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Certains jours, le soleil se lève.
Je m’étire dans mon grand lit vide, j’entends mon fils hurler sa joie d’être réveillé , j’imagine mon mari en train de s’occuper du petit déjeuner. Je songe tranquillement à tout ce que je dois faire ; passer devant la machine à coudre, ranger les tissus, plier mon linge, m’occuper de la cuisine inhumaine et vaguement trollesque, aller travailler.

Certains jours, le soleil ne se lève pas.
Je m’étire dans mon grand lit vide, j’enfonce mes boules quies et m’enferme dans le silence. Il n’y a pas d’explication précise, je ne suis pas toujours capable d’ouvrir les yeux. Je me lève dans le noir.

Cette nuit, j’ai rêvé de S. Sans doute parce qu’on a parlé de lui avant de s’endormir.
Nous courions, nous devions nous échapper, dans une sorte d’époque nazie et il se faisait prendre volontairement pour moi, pour me laisser la possibilité de m’enfuir. Son regard pèse encore sur moi, quand il s’est tourné pour me montrer le recoin, la fissure, où me blottir. En hauteur.

Je me demande si je considère sa mort comme une possibilité de rester vivante, d’exister. La première seconde d’un vide à combler, la première seconde du reste d’une vie à vivre.
Parfois il n’est qu’un songe, né d’une solitude, sans qui le mouvement aurait été impensable.
Parfois il n’est qu’absence.
Toujours, il y a son regard d’enfant blessé sur mon départ. Je voulais devenir sociable. Une nouvelle relation avec moi-même. A défaut, j’ai parlé seule longtemps.

J’ai ce petit carton blanc, quelques affaires lui ayant appartenu, des instants partagés, une année de vie retracée, sa faluche, une bague. Dont je ne peux me séparer.

Je suppose que j’y suis reliée à jamais.

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Château de Brezé – 2004

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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