ton père autant que possible.. ça va être interminable, interminable.. et tout ça c’est matériel, on va s’embarrasser avec tout ça.. et ensuite repartir quand on pourra lâcher tout ce drame en cours, retourner à l’appart, dormir dans notre lit une dernière semaine, trier, faire des cartons, jeter.. pas pleurer parce que kiki m’en empêchera, il parait que je dois être forte et pas pleurer.. moi c’est les larmes qui m’ont fait tenir cette semaine.. Loutre m’a fait parler et pleurer, je ne peux que lui dire merci.. sans lui j’aurais pas résisté, juste il était là, sans jamais rien dire, à m’écouter et à me regarder pleurer.. j’ai pu m’épancher. Cette semaine va être terrifiante je le sens, à pas pouvoir pleurer.

Y-aura-t-il des coccinelles là aussi dis ? Y’en aura ? Y’en avait partout à l’hôpital, partout.. jamais vu ça, elles étaient pas paquets sur les murs et les colonnes de l’hôpital qui descendaient vers le funérarium.. jamais vu ça.. j’espère surtout t’y sentir.. si tu pouvais être là.. si tu pouvais..

tenir demain, tenir la semaine.. tenir..

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