La joie des belles-mères

 

   

Elle est polonaise. Petite, blonde, les yeux bleus, elle est très belle et a dû l’être encore davantage étant jeune. Elle a un prénom français, mais se fait appeler par celui de son pays.
La première fois qu’on s’est rencontrées, elle m’a dit bonjour du bout des lèvres et m’a tourné le dos. Elle m’a tout simplement ignorée.

Ma belle-mère (ex, ne déconnons pas) a mis un an a m’adresser la parole pour autre chose que bonjour et au revoir. Elle me regardait à peine sinon avec mépris. J’évitais d’aller chez elle, elle
évitait de me regarder, cela faisait bonne mesure. J’ai mis bien deux ans je crois, à réaliser qu’elle attendait pour belle-fille, une autre fille, une amie de son fils et de moi-même.

Au bout d’un an, l’été arrivant, S. m’a fait venir dans un appartement, vide, dont mes beaux-parents avaient la clé. Il était au RDC de l’immeuble, et le leur au 3èm. S avait la clé, ma belle-mère
avait la clé, mon beau-père avait la clé, les voisins avaient la clé, je n’avais pas la clé. Ce n’est que l’année suivante que j’ai réussi à en obtenir une, et qu’elle frappe avant
d’entrer ; nous nous sommes retrouvées nez à nez toutes les deux, elle avec un sac de courses pour nous, et moi sortant de la douche avec ma petite serviette attrapée en catastrophe. J’étais
furieuse, S. a beaucoup ri. S. avait du mal à comprendre que lorsqu’on a une mère intrusive (ce dont il avait conscience par contre), il faut protéger un minimum sa compagne.

Quand on s’est installés ensemble avec S., on a fait un couple à trois.
Ma belle-mère téléphonait 10 à 15 fois par jour, pour tout un tas de motifs. Quand on décidait de ne pas décrocher, elle appelait toutes les 10 minutes ce qui était donc pire, on finissait par
craquer. Parfois, S. lui raccrochait au nez, alors elle appelait sur mon portable pour s’en plaindre.

Quand on a habité à Marseille, elle a décidé de venir chez nous une fois par mois (un dimanche), qu’on soit d’accord ou pas. Même quand je travaillais ce jour là, et donc moins disponible pour
faire le repas et recevoir, elle venait. Elle entraînait avec elle mon beau-père, puisque lui seul conduisait.

Ils n’étaient pas mariés.
Ils ne s’aimaient pas.
Ils restaient ensemble, pour pouvoir s’entre-tuer.
Ca marchait assez bien.

Quand ils venaient, c’était avec des courses pour 6 mois (et des insultes l’un envers l’autre, parfois du silence).  Elle déballait des boites de conserves (je n’en mange jamais) telles que
des choux de Bruxelles (beuuurk), du maïs (S. n’y avait pas droit), des haricots verts, des gâteaux (auxquels ils n’avaient pas plus droit).. Même si lors d’un de ses appels, je lui avait spécifié
de ne rien apporter parce qu’on avait encore 5 boites de chaque dans le placard, elle en apportait tout de même. Elle avait décidé, elle apportait, à moi de me débrouiller avec ma petite étagère.
Elle apportait aussi 5 ou 7 packs de lait, autant de packs de bouteilles d’eau, de paquets de pâtes, de riz, un bloc ou deux de sel à chaque fois (il m’en restait encore d’elle quand j’ai eu mon
fils). Comme rien ne rentrait plus dans les placards, j’ai fini par mettre les choses sous la table et la nappe, puis sur le balcon, au-dessus des placards, au milieu de la vaisselle.. partout.
Excédée, je lui ai un jour rendu ses boites en lui disant que cela ne rentrait pas. Elle ne l’a pas bien pris, mais elle ne prenait rien bien venant de moi, nous n’étions pas à cela prêt.

S. était laxiste. Il la laissait faire, cela l’amusait. Il n’avait pas envie de se prendre la tête, je crois. Difficile de savoir. Ce qu’il pensait. Ca nous a tué. Nous sommes partis à 900kms de
chez elle, pour la fuir ; des deux postes possibles, il a choisi le plus éloigné. Cela n’a rien changé, sinon que nous avons perdus tous nos amis. Cela aussi, nous a tué.

Sa mère était un personnage, toujours présente.
Elle ne savait pas nager, et l’avait poussé à faire de la natation (même avec une cheville cassée), il est allé jusqu’en national. Sa chambre était en soit un mausolée, empli de médailles, de
coupes, de trophées.
Elle lui avait démarré une collection de timbres. L’avait finalement faite à sa place. S’obstinait à dire qu’elle appartenait à son fils.
A 20 ans, il mangeait la nuit, et balançait ses pots de yaourt, sachets vides et autres pelures, sous son lit. Au matin elle ramassait.

Quand je suis sortie avec S., l’un des problèmes que nous avons rencontrés, c’est son bordel. Ce ne fut pas le moindre de nos soucis.

Quand je suis sortie avec S., j’ai emménagé virtuellement avec ma belle-mère. J’ai mis quelques années à m’en remettre.

Quand il est mort, ma belle-mère m’a mise à la porte de chez nous. Quand nous avons été chez le notaire, devant elle, j’ai demandé qui était légalement en droit d’avoir les clés, puisque nous
n’étions pas mariés. J’étais dans mon droit, et j’ai savouré quand elle m’a demandé si elle pouvait rester dormir. Une revanche bien mesquine, mais il ne me restait plus rien.

Quand il est mort, elle a pris l’argent de nos comptes. Nous n’avons pas été prévoyants, elle a pris environ 3400 euros (le plus gros étant à moi, travail de deux années). J’ai démarré ma nouvelle
vie avec 200 euros, sans appartement et sans travail (merci encore Blanche, pour me l’avoir trouvé).
Cet argent a servi a payer la crémation. Mon beau-père ayant refusé de payer, il lui a fallu trouver l’argent quelque part, et elle me l’a pris. Ultime réglement de compte dont j’ai été témoin,
prise au milieu de leur haine.

Pour elle, je suis responsable de la perte de son fils unique.

La dernière fois que je l’ai eue au téléphone, elle me réclamait 500 euros.
Je les ai envoyés.
J’ai changé de téléphone.

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6 commentaires sur “6”

  1. C’est terrible de lire tout cela, mais alors le vivre je crois que je n’imagine même pas… Ça a dû être l’enfer, et je t’admire d’avoir réussi à tenir le coup au quotidien. Ça devait être
    épuisant. Comment diable cette harpie avait accès à vos comptes ? Te sens-tu redevable de quelque chose envers elle que tu aies accédé à son dernier racket ? oO’

  2. Je comprends, oui, j’aurais sans doute fait pareil…
    Quelle force destructrice certaines personnes portent en elles ! Et avec l’immense culot d’en rejeter la responsabilité sur les autres bien sûr. Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut point
    voir…

  3. Tu as été bien forte, de tenir le coup.
    Ce que je ne comprendspas c’est ce que ce genre de comportement apporte à ce type de personne… Que d’énergie inutilement dépensée, convertie en négativité…

  4. Un vrai enfer … vu ta situation de l’époque, lui donner les 500€ c’était une atteinte directe à ta survie physique  !!! Mais en même temps que je comprends que tu l’ai fait car j’imagine que
    sinon tu aurais subi un harcèlement qui aurait attenté à ta surive mentale là !
    Biz

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