Titre : Maxence Fermine


Jeudi 5 :

Je passe commande, un peu tard il est vrai, de ma nouvelle machine à laver pour la future maison dans ce qui parait toujours une autre vie. Une heure après, la machine pourtant déjà relou avec son hublot très lourd et cassé qu’il faut poser manuellement en évitant de le lâcher sur son pied, décidé de faire la grève. Désormais si je veux aller au bout du lavage, je dois tourner les boutons moi-même. Très très heureuse de lui avoir trouver une remplaçante. Sur le site ils disent qu’elle arrivera à partir du 10 avril.

 

Vendredi 6 :

Machine déposée dans la rue pour les encombrants. A Dieu petite dame qui me fut fidèle tant d’années..


Samedi 7
:

Dernière ligne droite, l’épuisement nous gagne en profondeur.

Prise d’une inquiétude subite et de la certitude que je vais sinon le regretter, je demande à ma belle-maman qui me téléphone pour me demander je-ne-sais-plus-quoi, si elle peut rajouter dans leur camion une machine à laver qu’ils ont dans leur garage. Elle ne me garantie rien, elle ne sait pas à quel enfant elle est et ne veut léser personne, mais ils essayeront. Malgré tout elle pense que ça ne rentrera pas, ils sont limites en surpoids croit-elle.

Lutine dort chez nous le soir pour arranger Blanche, au grand bonheur des enfants : ils s’endormiront à 22h avec un gros mal de tête pour ma part. Des choses restent à faire, mais la tête me tourne tellement que je finis par lâcher prise et me coucher. LeChat me rassure, demain matin se sera vite fait.

 

Dimanche 8 :

LeChat part récupérer le camion pendant que j’allaite Hibou dans le lit. Les enfants se réveillent un peu trop tôt à mon gout, et je vois débouler Prince, la voix tremblotante « Lutine a fait pipi dans mon lit.. » Je pose Hibou, pas content du tout. Sous ses hurlements, je vais découvrir l’étendue des dégâts, une Lutine debout jambes écartées au-dessus de la couette. Il faudrait tout laver. Sauf qu’on déménage dans 55 minutes, que ma machine est une pièce d’antiquité partie pour un futur inconnu de moi, et une autre censée arrivée dans un futur tout aussi incertain.

Belle-maman me rassure, la machine est rentrée dans le camion, je pourrai faire une machine le soir-même en arrivant.

Quand à 8h nos amis arrivent, je suis certes habillée, les enfants aussi. C’est bien tout ce que j’aurai réussi à faire.

Chacun se postant à un étage pour faire une chaine humaine et cartonnée, je porte et pousse au départ les cartons jusqu’à la porte d’entrée. Je finis par me rendre compte qu’il faudrait un jour, s’occuper de ce qui traine.. ce qui me prendra quelques heures, cumulé au ménage que je tente de faire en même temps.

Je ne me savais pas vivant dans un lieu si crade.

Nous finirons par tout boucler dans le camion à 15h, grâce à un ami (même deux j’ai cru comprendre) jouant magnifiquement à Tétris (à ce jeu, je crois qu’il me bat, pourtant je suis une professionnelle des déménagements), et grâce à tous ceux étant venus nous aider. Sans eux, nous n’y serions pas arriver entiers.

Par un étrange jeu de ménage cumulé à une mauvaise organisation dûe à une fatigue générale dépassant les mots eux-mêmes, nous n’avons décollés qu’à 17h passés.

Nous étions trois personnes en camion, et j’étais en voiture avec Blanche et les enfants. Nous avons décidés de nous suivre l’un l’autre, ce qui n’était pas plus mal : s’il arrivait quelque chose avec le camion, je pouvais ainsi le savoir dans l’instant. Car au moindre virage il donnait l’impression de vouloir se coucher sur la route.. et les rafales de vent qui nous ont accompagné tout au long de notre route étaient particulièrement effrayantes. Sur le pont de Millau, même en ligne droite, le camion tentait de se coucher.. Ce fut des heures de stress.

Les enfants, deux de 4 ans et le petit de 1 mois et demi, ont ajouté singulièrement leur petite piqure de stress. Les « je veux faire pipi ! Nooon je peux pas me retenir » avec une aire d’autoroute à 20kms, c’était presque drôle. Presque en fait. J’imaginais déjà la tâche et l’odeur.

Bien que j’ai mis une couverture sur le-dessus, j’avais demandé à Prince de vérifier que Hibou n’ai pas de soleil sur le visage (je ne pouvais voir le petit de là où j’étais), et très consciencieusement il a pris acte. Il lui a remis sa tut régulièrement et avec bonne humeur, et m’a dit à un moment « j’ai tiré la couverture pour le soleil ». Mentalement j’ai revu la configuration, tout allait bien, cela ne risquait rien, le petit était assez loin dans la coque.

Une heure passe.

Lutine demande en urgence à aller faire pipi, et sur 20kms nous avons donc eu ses larmes, ainsi que les soudains hurlements de Hibou. Incompréhensibles hurlements puisqu’en voiture normalement, il est bercé et dort profondément.

C’est en ouvrant sa porte que j’ai vu le drame qui se jouait. J’ai arraché la couverture de la bouche et du nez de mon fils, arraché mon fils de sa ceinture en affrontant son regard de détresse et d’incompréhension, et je l’ai serré contre moi, en crise de nerfs.

Je n’ai pas vu le temps passer, il semble qu’on soit resté entre 45 minutes et une heure, sans que je sois bougeable. Mon tout petit..

Mon fils de 4 ans avait très bien géré le soleil, mais n’avait pu comprendre que c’était trop proche de son visage. J’ai culpabilisé tout le reste de la journée, et j’ai retenu une leçon que je connaissais pourtant : mon grand doit avoir des responsabilités de son âge.

Nous arrivons à 21h, dans l’incapacité physique de déballer du camion plus que le nécessaire vital.. Nous nous endormons, avec la facilité des gens épuisés. Je n’ai pas souvenir d’avoir pris le temps de poser ma tête sur l’oreiller ^^

 

Lundi 9 :

Le camion est déballé petit à petit pendant que je nettoie les placards de la cuisine et que je m’occupe des conflits en(élé)fantesques exacerbés par leur propre épuisement et un changement radical difficile à prendre en compte pour eux.

LeChat repart avec le camion puis revient en voiture : il sera à la maison à minuit passé, épuisé, prenant son boulot le lendemain.

 

Toute la semaine qui va suivre, je vais déplacer moi-même les meubles du salon, heureuse du résultat de la pièce mais le payant cher de mes mains : le matin, ce sont des planches de bois impossible à bouger ou même à sentir en tant que telles. Quand enfin elles reviennent après quelques heures, ce n’est pas une récupération complète : mes mains sont comme engourdies par un froid qu’il n’y a pourtant pas dans la maison. Je laisse tomber à peu près tout ce que je prends si je ne fais pas attention, et parfois même ainsi je ne garde pas dans mes mains ce que je tiens.

La nuit, je réveille LeChat pour qu’il me passe Hibou pourtant juste à mes côtés dans le couffin, parce que je suis incapable de plier mes doigts.

Lui est très optimiste, il pense que lorsque je me reposerai, je retrouverai un usage plus habituel de mes mains. Moi, j’attends. Mon seul espoir est de conserver le peu de souffrance que j’ai actuellement. Ensuite.. nous verrons. Il est certain que dans cet état la couture est compromise, mais de toute façon elle n’est pas installée et ça risque de prendre du temps.

 

Vendredi 13 :

RV annulé par FT, ils leur manque des infos. Celles que nous avions consciencieusement fournies avant notre départ de la Grande Ville. L’incompétence n’a pas de nom, mon désespoir non plus. Il nous faudra trois jours pour arriver à se joindre les uns les autres, entre répondeurs interposés (nous avons même un message sur le portable spécialement pour eux). RV finalement fixé au 25 avril.

 

Samedi 14 :

Une agréable surprise pour les courses : Leader Price est dans la ville la plus proche (à 15 minutes), et nous avons au final payé moins que dans notre ancienne grande ville : nous avons acheté de la viande sans avoir l’impression de devoir se couper un bras pour cela. Longtemps que je n’avais pas eu la sensation de manger au-dessus de mes moyens, c’est extrêmement agréable ! Et elle est même meilleure.

Achat de nos bottes en caoutchouc, pour patauger dans la boue ^^

Premier contact avec un tout petit concessionnaire pour acheter notre voiture, il y a peut-être la possibilité de louer (en leasing) une voiture d’occasion de moins de 15 000 kms ! Nous en saurons plus mercredi, mais cela nous soulage. Sinon on partira sur une voiture neuve, mais plus cher bien sûr.

 

Dimanche 15 :

Nous avons entamé les hostilités avec le bureau, les ordinateurs sont enfin branchés, le bureau pour ma couture a été monté. Le reste est en suspens, pour quelques jours.

La neige est tombée toute la journée, tourbillonnant par d’intenses rafales frigorifiantes. Je suis sortie avec mon gros pull en laine du Pérou, qui n’a malgré tout pas suffit pour tenir à distance ce froid incroyable. Prince et moi sommes sortis 10 belles minutes, le temps de faire quelques photos, tremper mon appareil, envoyer deux ou trois textos (autant profiter du réseau qui passe pas trop mal sur la route, contrairement à la maison), tremper mon téléphone, rentrer gelés des pieds à la tête mais heureux. Ce fut ma première véritable sortie depuis que nous sommes là.

 

tempête de neige

 

Neige limpide
Passerelle du silence
Et de la beauté

Maxence Fermine

3 Comments:

  1. ddc

    Le plus dur est derrière vous ! Et tu as reçu ta nouvelle machine à laver finalement ?

    (PS : Des nerfs qui se coincent au niveau du coude ? La thyroïde qui fait des siennes ?)

    1. Oui on l’a reçue le 19 avril ! Onze jours après notre arrivée (et 10 jours après la date prévue initialement), heureusement que j’avais l’autre..

      Non pas les nerfs, vraiment les articulations qui me font souffrir (entre autres douleurs en fait). La thyroïde ? Aucune idée..
      Je viens de faire des recherches, et j’ai été étonnée de voir que les symptômes sont effectivement les mêmes (au point que la fibro est confondue avec). Je vais chercher dans mes papiers, quand tout sera installé, si la recherche a été faite, et sinon.. me faudra trouver un médecin ici ^^
      Merci 😉

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