Elle ne m’a pas dit bonjour tout de suite. Venue à la porte de l’immeuble, elle a battu en retraite dans son appartement, a maintenu sa porte ouverte et son regard vague. Je me suis présentée,
surtout pour dire quelque chose, surtout pour ne pas faire demi-tour.

Elle ne m’a pas vraiment vue de toute l’après-midi, je me suis faite la réflexion que sans doute, elle ne saurait pas me décrire ensuite.

Elle est allée faire un thé dans la cuisine. Elle a fermé la porte, pratiquement sur moi, transparente invitée.

 

Ses mots sont lents. Sans doute les médicaments, sans doute le choc, sans doute trop de raisons que je ne veux surtout, surtout pas creuser.

 

Ses filles sont belles comme le jour, très jeunes, dans leur monde elles aussi. Je les aime beaucoup.

 

Tout se tient en équilibre sur un fil ; la propreté maniaque, la chaleur (le froid?), la conversation, les réponses pas toujours là, son lien avec ses filles, l’appartement, les portes closes,..
mêmes les décorations sont posées et prêtes à tomber.

 

Je suis repartie de chez elle, pétrifiée, éponge de son vide. En état de choc. Il est mort alors qu’elle conduisait, ses filles à l’arrière. Il y a deux ans. Hier.

 

Je n’arrive pas à exprimer ma détresse. Etait-ce moi dans les mois qui ont suivi sa mort ? Etais-je cette absence ? Aurais-je été si affreusement vide, à contempler chaque jour le visage de son
enfant et les traits qui sans doute me l’aurait rappeler, si nous avions eu ce bébé qu’il me demandait ? Que serai-je si venaient à mourir mon mari ou mon fils.. une seconde fois.. là..

 

La terreur qui se cache sous tout un tas de feuilles éparses est ressortie.

Je ne sais pas comment on s’en sort une première fois, même si je l’ai fait.

Je ne sais pas comment on s’en sort.

 

barbeles

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1 Comment:

  1. Je ne sais plus comment tu m'appelles ici

    *juste désolée*

     

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