Il suffit d'un mot

L’intimité féminine, à protéger

L’humain ploie devant l’autorité, l’uniforme, ou encore celui qui fait illusion de.
La femme, enceinte ou non, se plie aux demandes de la blouse blanche, écarte les cuisses et se laisse malmener dans son intimité, généralement en serrant les dents. Parce que sinon, elle risque un cancer non-dépisté, et pour la femme enceinte un accouchement prématuré (vilain col qui ne veut pas rester fermé). Je comprends bien sûr la démarche, mais cette culpabilisation martelée à coup de publicités et de rappels à chaque rv médical est pour moi effarante.

Lors de ma première grossesse, j’ai changé de gynéco pas loin de dix fois. Avant d’en garder un, non par choix mais par dépit. Il m’a chaque fois, plongée dans une profonde dépression. Je ressortais en larmes, épuisée d’avoir du tenir tête à ce petit con prétentieux qui tentait de m’envoyer chez un psy, menaçant mon bébé pas encore né d’anorexie et de troubles affectifs, parce qu’il était évident que je ne pourrais pas créer un lien mère-enfant. Ne pas pouvoir regarder et triturer mon entre-jambe était pour lui un outrage personnel remettant en jeu son diplôme.
Auprès des sages-femmes de l’hôpital, il passait pour être le gynéco le plus à l’écoute du service.

Partant sur une deuxième grossesse, je me suis renseignée : l’OMS déconseille fortement le toucher vaginal, et la France est l’un des derniers pays à le pratiquer encore (la Norvège considère même cet acte comme une faute médicale, je l’aime) : aucune incidence sur leur taux de prématurés.
Forte de ce constat, je n’ai pas été suivie du tout lors des premiers mois : entre la panique de ma première expérience et la difficulté à trouver une personne qui accepte mon refus, cela a pris du temps. J’ai eu mon premier rv au 5ème mois (6 mois du point de vue des médecins), les prises de sang étant assurées par mon généraliste.

Mme G. est sage-femme en hôpital, et a accepté de ne pas m’examiner. Je vais à chacun de mes rendez-vous sereinement, on vérifie le col à chaque échographie (car ils se gardent bien de vous le dire, mais oui il peuvent le voir ainsi !), ma tension, mon poids, etc.
Jusqu’à aujourd’hui.
Petit examen avec deux coton-tiges, pour dépister une éventuelle infection à streptocoques.
Le simple fait de m’en parler a brisé ma sérénité, pourtant elle ne m’obligeait à rien. Je pouvais le faire le jour même, revenir dans quelques jours si j’avais besoin de temps, ou encore partir sur l’idée d’un accouchement idéal (pour eux) : dès les premières contractions venir à l’hôpital, le personnel perce ma poche des eaux (ne pas laisser faire la nature me posant un cas de conscience), fait un prélèvement dessus, et si c’est positif antibiotique (avec par contre perte de temps pour moi comme pour le bébé, qui peut être un problème). Je sentais déjà l’angoisse sur des jours/semaines, à me demander comment se passerait le jour J..
Et sinon en moins idéal (ma poche des eaux se rompt avant d’arriver), ils pratiqueraient le prélèvement sur les muqueuses du petit avec une seringue, en lui maintenant la bouche ouverte le temps de.
Ce qui a achevé de me traumatiser.
Incapable d’assumer l’intrusion, je laisserais à mon fils le soin de le supporter à ma place ?
D’une injustice et d’une portée psychologique impensable.
Je me suis effondrée.

C’est mon mari qui a trouvé la solution.. il a demandé s’il n’était pas possible que je fasse moi-même le prélèvement. La sage-femme a été jusqu’à proposer que je le fasse chez moi dans la semaine, et qu’on lui rapporte les échantillons.. Je bénis cette femme.
Elle nous a laissé seuls dans son bureau, LeChat dans la pièce à côté si j’avais besoin. Certes peu agréable, mais j’ai fait l’examen moi-même, elle a les échantillons, je n’ai plus à m’inquiéter de rien.

Je suis toujours secouée, proche de la crise de larmes.
Mais il y a en moi quelque chose de rassuré, de soulagé : il y a tout de même des personnes dans le médical, qui respectent le corps des autres, sans jugement.
Et oui : une femme a le droit de refuser l’accès à son corps.
Peu importe l’autorité exercée.

 

Paris – 2003

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