Il suffit d'un mot

La maltraitance envers les aînés

Titre : Marie Beaulieu, Johannie Bergeron-Patenaude

 

Je lisais un blog.. et je me suis faite cette réflexion, encore elle, que je nous sentais seuls. D’avoir déménagé loin de Blanche, ce ne fut pas nous faire un cadeau. Elle me permettait, entre autres diverses choses dues à notre très forte amitié et qui sont bien loin du sujet, d’y voir clair dans mes journées, dans mes motivations, dans mes inquiétudes, dans mes angoisses, dans mon rapport à Prince.

C’est volontairement, que je n’emploie pas le mot éducation. Volontairement que j’écarte Hibou de mes réflexions, trop petit encore pour subir le poids du mot, trop n°2 aussi.. N°2 profite de l’expérience du premier.. et c’est dur, quand je regarde tout ce que j’ai fait, mes réactions, le travail que j’ai du faire contre la violence qui m’habite, la violence de ma mère que j’évite de laisser émerger.
J’ai parfois cette sensation de mal-traiter Prince, quand Hibou lui glisse sur moi comme de l’eau.

Blanche me permettait ce recul nécessaire.
A vivre chaque jour l’une à côté de l’autre, je déversais ce trop-plein, réajustait mes erreurs avec Prince.

Aujourd’hui, quelle violence j’évite ?
Je crie. Vite. Fort.
Je m’épuise. Chaque nuit. Chaque jour.
Je manque de patience. En tout instant.
Je bascule de la demande à l’exigence. Même pas peur (.. en fait si).

Le bilan n’est pas glorieux.
Je n’arrive plus à respirer une fois, et reprendre mon discours calmement. Je n’ai plus cette possibilité de le laisser à quelqu’un, prendre l’air, et repartir apaisée. Je ne sais plus l’écouter.

J’ai pourtant cette conscience aigüe que nous livrons tous une bataille acharnée, chacun de notre côté et ensemble. Parce que nous avons cette volonté de le laisser libre, et que régulièrement notre propre éducation reprend le dessus et nous met des bâtons dans les roues. Parce que le plus souvent c’est mon démon personnel qui répond, avant même que je ne réfléchisse.

Je ne sais pas comment laisser ma mère plus à la porte que je ne l’ai fait. Je ne sais pas comment on se débarrasse d’une éducation violente, punitive, brisante.

Pourquoi je ne peux pas le laisser sauter sur le canapé ? Parce qu’il peut se faire mal ? So what ! Parce qu’il est neuf ? La belle affaire.
Pourquoi je me retrouve toujours à dire « attention tu vas te faire mal » ? Je ne peux donc pas le laisser faire seul son expérience, ou tout au moins me taire après l’avoir dit une fois ? J’ai beau me mordre la langue dans la foulée, je recommence. Long, long travail.

*

Une nuit a passé.
Comme souvent, j’écris mais n’ai pas le temps de terminer puis de poster.
Je suis ce matin, étonnamment zen. J’ai parfois l’impression de revenir en arrière, en ce temps où je sautais d’une humeur à l’autre, où l’hystérie se disputait à la plus profonde détresse d’une minute à l’autre.

Je réfléchissais hier, et quelque chose m’a sauté aux yeux, une question évidente à poser.. et si je lui en voulais de refuser l’école ? Non parce que je le veux là-bas, mais parce que j’ai besoin ne serait-ce que d’une matinée sans lui pour pouvoir reprendre le cours de notre semaine sans stress ? L’école pour garderie..
Mon inconscient m’attriste, si tel est le cas. Mais force m’est de constater que j’ai retrouvé ma sérénité.

Aujourd’hui, je vais faire mes cartons, faire du cahier avec Prince. Je lui ai installé ses playmo et des animaux, il a adoré. Il est en ce moment sur linux, à tenter de comprendre un labyrinthe de coccinelles.. il est si grand et si petit..

Je veux axer son évolution sans les entraves de la société autant que faire se peut, je le veux libre de choisir sans limites, je veux qu’il sache réfléchir en dehors de « on me l’a demandé alors je l’ai fait », qu’il apprenne a escalader une montagne, une colline, un caillou en sachant se faire confiance et pas au son d’un « tu vas tomber descend de là ». Qu’il sache faire confiance en son estomac s’il a faim ou non, sans un « fini ton assiette » pour pourrir sa relation à la nourriture. Qu’il soit heureux d’un cadeau sans se sentir obligé de le conserver toute sa vie. Qu’il joue avec plaisir sans des « attention tu vas le casser », qu’il apprenne que si c’est cassé ce n’est pas grave, qu’il peut jeter ou conserver ainsi selon la gravité. Que s’il fait mal à son frère ce n’est pas dramatique, qu’il doit lui expliquer qu’il ne l’a pas fait exprès, je refuse qu’il ai peur de me dire les choses au cas où il se ferait gronder..

J’ai grandi avec tout ça, et maintenant je me débats chaque jour avec moi-même et avec Prince. Nous avançons lui et moi, en terrain inconnu. Mais nous avançons avec tout le bonheur d’une liberté intense à vivre.

dehors

5 Comments:

  1. LN

    l’écriture quelle exsudoire extraordinaire et quelle efficacité. EN te lisant je me rend compte que je devrais écrire beaucoup plus ces derniers temps car ma patience et ma bonne humeur se sont effilochés, je le tiens par des brins…
    Bon enfin là n’est pas le sujet de ce commentaire : je me disais que tu pourrais peut être regarder les activités proposées à Issxxx votre point de chute dans le futur très proche. Même s’il n’y va pas régulièrement cela te ferais un moment semi OFF.
    Cette année Corwin veut faire une séance de babyjudo à l’essai et Cassandre escalade…

    1. L’écriture.. vitale, nécessaire.. impossible pour moi de faire sans. D’avoir écrit le dernier concernant fb, un énorme poids est parti.. pouf.. j’ai fait sortir ma colère (qui finalement n’étais pas tant axée que ça sur fb mais cela a fait goutte d’eau).
      Je ne saurais vivre sans.

      Ça serait bien tiens, que je trouve escalade pour le mien ^^ Mais oui, on va en ville pour ça : trouver des activités 🙂

  2. je crie sûrement plus fort que toi, et je culpabilise… très très fort, sans rien pouvoir faire à l’arrivée… je tente aussi de me débarrasser de, mais ça revient.

    Par contre, ne culpabilise pas d’avoir besoin d’un moment dans la semaine sans ton Prince pour mieux le retrouver, et pour mieux te retrouver toi prête à le retrouver… là pour le coup, c’est plutôt être une bonne mère ! Et lui en vouloir de refuser cette séparation n’est pas non plus quelque chose dont tu dois culpabiliser. On peut en vouloir à ses enfants, tant qu’on en fait pas un gros gros noeud de pathologie familiale 😉

    1. Je crois que je vais régulièrement crier ma colère sur le blog.. ça fait du bien, et ça évite que Prince se prenne des choses qui ne le concerne pas ^^’

      Merci pour tes mots. J’essaye de l’accepter, cela fait partie de ma façon d’être, ce besoin de souffler régulièrement..

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