Pensine

L’accordeur de silences

Titre : Mia Couto
 
-Ton grand-père paternel priait près des fleuves quand il voulait demander la pluie.
-Et après il pleuvait?
-Il pleut toujours après. Il faut juste prier très en avance.

 


 

C‘était comme un retour mêlé à l’inconnu, retour dans ma grande ville qui lui ressemble avec toutes ses fontaines et ses grandes places, j’ai reconnu la librairie où nous avions acheté le plan qui ne connaissait pas l’autoroute, je me souviens de LeChat portant nos deux sacs à dos parce que je ne pouvais plus, des araignées la nuit envahissant notre porte de tente, des murs de roche noire, des volcans, des photos.. Prince n’était pas même un projet.
Nous avons marché, Prince a sauté de pierres en pierres, de béton en béton, retrouvant ses marques, ses repères dans une ville inconnue mais semblable. Toutes les grandes villes se ressemblent-elles ?

Je nous ai ruiné. J’ai acheté pour ma filleule il n’y a plus qu’à, j’ai acheté pour Prince un tissu « pour une couverture maman, j’ai froid elles sont pas chaudes sur mon lit » et « pour un doudou maman, il est tout doux », il a touché tous les tissus, tous, passant sa main, « non pas assez doux », il a choisi sa couverture, son tissu doudou, il a pris une voix haut perchée pour répondre « oui » à la dame que c’était bien pour lui, il a craqué sur une peluche coccinelle trop chère, il a refusé de la reposer, et une dame fort diplomate la lui a échangé contre des plumes oranges magnifiques, « un faisan regarde ! ».

Ce fut une fin de journée douce, nous sommes rentrés à 20h mais ce n’était pas grave, pas cette fois, nous avions besoin tous de ce changement de routine, de cette bouffée d’air frais, de laisser derrière nous les crises de Prince et ma dépression du matin, mes larmes incontrôlables, mon épuisement face à ses cris, notre détresse à tous.

Je voudrais retrouver mes heures autour d’une tasse de thé fumante et brûlante, je ne sais pas progresser seule, c’est long si long trop long de n’avoir pour seul miroir que ses pensées ses regards ses mots sans personne pour y faire écho. Ma filleule grandit loin de moi, je ne sais ses passions que par les mots échangés de sa maman, je cherche encore la raison de notre départ même si je sais tout ça et que nous y avions tant et tant réfléchi.
C’est difficile, la solitude du regard.

Et l’automne qui entre, sans que je m’en aperçoive les arbres se sont vêtus de jaune déjà, si beaux si grands, je n’ai pas vu le changement de saison, le passage s’est fait en douceur, tranquillement ; il fait bon il pleut pas de différence tangible ici. J’ai oublié mon linge hier, la pluie l’a trempé quand nous sommes rentrés, cela m’a fait rire je ne sais pas pourquoi.
Rien n’a d’importance n’est-ce pas ? Mon fils ne serait pas d’accord, il attend sa couverture, son doudou, ses fruits et légumes en tissu, les commandes de deux personnes, j’ai des mails en retard beaucoup, je suis dépassée par les importances des autres, je voudrais plus de temps, rattraper ce qui m’échappe, retrouver la chaleur d’un thé autour des mots échangés.

Il manque un fil, ténu, à tendre, tendre jusqu’à toi. Un silence a retrouver où faire tomber mes mots.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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