Bernard Canta, refoulé au Canada, je peux comprendre puisque la raison est écrite dans leurs textes de lois.
Que Barcelone en fasse autant me révolte particulièrement.
Mais qu’en plus l’on me dise « c’est bien fait », je suis révoltée.

..

Parce que..

Comment peut-on dire que c’est bien fait, s’il est interdit de scène à Barcelone ? Il l’a payé, son acte. Il va vivre avec la mort de Marie Trintignan, chaque jour, chaque minute. Avoir une mort sociale et professionnelle, alors
qu’il a déjà été jugé et qu’il a fait de la prison, je ne comprends pas. Nous n’avons ni à juger ni à faire notre propre justice. Je me souviens, quand c’est arrivé ; soudain, plus personne
n’aimait Noir Désir. Soudain, tout s’est passé comme si plus personne n’osait dire « j’aime sa musique, ce qu’il fait, mais je réprouve son acte ». Et voilà que ça recommence.. Oui c’est triste,
affreux. Oui sa famille vit dans la haine de cet acte, et on peut le comprendre, même si là encore cela me rend bien triste. Mais qui sommes-nous pour interdire à cet homme, de se produire sur
scène ? Si cela vous dérange, ne payez pas votre place.. Doit-il donc mourir pour que les gens soient enfin tranquilles ?

 

Le père de Marie Trintignan a quitté un festival récemment, sachant que Bertrand Cantat y serait. Il n’a pas fait de scandale en demandant à ce que l’autre parte, non, il est parti. Il l’a dit
certes haut et fort, mais c’était lui le gêné, lui qui est parti. Je trouve sa douleur digne, entendable, terrible. Il était papa. Mais nous, qui sommes-nous ?

 

Et là, on me parle « violence conjugale ». Un homme qui bat sa femme, montré du doigt.

Humm. Un homme et une femme sous alcool et sous drogue, qui se disputent, et ça tourne mal, par pur accident.
J’imagine la situation renversée et je me dis, et si Marie avait tué Bertrand, aurions-nous alors parlé de violence conjugale ? Aurions-nous exprimé la même horreur sur cette tragédie ?

 

Alors je bouillonne. Cette hypocrisie, cette volonté de maîtriser la vie des autres, de pouvoir dire « je m’insurge contre le fait que cet homme soit en liberté/en vie, il est anormal qu’il voit
ses enfants alors que ceux de Marie Trintignan ne voient plus leur mère ».. Mais enfin qui sommes-nous donc ?

 

Je me félicite d’être dans une société où l’on ne peut pas jeter de pierres jusqu’à ce que mort s’en suive. Je m’étrangle juste sur le fait que ce soit détourné par des mots, des abus de pouvoir,
des méchancetés (« c’est bien fait s’il peut pas jouer à Barcelone »). On fait notre justice. On se positionne en vérifiant qu’on nous voit bien.
On se réjouie de ses problèmes, de ses malheurs. De sa mort sociale.

On jette des pierres, on lapide.

Autrement.

Chute rouillée

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