Le Naufrage

Titre : Eric Roussel

 

En quelques mots, tout s’effondre en moi.

Tout est dur, en ce moment. Prince est devenu un satellite, un prolongement de moi-même, qui hurle, tempête, pleure, chouine. Il refuse de jouer dans sa chambre, dans le bac à sable que ses grands-parents lui ont acheté, avec sa belle balançoire, dehors, dedans. Il s’ennuie et me harcèle.
Je n’en peux plus.
Je re-songe à l’école. J’en suis là.
Je suis fatiguée.

Hibou mange, mange, mange. Il dort aussi. Mais surtout, il mange.
Je suis fatiguée.

La banque refuse notre prêt pour la voiture. Pour eux, à 4 sur un seul salaire est déjà considéré comme un sur-endettement, sans même le moindre prêt nous sommes hors de la case. C’est comme un coup de massue, on m’a tapé dessus en me disant « tu es pauvre, tu t’en sors pas, avale ça et étouffe-toi avec ». La banque n’est pas là pour entendre sa propre inhumanité, la banque n’est pas là pour regarder mes comptes et voir que même là, je suis capable de mettre de l’argent de côté. Que même en remboursant 200 euros par mois pendant 3 ans et demi, je suis capable encore malgré cela, de mettre de l’argent de côté. Que j’ai tout compté, re-compté, planifié, elle s’en fou la banque.
Voilà le mal que fait la société de consommation. Nous sommes tous considérés comme des moutons avaleurs de publicités, pantin idiot tenant une carte de crédit à la main.
Je ne sais pas comment on va faire. Sans voiture, plus de travail. Là pour le coup, on va avoir des problèmes financiers, je reconnais.
La dernière solution que je vois, c’est de déménager (mais avec quel argent.. ?) sur la ville même où LeChat travaille, abandonner notre maison pour un appart, retourner à la ville que je ne supporte plus. Comme ça, pas besoin de voiture.
Je suis fatiguée.

Ce matin aux courses, je suis tombée sur un panneau de fête des mères.
J’avais oublié.
J’ai dit à LeChat qu’il fallait qu’on pense à sa maman. Il m’a répondu qu’il fallait aussi penser à moi. Cela aussi j’avais oublié.
Mais lui, il n’a pas eu le temps.
Je comprends qu’avec ces journées, quand il rentre à 20h, tout est fermé. Je comprends que ce n’est pas facile. Mais j’ai mal.
Je ne sais plus qu’elle est ma place.

Je devrais être contente après tout, ça fera des économies.
C’est la banque, qui devrait s’en féliciter.
Tiens pour la peine, je vais lui envoyer une carte !

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