Je ne sais pas quoi vous dire.

Les mots parfois devant être silence, je ne sais pas ce qu’il me reste. Je ne peux rien pour votre désir de me voir et me parler, je ne peux rien contre votre volonté de lui rester fidèle. Je me sens prisonnière, mise en cage. Espionnée à travers mes barreaux. Il me faut un énorme travail sur moi-même, à chaque fois, pour admettre que c’est vous, qui êtes derrière ces barreaux. Que je suis libre. Que ma liberté à ce prix de m’éloigner des images que j’ai encore de vous, de ces souvenirs d’amour et de bonheurs. Et que si retour il devait y avoir, rien non ne serait plus
ainsi.
Je suis passée par tant de déceptions, de trahisons de votre part, pourquoi reviendrais-je sous un bâton qui se veut amour et qui blesse par tant de maladresse et de bêtise ? Oui trahie je le suis, mais je ne vous en veux pas. Peut-être pour tout ce que vous m’avez apportez dans l’enfance et dont je vous suis reconnaissante, peut-être pour tout cet amour que j’ai encore en moi et que je ne peux plus donner, mais je n’ai pas de rancœur envers vous. Juste une grande détresse. Depuis deux semaines, je suis retombée dans l’angoisse. Depuis votre lettre, ta lettre puisque toi seule a pris la plume. Une lettre si vide, si pleine de ces silences de toutes ces années, que je ne sais pas quoi répondre. Je ne peux rien dire qui ne fera le tour de la toile d’araignée qu’est
cette famille, alors plutôt que de répondre par du vide, je tourne en rond et me tais.
Et me ronge. C’est là le nœud du problème. Je voudrais vous dire que j’ai un fils, merveilleux, qui grandit, qui ferait votre fierté. Que je me suis mise à la couture, avec succès. Que j’ai un mari formidable.
Et je dois tout laisser dans le silence, pour ne pas me blesser, ne pas mourir sous sa noirceur à elle. Elle est peut-être de votre sang, mais elle est noire, méchante, menteuse. Le psy a dit, psychotique. Et parce que je veux vivre, sourire, respirer, je m’éloigne de vous, si sombres, enfermés. Nous sommes si différents..

Si vous saviez ma détresse de ne pouvoir vous parler.. je garde en moi ceux que vous étiez, que vous avez été pour moi, que vous n’avez peut-être jamais vraiment été mais quelle importance.., et cela me fait mal, si mal de ne pouvoir vous présenter à mon fils.

Je ne peux vous dire cela sans qu’elle le sache. Plus important encore, je ne peux vous le dire sans vous blesser, et cela serait tellement, tellement inutile de vous faire du mal..

Alors je vais retourner à mon silence, à cette page blanche que je pourrais vous envoyer mais qui vous serait incompréhensible. Je vais continuer à tourner autour de mes mots, et vous sans doute, à m’attendre.