Le coquelicot qui se sentait tout seul

Le coquelicot qui se sentait tout seul

Titre : Sylvie Ptitsa

 
Nous avons trouvé un appartement. Un endroit clos, fermé, en bord de route, un endroit bruyant où je vais mourir. Pas d’arbres, pas de rapaces, pas de biches, .. la ville. Si tout se passe bien, nous signons à la fin de la semaine.

Il est grand, sympathique, trois chambres moyennes, de plain-pied. Ma couture sera dans le salon, dans un coin. L’on peut voir encore ici, l’annonce de la location. Il est très plaisant, vraiment.
Il y a par ce qui sera notre chambre, un tout petit extérieur. On n’a pas mesuré encore, on espère que la balançoire passera.. La cuisine me plait beaucoup, me donne envie de me lancer dans de la pâtisserie plus compliquée qu’une tarte aux citrons. Une envie d’en faire des études.

Malgré tous ces avantages, j’ai peur. Je souffre déjà de l’enfermement, du bruit constant de la route, de ce choix entre les voitures ou l’air d’une fenêtre, de dehors, de ce manque d’arbres, moi si végétale. L’elfe va tant souffrir.. jusqu’où devrais-je l’enterrer dites-moi ?

Alors j’ai décidé. Quand j’aurai cousu pour Odie, puis pour Pim sa superbe robe médiévale d’équitation, je m’occuperai de nous. De l’appartement. De ses murs. J’ai en projet de trouver de grandes planches et de tout décorer, d’arbres, de coquelicots.. Déposer chez nous le secret de la respiration. Faire de notre antre, l’envie d’y être chez nous. Même en pleine ville.

Et aussi, je voudrais ça. Acheter des lits en bois pour les enfants, des meubles en bois, et peindre. Me remettre au dessin et peindre. Faire vivre chaque meuble, le transformer en champignon, arbre, fleur..
Prince m’a dit qu’il voulait des coquelicots, sa chambre sera superbe..

Transformer le béton en forêt.
Respirer.

Je ne pourrai rien contre le bruit.
Mais je peux lutter contre le gris et le froid de la ville.