Pensine

Journal d’une identité insaisissable

Titre : Imre Kertész

 


 

La tristesse me tombe dessus. Nous laissons derrière nous Schtroumphette et je me demande comment elle passera l’hiver.. sans doute comme tous les autres, ressortant toute maigre au printemps.. mais je ne saurai plus comment elle va, ce qu’elle devient, je ne la câlinerai plus. Elle va particulièrement manquer à Prince. Parallèlement je sais bien que l’emmener serait la tuer : elle est de la montagne qu’elle parcourt en tout sens, pas de la ville et ses voitures. Son territoire n’est pas là-bas.

Cette tristesse qui me tombe dessus me renvoie vers S. Je ne sais pas exactement pourquoi.. Peut-être parce que nous avons eu notre lot de déménagements, peut-être parce que le dernier ne s’est pas fait de la manière attendue puisqu’il n’y était pas.

Peut-être que je me sens seule. En quittant GrandeVille j’ai perdu les liens que j’avais aux gens que j’aimais, avec lesquels je commençais à m’ouvrir, ils ont continué leur vie sans prendre de nouvelles, sans répondre à mes demandes. C’était peut-être cela aussi, ma colère. Avoir été oubliée, même par les plus proches. L’amitié est le chemin le plus compliqué que je connaisse..
J’ai peur je crois, de cet isolement à MoyenneVille. Peur de ma méconnaissance de la sociabilité et de ses codes, de cette solitude jour après jour, de toutes ces choses censées être rebâties. De n’avoir personne à recevoir, personne pour discuter.

Je vais devoir reconstruire ce que je souhaite, redéfinir ce dont j’ai envie.
Redéfinir qui je suis.
J’ai la sensation de ne plus pouvoir compter sur moi. Un chaos, un bourbier insaisissable, quelque chose qui tente de sortir. Une chose instable qui pleure, rit, s’énerve d’une minute à une autre.
Ce qui m’entoure m’angoisse, et pourtant j’y circule, je dis bonjour aux voisins, parle à la factrice, râle sur ma banquière ou les propriétaires.. à chaque instant le réel me rattrape, on devra acheter plein de meubles ; le lit de Prince a lâché définitivement pour mes nerfs, ma chaise d’ordinateur penche de plus en plus, je ne veux plus compter sur du bric à brac.. mais cela veut dire se déplacer, affronter un monde incompréhensible dans lequel je ne rentre définitivement pas.

Tu as vu l’émission à la tv ? J’adore la dernière chanson de ChoseTruc, elle passe à la radio tu dois connaitre ? Mon dieu tu te rends compte ils ont encore eu un tremblement de terre ? Tu as vu la pub du gars qui tombe ?
Non non non j’ai pas vu je m’en fou je sais pas fous moi la paix je sais pas et je veux pas laisse-moi en dehors des coups de marteaux ! Je veux penser par moi-même, je ne veux pas connaitre ce que font les autres, je veux décider, je veux arrêter de dire à mon fils qu’il ne doit pas tourner sur la chaise de son papa parce que c’est ce qu’on m’a éduqué, je veux me révolter contre ce que je suis censée savoir, je veux arrêter de participer au massacre de la future viande dans mon assiette, je veux dire à l’animal ce qu’il va lui arriver, je veux mes poules et mes œufs, je veux ma liberté, je veux vivre sans le système de l’argent mais du troc.
Je déteste qu’un site me tutoie alors qu’il ne sait même pas que j’existe et dis « tu » parce qu’un crétin de commercial a eu un doute marketing.

Je veux être une artiste, je veux m’en donner les moyens. Je veux les mots pour moi, les faire vivre, exister sur un plan qu’on ne connait que là-bas.
Les faire venir, là, sur ma page.

Je veux exister..

C’est une pagaille sans nom, que ne pas savoir être soi, complètement.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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