J’aimais l’entendre jouer de la guitare. Elle chantait pour elle, elle me prévenait rarement. Alors j’arrêtais ce que je faisais et j’écoutais. Je restais dans la chambre, dans le couloir, ou quand j’osais je venais tout prêt sans la gêner. Je n’avais pas le droit de parler.
 
Elle avait une voix qui porte. Loin. Son besoin d’être entendue dépassait tout, et c’était beau de l’écouter.
Elle mettait toute sa force, tout son caractère dans sa voix.
Ses mains douloureuses, abimées par une maladie qui peut à tout moment lui emporter un doigt, grattaient pourtant avec tout autant de force son instrument de bois. Elle réussissait à mettre des pansements sans gêner les cordes, et elle jouait, jouait, jouait.

Je la revois, sourcils froncés de concentration, s’énerver sur certains accords. Chercher son capo partout, souffler dans son diapason gris à 6 notes. Je l’entends encore, chanter Brassens ou Graeme Allwright..

Je la revois sur une scène rouge en plein air. A Chatou dans sa robe bleue, un micro devant elle. Dans une pièce enfumée avec d’autres musiciens, moi censée dormir sur un canapé. Chez O., qui en voulait davantage. Mes cheveux en chignon, ça tirait un peu..

Elle était faite pour la scène. Elle me trainait partout, petite, et j’adorais ça.
Ça s’est arrêté, un jour, je n’ai pas su pourquoi. Peut-être quand la dépression a eu raison d’elle.
Elle a continué la guitare de temps en temps, pour les personnes âgées, pour elle.
Et puis un jour elle s’est mise au piano, et c’est devenu définitivement quelque chose que l’on n’a plus partagé.

Mais aujourd’hui encore, je ne peux entendre une guitare ou Graeme Allwrigth sans avoir le cœur qui se serre d’émotion..

guitare

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