.. ou pourquoi j’ai peur de rater le second.

Durant ma première grossesse, j’ai pris les choses comme elles venaient. J’ai suivi deux ou trois cours d’accouchement avant de comprendre que je n’y avais pas ma place, que cela ne m’intéressait pas, que je n’étais pas angoissée.. que je voulais vivre les choses comme elles venaient. Sans être parasitée par des conseils à droite et gauche.
L’accouchement est arrivé, et je me suis retrouvée sereine et sur mon nuage. Dix heures après avoir perdu les eaux et 20 minutes en salle de travail, mon petit bout est né, un vendredi, les yeux grands ouverts sur ce qui l’entourait. Vingt minutes magnifiques.
Et de cette même approche sereine, nous nous sommes engagés sur le chemin de l’allaitement. Prince a trouvé mon sein, s’y est jeté goulument, tout allait merveilleusement bien..

Je vais entrer sans le savoir et en quelques heures, sur la route du phénomène de foire.
Voici un copié-collé, de ce qu’à l’époque, j’avais écrit..

Quelques heures vers le soir du vendredi..Une infirmière (ou sage-femme ?) regarde mes seins et décrète qu’ils n’ont pas une bonne forme pour le petit. Et effectivement, mes seins ne sont pas des tétines naturelles, ils ont le bout arrondi. Il a tendance à mal téter, et à sucer l’intérieur de ses joues, me dit-elle, au lieu d’aspirer le colostrum. C’est elle la professionnelle, je l’écoute : il me faut un embout en silicone.

Personne n’en a. On me dit ce que je dois faire, on ne me donne pas le matériel. Dans la nuit, l’infirmière de garde m’en prête un qui est « à elle » et qu’elle passe à chaque maman qui en a besoin, qui le lui rend ensuite. Notre sauveuse ! Par contre, la même sauveuse décide d’emmerder le petit en pleine nuit (entrée en fanfare, allumage du plafonnier, sursaut de tout le monde), pour qu’il ai des tétées régulières, sans chercher à savoir s’il ne pourrait pas se réveiller de lui-même. Cet enfant ne se laisserait pas mourir de faim j’en suis sûre, mais elle en a décidé ainsi. A deux reprises elle vient, le change, me le fait nourrir de force. Je n’ai pas l’énergie pour discuter, j’ai besoin de dormir et n’y arrive pas, nous sommes en prime installés à côté du standard et les sonnettes d’alarme hurlent dans nos oreilles jour et nuit.

Chaton tète, tète, il mange bien, galère un peu, mais l’embout ne le dérange pas, sinon qu’il faut toujours tenir parce que ça lui retombe sur le nez et l’étouffe régulièrement. A force, cela m’échauffe un peu le tour des seins mais on s’en sort.L’inconvénient, c’est que dès que je l’enlève.. il n’arrive plus à téter, ça y est, c’est foutu. Putain de morceau de plastique. Les infirmières me rassurent, dès que j’aurai la montée de lait, mon sein se fera (gentiment) tétine et tout rentrera dans l’ordre. Je me raccroche à ça, j’y crois dur comme fer. Il vaut mieux, le simple fait de penser à faire tout mon allaitement avec cet embout me fout le moral à zéro. J’essaye de ne pas culpabiliser, ça fait longtemps que j’ai accepté cette forme particulière de mes seins, mais les infirmières avec leur fixette, me portent sur le système, déjà.

Samedi.

Premier bain du petit, hurlements sans fin, grosse angoisse ; il se débat, déteste ça. Les gestes de l’infirmière qui nous montre comment faire sont pourtant calmes, elle sait ce qu’elle fait, mais rien n’y fait il hurle. Bien qu’elle soit rapide, les petites mains deviennent blanches puis violettes, il a trop froid. Ça me déstabilise, cette couleur sur ces mains.
Elle en profite pour le peser, il a perdu énormément ce qui est normal, et elle me dit que lorsque sa courbe aura cessé de chuter et que la perte de poids sera très douce, nous pourront rentrer à la maison. Je ne le sais pas encore, elle me dit une connerie.
Le bain l’a épuisé, il n’est même pas capable de téter, il s’endort comme une masse entre mes bras.

En soirée, chacun y va de son avis pour donner le sein à mon enfant. Chacune sa méthode, contraire ça va de soit. On ne peut pas dire pour autant qu’elles soient plus efficaces que moi, il a du mal à rester éveiller sur mon sein et se nourrit seulement par petits bouts.

Avec l’embout en silicone, ça ne se passe pas trop mal. Dès que je l’enlève.. il ne sait plus téter et ça me perturbe profondément. Ce machin en plastique n’a rien de pratique : ça se décolle sans cesse, se plaque sur le nez du petit (du coup je dois tenir le plastique à la place du bébé), avec ces doigts il l’agrippe et l’arrache, et comble, à force de frotter ça me brûle un peu le sein.

D’agacement, nous trichons avec l’infirmière. Je n’ai aucune envie de bousculer le rythme de mon enfant, nous inscrivons sur la feuille des tétées un horaire bidon pour lequel nous mettons le réveil, et nous glissons la feuille sous la porte. La première nuit elle nous l’a bêtement réveillé deux fois, cette fois nous gérons nous-même. Elle voulait le réveiller à 3h, il s’est calé sur un autre horaire et que je sache, je suis la maman, je décide. Comme prendre de front s’est s’exposer à de longues discussions stériles, nous avons donc décidé de mentir sur la tétée du petit : ça a très bien fonctionné, il s’est réveillé une heure plus tard que ce que voulait l’infirmière. Juste qu’ensuite, il ne s’est pas rendormi.

4h du matin. Il pleure, hurle par passade, refuse de se rendormir, demande le sein sans cesse pour s’endormir dessus et uniquement pour cela. Nous comprenons soudain pourquoi a été inventée la sucette. Nous étions contre de base, la théorie s’envole avec les heures. Je donnerais n’importe quoi pour en avoir une sous la main, et bien sûr l’hôpital n’en a pas. L’hôpital n’a rien de toute façon, même plus de calcium à me fournir ni serviettes pour le sang que je perds. Budget ou organisation ? Attendre lundi dans tous les cas. Ah ah.

Nous sommes un peu à bout, mais au moins personne ne nous a emmerdé dans la nuit.. on ne peut pas gagner sur tous les tableaux. Nous demandons à mes beaux-parents d’apporter une sucette, et l’apprentissage commence à renfort de grimaces et de coups de bras. Rapidement l’intérêt s’impose au bébé également, qui nous impressionne : il tient la sucette avec.. ses mains ! Pas de grands gestes, et s’il la tient entre ses doigts, il les ouvre avant, ce qui fait qu’en général s’il l’éjecte c’est qu’il n’en veut vraiment plus. De même, il arrive facilement à mettre sa main dans la bouche, je n’en reviens pas.

Durant la nuit ma poitrine a doublé de volume. Vraiment doublé. C’en est impressionnant, mais je ne le sais pas encore, je ne suis pas au bout de mes surprises. Le soir même, dix vergetures sur le sein droit auront fait leur apparition, et ils auront encore grossi, le tout dans la douleur. Plus le temps passe, plus j’ai mal.

Je me suis arrêté là dans l’écriture.. mais je me souviens bien. De la douleur. De l’envie de m’amputer.
Mes seins se sont engorgés en quelques heures, et sont devenus du béton armé. Le personnel médical n’ayant pas d’autre solution que « prenez une douche et massez vos seins sous l’eau chaude », j’ai pleuré de douleur sans solutionner mon problème. Les équipes se sont succéder, avec leurs conseils et leurs techniques, et c’est sous les yeux de 5 ou 6 personnes, à 2h du matin, que j’ai testé en pure perte un verre d’eau brûlante appliqué sur mon sein pour faire un appel sur le lait. La pudeur n’existe plus, la pudeur est un mythe.
C’est le lendemain que Blanche m’a trouvé une solution certes barbare mais efficace : j’ai pressé à en hurler, essuyant du lait durci sur un tissu. Jusqu’à atteindre un lait liquide, qui passe enfin. Le tout en me faisant des bleus sur la poitrine..
Pendant ce temps.. mon fils a perdu du poids.

Prince, nous ne le savions pas encore, tétait, mangeait, avalait, se nourrissait.. mais pas en suffisance : il avait une difficulté à aspirer avec force. L’embout compliqua donc les choses, le lait s’arrêtant beaucoup au plastique..

Mon fils restait 2h à 2h30 au sein, s’épuisant à téter.. et moi si heureuse de ce contact que nous avions, collés l’un à l’autre, je me moquais du monde entier. Une infirmière s’insurgea, c’était trop long, il fallait que je fasse 10 minutes à chaque sein et ensuite le poser.. j’ai continué de faire à la demande de mon enfant.

Ce qu’il mangeait était vomi dans la foulée, il avait un souci de clapet qui n’a jamais été diagnostiqué clairement parce que le pédiatre ne se sentait visiblement pas concerné ; pas même quand le petit a fait un malaise, suite à une fausse route. On a changé de médecin.

Quand quelques semaines plus tard, nous sommes passés au biberon (de mon lait tiré, parce qu’il me mordait le sein et que j’étais en plein craquage), de 2h au sein nous sommes passé à.. 30 minutes au biberon. Trente. Qu’il vomissait ensuite, pour en reprendre un autre comme si de rien n’était. Quand on le nourrissait, on savait quand on commençait, jamais quand on finissait.

J’ai ainsi, petit à petit, grâce aux conseils de chacun et à l’incompétence particulière de chacune, raté mon allaitement. Oh dans les faits, il a eu mon lait. Je l’ai tiré pendant 4 mois, dans un état physique frôlant parfois l’hystérie et l’arrachage de ma peau pour faire cesser le frottement du plastique (mais avec des seins qui demandaient à être désengorgés et un enfant qui avait faim), dans la culpabilité de rater la mise au sein et d’être une mauvaise maman.
Pourtant il prenait finalement du poids, dormait 6h par nuit (8h au bout de 3 semaines), donc j’aurais du réussir à me rassurer.. mais j’ai mal vécu de ne pouvoir le nourrir moi, directement, de devoir passer par une machine.

Je ne savais pas que j’étais fibromyalgique. Et que si parfois des mamans ont une difficulté à se faire toucher le sein par leur petit parce qu’elles sont épuisées, c’est normal. Et qu’avec ma maladie, moi, cela pouvait être chaque jour, chaque heure ; et l’heure suivante tout rentrer dans l’ordre. Que je n’étais pas anormale, juste avec un handicap à prendre en compte. Que mon fils en avait un également, et que nous devions chacun gérer avec le notre ET celui de l’autre.
Je n’avais pas le recul, pas de diagnostique (ça a pris 18 ans), et la mise au sein fut un calvaire pour mon fils et pour moi.

Aujourd’hui, je suis dans l’angoisse.
Je sais que mon sein va être extrêmement sensible, parfois à en hurler, et je ne sais pas comment ce petit être va réagir face à ça, à cette trahison de mon corps. Ni comment son corps à lui, réagira.

Je ne sais qu’une chose, je suis mieux armée, j’aurai davantage de patience, davantage de larmes autorisées et comprises, je saurai lui expliquer ce qui ne va pas.
Si je rate mon allaitement, ce sera avec plus de douceur pour lui et moi.
Si je le réussis..

 
bbausein

4 Comments:

  1. j’avais la chair de poule en lisant la fin de ton article, c’est trop beau!
    maintenant tu es plus expérimentée, tu pourras te servir de ce que tu as appris avec le premier allaitement pour le 2e!
    bisous!

  2. arrona

    oh oui pas facile l’allaitement ! J’ai failli râté celui de Keyoha avec tous ces « bons conseils » en contradiction … J’ai tenu 4 mois mais pas vraiment zen … Pour Kelyan je m’étais promis « fais le comme tu le sens » donc j’ai immédiatement rembarré les puéricultrices, sages femmes et autres personnels médicals si je le jugeais intrusifs. Ma concession : me sachant flippée j’ai loué une balance afin de surveiller tranquillement sa courbe de poids moyenne. Et ça s’est beaucoup mieux passé … mais je ne me suis pas encore assez fais confiance : j’ai flippé quand lors d’une réunion de la leche league ces bonnes âmes m’ont dit « oh mais il fait trop de bruit ça n’est pas normal » et quand je réponds « benh sa grande soeur faisait aussi des bruits de sussion et grossissait bien » j’entends en retour : alors c’est vos seins qui ne sont pas bien formés … 2 jours pour m’en remettre de celles là …ah bon il n’y a qu’un seul modèle de seins sur le marché et j’aurais un modèle defectueux ?? benh j’ai regardé mon gros bébé rose de 4mois et …je n’ai jamais remis les pieds dans ces réunions lol
    Bref faire TRES TRES attention aux conséquences négatives des bons conseils …si BB va bien, a des phases d’aveils/sommeils et globalement grossis (mais ne surtout pas regarder la courbe de poids à la loupe en le pesant avant/après chaque tétée si si il parait que certaines le font !) et benh fais le à ta sauce !
    Bisous et pleins de pensées à toi …
    Vais bien regretter de ne pas pouvoir venir te voir à la maternité moi !

    1. J’avoue que la leche league m’a très souvent perturbée par son côté intransigeant.. mais là, j’ai l’impression de me revoir à la maternité -_- Il y a des gens, vraiment, il ne les faudrait pas en contact avec les mamans ! Tu as bien eu raison de ne pas y retournée, mais j’imagine sans mal qu’il t’ai fallu du temps pour l’encaisser 🙁

      Moi aussi je le regrette ^^’ On vous enverra des photos 😀

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