21 février, délivrance tant attendue

J’avais tout bien planifié.
Le sac était prêt, mais il fallait rajouter un tas de petites choses de dernières minutes et j’avais donc fait une liste : brosse à dent, à cheveux, fruits et couteau éplucheur (pour compenser les repas de l’hôpital), appareil photo etc.
Je pensais, naïve, avoir le temps de ranger un peu l’appartement si besoin, attendre Blanche qui garderai Prince puis appeler le SAMU ensuite, prendre un bain si besoin pour apaiser les douleurs et ralentir le travail.
Un dernier petit tour, avant le grand chamboulement de nos vies.
Cette liste, je n’ai jamais eu le temps de la consulter. Ni même de la tenir entre mes mains. Même pas de poser les yeux dessus. J’ai vaguement jeté à LeChat « il faut s’occuper de la liste, là, sur la table », en priant là encore vaguement, qu’il n’oublie rien.

21h30, petite fissure de la poche des eaux. Je regarde rapidement sur le net, certaines maternités renvoient les mamans chez elle pour que ça se fasse naturellement, d’autres perce la poche immédiatement ou dans les 48h.. chacun sa politique je décide donc de la mienne : on va patienter tranquillement.
Je finis par me décider à laisser un texto à Blanche tout de même. Qui m’appelle. Je lui dis qu’il n’y a pas d’urgence, non pas besoin de venir dès maintenant quand ça peut prendre de quelques minutes à quelques jours. LeChat, pas d’accord avec moi, veut la sécurité et lui demande de venir, sans se précipiter.

21h45, la poche des eaux se perce totalement. Persuadée que Blanche est en train d’arriver, je ne la préviens pas. LeChat a omis de me donner une information capitale : elle regarde la fin d’un épisode d’une série avant de venir.. il lui reste 30/35 minutes.

22h15, première contraction, douloureuse. Comme depuis un mois. Dix minutes passent, 2èm contraction, une explosion dans les reins, LeChat rappelle Blanche, qui est justement dans l’ascenseur.. Six minutes passent avant la contraction suivante. On n’a pas vraiment le temps de se rendre compte, que je suis passée à toutes les 2 minutes quand LeChat appelle le SAMU, Blanche étant à 5 minutes d’arriver (en leur disant, 3 à 5 minutes.. il a peur qu’ils ne décident de faire l’accouchement à la maison. Il n’a pas tort..).

Quand tout le monde est enfin là, force m’est de constater que non, jamais je ne pourrai descendre les escaliers et que je dois être portée en chaise. Le temps d’arriver au rez-de-chaussée (et pourtant ils sont rapides et efficaces), je n’ai qu’une peur : accoucher là maintenant tout de suite, et sans péridurale. Je pense que les ambulanciers ont la même peur, ça ne traine vraiment pas..

23h35 : A peine les urgences maternité ouvertes pour moi, on me met en salle d’accouchement.. ou 10 personnes m’attendent ! Eux aussi ils ont peur ? oO La sage-femme fait appeler l’anesthesiste, regarde rapidement et me dit qu’elle ne voit pas les cheveux donc tout va bien.. (et l’idée me traverse que peut-être, je me suis faite tout un trip sur un accouchement qui me semblait imminent) quand trente secondes passent et qu’elle m’assène.. « je vois les cheveux ! ».

J’en pleure. Pas de péridurale, les douleurs sont insoutenables et les seuls mots que j’arriverai à garder pour moi tout le long mais que je ressens si fort, seront « je veux mourir ». Presque 20 ans que la douleur fait partie de ma vie, je ne voulais pas vivre celle-là : je l’ai refusée en bloc. J’avais lu la veille (synchronicité..) le post d’une femme qui avait choisi d’accoucher « naturellement » qu’il fallait accepter la douleur et que lorsqu’elle perdait le fil de concentration, une sage-femme l’aidait à se recentrer.. et que ça met la douleur à distance aussi bien qu’une péridurale (ce qui m’épate, c’est qu’elle le sache alors qu’elle ne l’a pas vécu avec pour faire la différence.. mais passons).
Toujours est-il qu’en ce qui me concerne, je ne vois pas à quel moment j’aurais eu le temps de dire à la douleur « recule ».

Chacun vit la douleur d’une manière différente, et pour certaines femmes « sans péridurale » sera simplement synonyme d’une certes terrible douleur mais finalement avec un côté « supportable ».
J’ai beau avoir cette expérience de ressenti, ce recul souvent nécessaire pour la supporter, ce vécu que j’ai de souffrance et de torture ne m’a aidé en rien. J’étais encore dans l’ambulance que j’ai commencé à être en choc hypothermique, et n’ai jamais cessé de l’être malgré la chaleur de la salle d’accouchement et des couvertures qu’ils m’ont posées (comme ils pouvaient) pour m’aider. Je tremblais des pieds à la tête. Il semble aussi que plus l’accouchement est rapide, plus les douleurs sont fortes.. ceci expliquant peut-être cela.. ? Impossible de respirer entre chaque contraction, pas le temps, tout va trop vite. Le fameux gaz hilarant a eu pour seul effet de me rendre moins terrifiée quand elle a du me recoudre à la fin (5 points, rien de méchant mais très angoissant pour moi). Ça n’a pas évité la crise de nerfs, j’étais toujours en choc hypothermique en prime.

A peine arrivée, une infirmière m’a posé une perf, à l’arrache, une vraie barbare. J’ai hurlé, je souffrais au moindre mouvement. La sage-femme qui m’a accouché s’est excusée ensuite (douleur jusque dans l’os).. LeChat m’a dit plus tard, sur le moment elle a eu peur, elle a du respirer tranquillement pour reprendre le contrôle et se lancer avec moi.. personne n’a eu le temps de se préparer.

Moins de trois minutes en salle.. et je perds totalement le contrôle de mon corps. L’idée fugace me traverse que je ne sais pas quel est l’imbécile qui a lancé la mode du « vous pouvez pousser madame », mon corps ne demande l’autorisation à personne et personne ne pourra lui dire de s’arrêter. J’ai presque l’impression d’être possédée tant mon corps s’est éjecté de la table, s’est soulevé, s’est tordu.. lors de la première poussée, d’une extrême violence. Je n’ai rien fait, même pas pousser, je n’avais aucune place dans mon propre corps. Quant à la douleur..
C’est sur les contractions suivantes que j’ai pu effectivement, pousser. Il n’y avait pas besoin de me dire quand, le corps s’en chargeait de toute façon, en moins violent.
Le premier soulagement fut quand la tête est passée. Les contractions ont reprises, avec un peu moins de douleur (mais cela restait très intense et insupportable.. je savais juste qu’avant, c’était pire). Puis les épaules et tout son petit corps est passé..
Je ne sais pas si j’ai réalisé, à ce moment là, que c’était fini. En 10 minutes, mon petit garçon était né. Il était 23h51.

3,880kg, la bestiole.

Quand on me l’a présenté, je sais que j’ai blêmi.
Mon enfant était noir.
Deux choses m’ont alors traversé l’esprit, simultanément, et une seule à franchi mes lèvres (ce qui n’est pas plus mal) : la première fut que je ne comprenais pas comment il pouvait avoir la peau noire, étant blanc tous les deux et j’ai vécu en accéléré mon arbre généalogique. La seconde, fut « est-ce qu’il va bien ? »
Et l’on m’a répondu que oui, qu’il fallait du temps à l’oxygène et que sa peau allait devenir normale dans quelques instants. Et ce fut vrai. Je me suis rassurée dans la foulée, j’étais toujours en état de choc, je ne suis pas allée chercher plus loin.
C’est plus tard que la sage-femme nous a expliqué, qu’elle s’excusait, qu’elle avait du couper elle-même le cordon ombilical alors que d’habitude elle demande si le papa veut le faire. Il s’était enroulé autour de son cou et de son corps.

J’ai blêmi à nouveau. J’ai pensé, malgré cet état de choc qui ne me quittait pas, que rien n’arrive par hasard. Que si j’avais eu la péridurale, rien n’aurait été pareil, cela ralenti fortement le travail et qui sait ce qui se serait passé alors pour mon Hibou..

 

mains

Pour d’autres photos je mettrai avec mot de passe. N’hésitez pas à me le demander, je suis trop fatiguée pour penser à tout le monde (voire penser à l’envoyer en fait..), ne vous formalisez pas ^^’

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8 commentaires sur “8”

    1. Pim, j’ai peur que les photos ne soient pas extra 😉 Entre la lumière de l’hosto, l’émotion et tout le reste.. pas top top ^^ mais je prends note de ta demande :p
      (tu es passée par le comm c’est ça ? ^^’ je suis perturbée de te voir là :p )

  1. J’ai les larmes aux yeux en te lisant, une telle bouffée d’émotion !
    Félicitation à vous quatre, je suis heureuse pour toi, si tu savais ! Oui, tu as raison, rien n’arrive par hasard et cette souffrance avait une raison d’être. Tout va bien, le Hibou est là.

    Je t’embrasse fort. Prends soin de toi, de vous. Plus qu’à croiser les doigts pour Le Chat 🙂
    (et oui, je veux le mdp, que je te demanderai dix fois, puisque dix fois je le perdrai)

    1. Merci Papillon 😀

      Je croise en tout cas bien fort moi aussi.
      C’est vrai que sur les mdp, on a aussi ce point commun 😀 En résumé, ce serait bien que je perde pas mon propre mdp si je veux pouvoir te le redonner quoi ? :p

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