L’ouvre-boite


 

J’ouvre les yeux.
Parce que je me dé-mange les mains.
Cela m’a vexée, car je croyais m’être débarrassée de cette démangeaison avec la plupart de mes problèmes. Et jeudi lors du groupe sur les rêves, je me suis rendue compte que non. Ce n’est désormais plus n’importe quel stress qui me provoque cela, mais ce n’est pas une raison.
Alors j’ai cherché.
LA première fois où cela avait pu m’arriver.
J’ai pas été déçue.

J »ai cherché dans mon carnet de santé, le compte-rendu d’une maladie que je suis censée avoir eue.
Qui n’apparait pas.
Elle n’est pourtant pas anodine.
Même à trois ans, la violence de la démangeaison qu’elle entraine aurait du laisser des traces de souvenirs, ce que je n’ai pas.

J’ai pris conscience hier de ce que je sais depuis deux semaines.
Ma mère est psychotique.
Tout n’est que mensonge dans son discours.
On ne m’a pas raconté la bonne histoire.
Rien n’est vrai, tout est mensonge.

Imaginez que chaque détail de votre vie soit faux.
Qu’on vous parle d’une peste jamais attrapée.
Tout ce que votre mère vous a raconté n’a jamais existé hormis dans sa tête.

Je l’avais compris, intégré, et là je l’ai conscientisé.
Pour que ce qui est mensonge colle avec la réalité, mon inconscient à créer des symptômes.
Comme ma démangeaison. A m’en faire des cicatrices sur les mains.

A chaque phrase de ma mère, je suis au centre d’une intersection.
Cette maladie lorsque j’avais 3 ans, elle me l’a inventée. Pour cacher quelque chose arrivé réellement ? Ou parce qu’elle a déformé quelque chose d’anodin ? (Ai-je subi quelque chose à 3 ans (attouchements ou autres), ou ma mère a-t-elle déformé un évènement qui n’avait rien à y voir.. ?)
Dissonance.
Quand elle me parlait de cette maladie, elle me racontait non ce que j’avais pu vivre ni la difficulté de se débarrasser de quelque chose d’aussi contagieux, mais sa honte à elle. Le regard des autres qu’elle a craint, parce que c’est une maladie sale. La maladie des mains sales. La gale. La peste de ma mère. Celle que l’on cache. Elle m’a parlé de rumeurs. Qu’elle avait du arrêter de me laisser chez lui parce que ça faisait parler. Parce qu’il était sale. Il l’a suppliée de la laisser me garder encore les après-midi. Mais elle ne voulait plus. Parce qu’il était sale.
Quand j’ai revu cet homme, j’avais dans les 7 ans. Il me réclamait, m’a dit ma mère. Il me semble me souvenir qu’elle m’a demandé si je voulais y aller.
Je me souviens de ce couloir d’hôpital sans lumière véritable, de l’odeur de décomposition, l’odeur de mort.
Je me souviens de cet homme que je considérais comme mon grand-père, le teint jaune et cadavérique.

Mais de mes trois ans, rien. Aucun souvenir de lui, enfant, ni chez lui ni avec lui.
Aucune trace dans mon dossier, de la gale.
Qu’est-il donc arrivé ?
J’ai ouvert une boite de Pandore, dont le gouffre sans fin a avalé la vérité.

Sous mes pieds, le néant..
Je me suis pris ce vide en pleine tête, la terreur à portée de main.. et puis je vais mieux.

Je prends conscience d’une immense liberté de mouvement.
Je suis libre du poids assourdissant, violent, et destructeur, de la folie de ma mère.
Je peux tout reprendre au départ.
Point par point.
Plus rien de vrai, plus rien de stable.

Tout à construire.

Une histoire à retrouver.

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