Il suffit d'un mot

Promenade parmi les tons voisins

Titre : Edith de la Heronniere

 

 
Elle est là, insidieuse. Avec un lot de problèmes inhérent à cette douleur, les journées ne sont pas simples. Je ne tiens plus les choses, elles m’échappent, tombent, se fracassent. Certaines résistent, d’autres se brisent. Comme le pot de mayonnaise. Le savez-vous ? Ça en met partout et ça colle.

J‘ai terminé la robe. Puis l’étole. A la main, parce que ma machine a refusé de continuer. Il va falloir que je me penche sur son cas, je ne crois pas que ce soit grave mais elle me lâchera bientôt c’est certain : elle surchauffe, et n’est pas faite pour de la grande couture. Des ourlets elle veut bien, ensuite.. elle se noie (ou se brûle, au choix). J’espère juste qu’elle va tenir encore un peu, disons jusqu’à ce qu’on plie bagages. Maintenant que la CAF me donne gentiment la PAJE pour une année entière, à part prévoir le futur déménagement, acheter un matelas neuf, me faire plaisir avec un réflex et vivre en respirant tranquillement, j’avais rien prévu donc ça va j’ai les sous ^^ (au passage.. que ça fait du bien d’avoir de l’argent qui rentre..).

Prince grandit à vive allure. Il sait compter jusqu’à 7 et n’est pas loin de le faire jusqu’à 10 (il met le 9 avant le 8), a compris comment écrire 10 et les suivants, a compris comment additionner, il sait même écrire jusqu’à 4. Parfois il descend tout seul aux toilettes du bas quand je suis à la couture (et je me suis tue sur cet exploit..), il joue dans sa chambre (si y’a son frère), continue d’avoir une peur bleue des araignées (au point que ça me met en colère et que j’ai la vague, vague sensation de soigner ma phobie comme ça. Dans la colère).

Hibou passe de la position « allongé sur le dos » à « sur le ventre ». Puis de « sur le ventre » à « je crie ». Frustré d’avancer comme un escargot. Parce que oui, il avance. Il patine, mais il avance.

Je suis une boule. De nerfs, de douleurs, de colère, de fatigue.

Le linge ne sèche pas. Pire, il sent mauvais et je dois relaver.
Dehors, il pleut plusieurs fois dans la journée, on a oublié que c’était censé être l’été.
Dedans, c’est juste humide et froid.
Dans la cuisine, je viens de changer l’éponge. Elle a 3 jours, elle est neuve, elle sent la moisissure.
Si j’ai l’idée saugrenue de vouloir laver mon sol (ce qui doit me prendre chaque fois que quelqu’un doit venir à la maison, vous voyez le tableau), il met 4h. Vraiment 4h. A sécher.

LeChat a besoin de se poser, de temps après ce rv raté, que lui a réussi ; il était pris. Le patron harcèle les employés qui respectent les limites de vitesse.. ça me rappelle quelque chose.. Je ne sais pas de combien de temps il a besoin, je sais juste que le temps passe vite et que j’angoisse.

J‘ai pour les chercheurs, une gratitude infinie. Que la Sécurité Sociale ne la reconnaisse pas comme maladie, prend soudain moins d’importance. Eux ils cherchent, expérimentent, trouvent un tas de chose. J’ai un vague espoir qu’un jour, un traitement existe pour moi. Un vrai. Pas un qui rend zombie, dépendant, et ne fonctionne plus au bout d’un certain temps.
Et plus encore là tout de suite, je les aime parce qu’ils prouvent que je n’invente pas. Que quelque chose dans mon cerveau déconne.
Je crois que mon Papillon comprendra..
Une maladie qui m’a fait revoir ma garde-robe parce que je ne supporte pas la plupart des vêtements et des chaussures, virer les sous-vêtements parce que trop serrés, qui m’empêche les escaliers dans un pays où trouver une maison de plain-pied abordable financièrement relève de l’impossible, qui m’empêche de travailler autrement que de chez moi et à mon rythme. Qui me fait perdre la mémoire. Qui me fait lâcher ce que je tiens. Qui fait yoyo avec mes humeurs. Yoyo avec mon corps. Qui parfois me fait craquer. Juste parce que j’ai mal.

Qui m’a obligée en somme, à prendre soin de moi. Ce dont j’avais grand besoin 😉
Au moins un point positif à ceci, et pas des moindres ^^

Aujourd’hui, je respire. Doucement. Je m’y oblige.
Retrouver mon calme..
Parce que finalement, tout va bien selon l’angle qu’on prend. Faut juste taire les autres.

ecureuil

4 Comments:

  1. arrona

    J’aime beaucoup ta phrase « tout va bien selon l’angle qu’on prend »
    C’est exactement la nature des discussions que j’ai avec Cassandre qui a tendance à toujours voir le mauvais côté des choses et ça lui gache même les bons moments…

    1. Aaaah moi aussi avec Prince 🙂 !

      Je me dis que c’est déjà pas facile pour un adulte d’avoir cette philosophie là, alors un enfant.. La seule chose que j’ai trouvé et qui porte pas mal ses fruits, c’est que je lui montre chaque jour ça. Que rien n’est grave finalement. Voire même que quelque chose de négatif apporte finalement quelque chose de bien. Au final, j’ai la sensation que je m’éduque moi-même x) et y’a sans doute du vrai 😉

  2. ddc

    J’ai des amies qui ont cette philosophie « au naturel » et je ne peux que constater que c’est une aide incroyable au bonheur, ça leur permet une capacité de rebondir admirable !

    1. Il y a toujours un moment où cette philosophie de vie m’échappe, c’est quand j’ai trop mal. Mais sinon en général, elle s’applique d’elle-même oui 🙂
      Je t’avouerai que sans ça, je n’en serais pas arrivé à cette « sérénité » là 🙂

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