La douleur. Intense, déchirante.
Et puis ne plus sentir qu’un ventre vide, absent de toi.. Ou t’es-tu donc replié, que je ne t’ai plus trouvé, plus senti, que tu n’as plus bougé ? Pas de pieds à caresser, pas de dos à toucher, plus rien que ce ventre vide, vide, si vide.. Et j’ai eu beau le bouger dans tous les sens ce ventre, le malmener, pleurer, tenter de secouer ce vide, je ne t’ai pas trouvé, tu ne m’as pas répondu, tu n’étais pas là.
J’ai eu si peur..
J’ai compris tu sais. Plus de stress, d’angoisse, je vais apprendre le bouddhisme, le calme, je vais respirer tout doucement de crainte de te perdre une seconde fois. Définitivement.
J’ai eu si peur..
Tu t’es absenté et je ne sais pas où.
J’ai tenté de me calmer, de respirer, les larmes ne venaient plus le vide prenait toute la place. Ce calme qui n’en était pas un t’a-t-il permis ce retour ?
Quand tu es revenu, si faiblement, c’est à peine si j’ai osé me réjouir, osé me faire confiance. C’était si loin, si loin..
La sage-femme a été formidable tu sais. L’échographe elle.. ne doit pas aimer son travail. Cinq heures avaient passé, tu bougeais normalement, plein de cette vie que l’on t’a donné ton papa et moi, et elle était énervée d’avoir été dérangée je crois. « Et bien il bouge là, je n’arrive pas à prendre mes mesures tellement il bouge. Vous avez essayé de le bouger comme ça ? ». Non, je n’y ai pas pensé.. promis la prochaine fois avant d’appeler le SAMU j’essayerai. Je laisserai même passer des heures, avant d’appeler et de perdre mon enfant.
Heureusement, la sage-femme m’a dit l’inverse, l’exact inverse. Rassurante.
Personne n’a pu nous fournir une ambulance, pour le retour ; pas de médecin. Ton papa était stressé, énervé, angoissé, il voulait insister, obtenir quelque chose, que je puisse rentrer à la maison moi qui ai tant de mal à marcher.
Je lui ai juste rappeler que tu étais vivant. Que finalement, comment nous allions rentrer n’était pas important. Mais que par contre, le fait de rentrer tous les trois..
On est reparti doucement, à 1h du matin, très calmes. Autour de nous, le monde était fou, il bougeait vite, un jeune homme est tombé, trop ivre. Qu’importe le monde, puisque je le porte..

Je suis toujours en état de choc, même si très calme. Je vérifie que tu es là, souvent, même si je sais au fond de moi que tu y es cette fois.

Je voudrais que tu n’en ais pas le souvenir, mais ce ne sera pas le cas. Cela va s’inscrire. Tu vis silencieusement en moi, dans un petit monde doux et sombre et parfois l’idée me traverse, fugace, que tu devrais y rester bien au chaud. Ce petit corps que ton papa et moi avons modelé sans en connaître encore les contours, nous le voudrions sans douleurs, sans fatigues, sans contraintes, et oublier que nous t’avons imposé cette flamme sans ton accord..
Ce petit cœur qui bat vigoureusement, sera-t-il amoureux de cette vie que nous aurons à t’offrir ? Saurai-je apaiser mes angoisses, mon impatience et ne voir que vos deux visages ? Te souviendras-tu des caresses sur mon ventre, des mots doux de ton papa, des attentions de ton frère ?

Tu es vivant, bien au chaud, tu bouges..
Je vais me reposer, m’apaiser, prendre soin de moi, de toi, de nous. Le monde peut bien s’écrouler, je me contenterai de respirer et de sourire sur tes battements de cœur.