Il suffit d'un mot

L’éducation, cette remise en question éternelle

Régulièrement, je lis/trouve/fais suivre ou l’on m’envoie des blogs parlant de l’éducation des enfants. Et à chaque fois, cela me fait l’effet d’une piqure de rappel. De ce vers quoi je tends, de ce dans quoi je suis/nous sommes, de ce qui s’est relâché, de ce que l’on applique, de ce qu’on peut améliorer, de ce que j’ai oublié dans l’habitude installée des journées dirigées par le trop plein de fatigue.
Alors je reprends, tout. Depuis le début. Mais surtout la confiance en moi, qui s’effrite si facilement.

Nous sommes contre la punition corporelle.
Avant d’avoir Prince, nous étions d’accord tous les deux, pas de fessées. L’application fut plus difficile. Le point de départ de cette mise en pratique complète est venue de moi, par nécessité.
Mon mari, de par sa propre éducation, avait la tape plus facile lorsqu’il était excédé. Sur la couche cela ne portait pas à conséquence, l’idée était comprise par Prince. Parfois sur la cuisse. Ou encore une immense claque sur la table, qui faisait sursauter de par la violence du geste.
De par ma propre éducation, les dégâts étaient monstrueux. Je croyais avoir dépassé ma violence, Prince m’a prouvé l’inverse.
A 14 ans, j’avais tapé mon chat, qui venait de faire une belle bêtise. Tapé, est un mot presque doux dans ce cas précis, c’est toute ma colère que j’y aurai passé si je ne m’étais soudain vue faire. C’est en crise de nerfs que j’ai stoppé, la bestiole un peu perdue blottie contre moi. De ce jour, je ne l’ai plus touchée à part une vague tapette pour lui signifier qu’elle abusait. A cause des corrections qu’elle a reçu de ma mère, mes engueulades la faisait rire. Si vous n’avez jamais vu rire un chat, la mienne pourtant avait ce regard de défi magnifique, ce rire dans les yeux et parfois même elle ronronnait dans la foulée : le message passait (dans les deux sens) qu’elle avait compris mais que je l’amusais bien. Dix années à mes côtés sans ma mère pour la massacrer n’ont jamais changé cela, ni son regard ni ma résolution. Elle avait été trop marquée. Moi aussi.

J’ai sincèrement pensé que j’avais donc dépassé cette colère en moi.
Prince est arrivé, et tout a volé en éclat. Il a je crois, reçu trois ou quatre méchantes fessées, qui m’ont fait très peur de par la rage ressentie. J’ai demandé à mon mari de ne plus lui donner la moindre tape, j’avais besoin d’aide. Tout est une escalade.. à quel moment s’arrête-t-on ? Quelle frontière y a-t-il entre la tape, le cri, le hurlement, la gifle, la fessée, le martinet, la chaussure, le meuble, la secousse, le mur..
J’avais besoin d’aide, et je ne peux décrire à quel point ce fut dur. Toute ma rage remontait, le bras qui ne demandait qu’à partir, plus fort que moi.
Alors pour m’aider, je mettais Prince dans sa chambre. Pour me calmer, pour qu’il se calme.
La tension redescendue, je lui parlais.
J’ai mis toute sa première année à ne plus ressentir cette bouffée de rage noire, à bannir ce réflexe de frapper que je ne mettais pas à exécution mais qui hurlait en moi son besoin de se défouler.

C’est passé.
On a continué à le mettre dans sa chambre. Punition légère en soit puisqu’il y a ses jouets, punition tout de même qui ne lui plaisait pas sur le principe. Petit à petit, ce qui était un besoin de se calmer des deux côtés est devenu une punition, nous avons dérivé, dérapé. Je ne m’en suis rendue compte que récemment.

Parce que nous sommes également contre la punition/récompense. Et que ce n’est pas plus facile de ne pas tomber dans ce système. La frontière est très mince entre les deux, puisque le résultat final est le même : il va dans sa chambre.
La différence est dans la communication.
* Soit on l’envoie dans sa chambre en punition et nous coupons toute communication (que l’on rétabli ensuite, certes), idem quand on lui crie après. Il y a quelques semaines Prince, après explication tous les deux, m’a demandé pourquoi je l’avais grondé encore . J’ai eu bien du mal à justifier cela, même si ma colère était somme toute justifiée au départ (ma colère, mas pas les cris) ; et il avait raison, la seconde fois j’étais juste énervée et donc sans patience. Oui, pourquoi crier ? Alors que nous lui demandons à lui, de ne pas nous crier dessus.. J’ai cherché la logique, je ne l’ai pas trouvée.
Ma belle-maman m’a répondu approximativement qu’il était là question de respect que l’enfant nous doit, qu’on devait se faire obéir, qu’il sache qui est l’adulte en somme. Je n’ai pas réussi à le justifier en le comparant aux valeurs que nous tentons de maintenir, et je ne suis pas certaine qu’en en discutant profondément avec elle, elle tienne son discours (elle est d’ailleurs adepte de la CNV); je n’ai juste pas tenté.
Je ne veux pas me faire obéir même si c’est plus facile à vivre quand les choses se font dans un claquement de doigts. Mais à quoi sert le claquement en question, s’il passe par les cris.. ? Parce que c’est inévitable. C’est un petit être indépendant que nous élevons, qui veut l’être et qui doit l’être.

* Soit on l’envoie dans sa chambre pour qu’on se calme, que je puisse respirer le temps de reprendre mes esprits, que lui se défoule sur quelque chose d’autre que ses parents. Chacun reprend doucement la maitrise de ses émotions et dès qu’il se sent, vient parler avec l’autre.

La limite est vite franchie, on doit sans cesse réajuster.
Mais que j’aime.. que j’aime lorsque Prince, période du non oblige, s’énerve parce que là lui veut faire comme-ci et pas comme moi je le demande.. et qu’après explication justifiée il se range à mon avis : il a compris ma démarche.
Tout est là, nous demandons. Nous n’exigeons pas. Nous tentons en tout cas.. Chaque jour est un challenge, parce qu’il y a la fatigue et les soucis. Chaque jour, LeChat comme moi, devons travailler sur nous-mêmes.

Régulièrement, je doute. Pas de la manière dont nous l’élevons car nous en constatons les biens faits à tous les moments de la journée. Non. Je doute de ma patience, je doute de la conserver encore avec un deuxième, je me demande si je peux arriver à mieux faire, si je peux éviter tous les écueils dans lesquels je suis régulièrement tombée..

Je sais que notre manière de faire doit en heurter plus d’un.
Mais je sais que cela m’a empêchée d’être violente, de tomber dans cet extrême que j’ai eu pour modèle et dont je suis particulièrement imprégnée.
Et je sais aussi que mon fils, turbulent et feu-follet, peut s’exprimer, s’énerver, crier, ne pas être d’accord.. ce qui est difficile parfois à gérer, particulièrement à l’extérieur. Mais aussi discuter de ce qui ne lui convient pas, de ce qui ne nous va pas, de ce dont chacun a besoin.
Parfois, nous ratons.
Nous nous excusons.
Nous expliquons.

Ce qui est compliqué là dedans ? Ce sont les crises. Le « non » automatique. Les phases tests. Les colères. Les « je veux décider moi ».

J’étais heureuse hier d’avoir résolu sans cris, une situation qui revient à chaque repas. Prince bouge dans tous les sens, ne tient pas en place, mange avec les doigts.. et comme si cela ne suffisait pas, touche ses pieds à pleines mains. Je lui explique (énième fois) qu’à table, on ne touche pas ses pieds ce n’est pas propre. La réponse (nouvelle) ne tarde pas, « je mets mes mains où je veux ».
Intérieurement, je soupire. Personnellement, j’aurais reçu une gifle pour une telle réponse.
Mais c’est vrai. Je lui explique que dans les faits, il est libre, ce sont ses mains, ses pieds, son corps, il peut faire ce qu’il veut (et dire l’inverse serait une catastrophe stupide, quand de l’autre côté on lui apprend que son corps lui appartient). Mais qu’il marche par terre, qu’il y a de la poussière, et que chaque fois qu’il met ses mains à sa bouche il en met également.
Il s’est rassis normalement, il n’a plus été question de toucher ses pieds, je n’ai pas crié. Et cela m’a fait du bien.. mais du bien..

Et j’ai cette peur régulière, de ne pas faire assez attention. De m’énerver quand cela pourrait être résolu autrement. D’exploser parce que je souffre et que je ne suis pas capable de gérer ma douleur.
Pour ce second petit être indépendant qui va arriver dans nos vies, j’ai cette sensation d’injustice pour Prince qui a essuyé les plâtres quand ce sera plus doux pour son petit frère, cumulé à cette peur de ne pouvoir gérer deux petits êtres avec autant de patience qu’actuellement.

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2 Comments:

  1. arfff, ces bouffées, je les connais… ma louloute est terrible, et il y a des fessées terribles aussi qui sont parties parce que bouffée…
    pourtant j’ai dû recevoir trois fessées dans ma vie et encore !! Mais j’ai été élevée à la culpabilisation, donc culpabilité, frustration, et compagnie. Du coup, ça monte ça monte… bref.
    On a opté pour le coin, mais c’est très vite sans effet avec un môme pas trop bête.
    On a fini par passer ces derniers temps à « je te prends un jouet » pas très utile avec une fillette née dans une famille très nombreuse d’un côté et très très cadeau de l’autre. Celui lui a permis de retrouver et redécouvrir ses autres jouets… jusqu’au jour où l’armoire était pleine de ses jouets, et où elle a commencé à négocier. Je n’ai rien contre la négociation quand ce n’est ni du chantage, ni jouer sur l’affectif et la culpabilisation justement.
    Elle récupère ses jouets peu à peu, et même avant d’être sage parfois, juste comme une preuve de confiance. Nous n’étions pas très contents d’en être réduits à ça, mais les bêtises dépassaient vraiment les bornes.
    Depuis un mois, elle s’est coupé trois fois les cheveux, tant pis pour elle. Pas de punition.
    Elle a voulu se couper les ongles en douce aussi, s’est coupé le doigt. De ce côté corporel-là, la leçon est passée ;-).
    ELle a à nouveau déchiré des livres, mais elle se rend compte ensuite que c’est bien embêtant… l’un dans l’autre, à part le coin au moment du repas du soir car elle est énervée, teste, crie, dit des gros mots, etc. (parce que c’est insupportable parfois que papa et maman parlent ensemble), cela semble se calmer un peu. Mais vraiment, on est à bout de ressources face à notre louloute, surtout pour éviter l’escalade, qui point forcément lorsqu’on est fatigués, avec des nuits très courtes et des journées de boulot qui fatiguent forcément.
    Bref, je te lis (j’ai lu toutes les dernières notes, avant de commenter dans celle-ci), j’ignore comme tu réussis, mais bravo !

  2. C’est le plus dur oui, éviter l’escalade.. Combien de fois avons-nous dû nous stopper en nous disant « et après, on fait quoi ? Quoi de plus ? ». Limite atteinte que les enfants sentent et exploitent. Dur, vraiment dur. Cela demande à chaque fois un ajustement, mais surtout une remise en question. Jamais je n’aurai autant appris sur moi qu’avec mon fils ^^

    Nous c’est le lancer de jouet à travers la pièce (en général quand il n’est pas content). Nous en sommes arrivés à « ce sont tes jouets, tu fais ce que tu veux, mais dans ta chambre. Dans le salon c’est non, et ce n’est pas négociable (avec explication : tu peux casser quelque chose ou blesser quelqu’un). C’est intégré. Quand un jouet est cassé, il va de lui-même le jeter à la poubelle ou vient pleurer vers nous.. Il apprend les conséquences ^^ (comme ta fille pour les livres).

    Nous avons droit aussi à ce « papa et maman parlent ensemble, ça donne quoi si je les harcèle ».. *soupir* On a bien du mal, mais ça commence à rentrer plus ou moins. On s’arrête, on refuse d’écouter et on lui explique (encore et encore) et parfois en se fâchant, que là il nous a coupé la parole, qu’on l’écoutera après avoir terminé. Sans patience, c’est plus vite expédié je dois dire ^^’

    Je te remercie pour tes mots.. J’ai l’impression d’échouer souvent, sincèrement. Pour tout ce qu’on réussit, un échec met à mal notre confiance. D’autant que je connais bien l’éducation à la « culpabilisation, frustration.. » comme tu le disais. Chaque fois que je tombe dedans, j’ai l’impression de tout échouer.. ce qui est disproportionné bien sûr.
    Heureusement que nous sommes deux dans cette histoire pour nous épauler et relever celui qui craque 🙂
    Les mois qui viennent vont nous dire comment cela va se gérer, avec des heures de sommeil en moins ^^’ (mes posts te rappelleront des choses 😉 )

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