Halos by Stranded Horse on Grooveshark

 

 

Quand je crois enfin souffler, quand je m’imagine acheter une machine, quelques meubles, me créer pour la première fois un véritable chez moi, l’on me rappelle la précarité de ce que l’on croit pour acquis. L’avenir nous dira, si mon mari sera payé de son nouveau travail, ou si l’entreprise mourra, étouffée en son sein par une confiance mal placée.
Pas d’achat ni de vie plus facile, mettre de côté tout ce qu’on peut et survivre.

Je me demande sincèrement pourquoi l’argent semble si peu me vouloir dans son sillage, pourquoi ces années derrière-moi sont-elles toutes si difficiles. Pourquoi je ne peux, jamais, m’acheter un meuble ou un vêtement, et me contenter de récupérer années après années, ci dans la rue, ça à la croix-rouge, tel dans une friperie. Rien de neuf, rien de désiré. Mon appartement bancal, hétéroclite, abimé et vieillissant ne me rempli pas de cette joie qu’on éprouve normalement lorsqu’on rentre chez soit.
Rien n’est moi.

Encore suis-je heureuse de ce toit, retiré deux fois déjà, arraché à chaque fois afin d’en récupérer un. Jamais acquis, rien.
Est-ce là ma peur ? Être de nouveau sans rien..

Avoir mes vêtements sur le dos et de quoi me changer pour une semaine, tout en cartons dans une maison lointaine qui croule sous son propre poids, déjà morte le jour de l’achat. Une maison dans laquelle il pleut à une trentaine d’endroits, où il n’y a pas de salle de bain, pas de wc, pas de chauffage. Où il y a plus de trous dans les murs que de pierres dans le jardin, où l’on aurait pu, si amis j’avais eu, passer des messages du dehors au dedans, pour s’amuser. Où il fait 6°C les nuits d’hiver, 12°C atteints en journée dans la cuisine grâce au poêle au fuel, odeur à l’appui.
Cette maison que j’ai haï de son vivant, regretté lorsqu’elle a péri par le feu. J’avais un toit. J’aurais dû m’en contenter.
De là ont débuté mes trous de mémoire. Tout effacé. Envolés, des pans de mon enfance, de ma vie, de mon savoir. Migraines, béquilles, fauteuil, re-béquilles, médecins, hôpitaux.
Hébergées par la famille, ma mère et moi. Depuis une semaine, quand la maison brûle ; il devait offrir sur un plateau, un travail à ma mère. Sur le plateau, la boisson s’exprime ; du vent, que du vent.
Elle est partie toucher des cendres, il est entré dans la chambre. Et pour la première fois, n’y est pas resté.
Quand elle est revenue avec son tas de cendres, ils nous ont mis à la porte. Trop longtemps que nous étions chez eux. Deux semaines. Tout valait mieux que rester là, où je ne parlais pas.
Pas de toit.
Pas de toit..

C‘est en écrivant ces mots que je réalise que la seconde fois aussi, c’est dans les cendres que j’ai perdu le toit que j’avais au-dessus de ma tête. D’un homme que j’aimais, malgré ce que nous vivions.
Mise à la porte par ma belle-mère, clés récupérées la loi étant pour moi le temps de faire mes cartons. Et d’être à la rue, des cendres encore chaudes entre mes mains gelées. Cette fois, j’ai mis trois mois à récupérer un toit et quatre murs. Un an à disperser ses cendres.

Étrange comme tout n’est que vocabulaire et psychanalyse. Comme se rejouent des morceaux de vie qui nous échappent, mais avec lequel l’inconscient flirte.

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