Il suffit d'un mot

Naila de brume – Elisabeth Tremblay


J’ai trouvé ce livre sur ma table de nuit, et je suis tout simplement
incapable de me souvenir d’où il provient. Blanche si tu es coupable, fais moi signe.

L’auteur est québecquoise, et je n’ai pu trancher entre une mauvaise écriture ou une mauvaise traduction. Le style est très inégal, tout au long de la lecture ; parfois intéressant, régulièrement une envie de lire en diagonale.

Les couvertures sont superbes et féériques au Québec (public plus adulte), gamines et laides en France (public jeunesse) ; les éditeurs parfois sont étonnants, je ne trouve pas que le livre devrait aller aux plus jeunes. D’autant que le dessin français semble impliquer qu’il s’agit d’une ado, alors que la dame a tout de même 25 ans.

Premier livre de l’auteur, d’une saga comportant déjà 5 tomes au Québec et 2 ici.

 

L’histoire est simple. Tellement simple que toutes les actions sont prévisibles, pré-mâchées, caricaturales. Par contre les liens familiaux et historiques sont si complexes que cela en devient indigeste (ma difficulté de concentration n’aide certes pas). Les noms des personnages se ressemblent souvent un peu trop, d’où une difficulté supplémentaire de s’y retrouver, et sont eux aussi caricaturaux.

La trame de l’histoire est classique : une femme qui ne se doute de rien se retrouve avec des pouvoirs dont elle ne connait rien, et va devoir sauver des mondes.. dont elle ne savait pas l’existence. Ignorante d’un bout à l’autre, ses hésitations et ses doutes sur presque 500 pages m’ont donné l’envie de la secouer.

 

Naïla.. C’est un personnage léger, incomplet, agaçant (j’y vais/j’y vais pas ; je me prépare/j’emporte finalement rien), naïve pour ne pas dire cruche. Les questions qu’elle se pose sont rarement les bonnes, me sont en tout cas obscures ou fermées. J’aurais eu bien d’autres questions, et bien d’autres motivations. Aucune approche psychologique des deuils entrepris (on avait pourtant bien le temps), ni des révélations sur les autres mondes (où est le choc ?). Aucune approche de la possible folie de Naïla n’est évoquée, alors que sa mère et sa grand-mère (arrière ?) ont été enfermée dans un asile pour les mêmes raisons. Psychologie tellement absente, que le livre en souffre profondément, on ne peut s’y plonger réellement.

C’est long, très long à se mettre en place, à s’en ronger les ongles. L’héroine est lente. Exaspérément lente. On n’est même pas certain qu’un jour on la verra ailleurs que dans la maison de sa tante (=grand-mère). Au point que l’action commence véritablement vers les 3/4 du livre, avec un début prometteur digne d’arlequin.. Couchera, couchera pas.. Mince, couchera pas, et marié en plus. On s’ennuie, tout simplement. Il faudra attendre qu’elle passe dans l’autre monde pour que l’intérêt augmente.

C’est annoncé comme du fantastique, mais c’est assez décevant sur ce plan également. D’abord parce que l’histoire met un temps fou à se lancer, donc de magie point. Ensuite parce que finalement, la magie quand elle arrive, est surtout vue du côté des méchants et que c’est blasant, mais eux savent s’en servir. Au final elle ne sait rien faire, sinon pleurer et aller où il ne faut pas en se disant qu’elle ne devrait pas mais qu’elle n’a pas le choix. J’avoue ne pas saisir pourquoi elle accepte d’être virée en douce de la propriété par une femme jalouse, mais je saisis encore moins que personne ne se demande comment elle a fait pour partir ; ça aurait du retomber sur la femme, il y aurait du y avoir une confrontation entre le mari et cette femme.. mais rien. Une fois les choses posées comme l’auteur en a besoin, le reste ne compte plus, et c’est décevant.

Les émotions.. ne passent pas. On apprend qu’elle a perdu son mari et son enfant, elle se fait violer durant 3 semaines.. très sincèrement, ça m’est passé au-dessus de la tête. Aucune empathie possible, comme chez la plupart des auteurs tout est mis à distance, aucune implication ; il m’est impossible de m’identifier.

Et puis il m’est devenu très vite insupportable de la voir « soupirer bruyamment » toutes les trois pages. Sans exagération aucune. L’écriture de l’auteur est agaçante, parfois il est improbable qu’un tel discours soit tenu (j’ai en souvenance la discussion de deux paysans.. comment qu’ils causent bien quand même..).

Edit : J’ai retrouvé ce qui m’avait tant mise en colère. Chacun envisage l’avortement de Naïla, elle comprise, sans sourciller. Il faut le faire parce que les mondes seraient en danger sinon, alors tuons cet enfant sans se poser de questions.. Sans parler de celui censé la protéger, qui se dit au bout de 2 semaines, que tiens au fait, il faudrait peut-être la faire sortir des griffes de son frère, qui doit vraisemblablement la violer pour avoir un enfant. Un jour, peut-être, occupons-nous en.

Il y a tant de nonchalance dans l’approche faite des décisions censément vitales, que cela me donne la nausée.

*

En résumé, c’est un livre convenu, complexe au niveau des personnages et de l’histoire, où il manque l’implication  émotionnelle et psychologique de l’auteur. Ce livre semble plaire à énormément de gens.. Je suis peut-être trop difficile, mais je ne le conseille vraiment pas.

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