Titre : Delphine de Vigan
 
La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisé au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui’ je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.

 


 

Ses petits yeux rouges et son nez dégoulinant me font fondre quand il me sourit. Malgré la terrible soirée, malgré la nuit difficile, malgré ses larmes et son air un peu bougon quand il veut les bras, malgré mon propre nez et celui de mon grand.. Que mes enfants sont beaux, que la vie peut être douce..

Je lisais hier que crier sur un enfant le destructurait, lui enlevait sa confiance en lui, qu’il avait souvent de mauvais résultats scolaires à l’école, qu’il se demandait ce qui clochait chez lui pour qu’on lui crie dessus.
Hier je me suis dit que respirer un bon coup avant de m’énerver, ça serait chouette.
Ce matin je réalise que je pense d’abord à ma situation avec Prince, avant même de songer à ce que ma mère a sapé chez moi. Et je ne sais pas comment je dois l’appréhender.
Je crie donc à ce point pour que ce soit ma première pensée ? Ou j’ai à ce point reléguer ma mère à un grain de poussière que ce n’est plus quelque chose qui me saute aux yeux ?
Je ne peux m’empêcher de penser que je brise régulièrement mon petit, que je manque de patience depuis qu’on est partis de GrandeVille, que je le rends triste. Que mon manque de patience écrase ses élans de joies.

Je le sais bien hein, que je ne peux atteindre les dégâts de ma mère. Que je ne suis pas folle, que je ne hurle pas, que je ne le frappe pas, que je ne le fracasse pas contre les murs, que je ne le fais pas finir ses repas froids au petit déjeuner, que je ne l’accuse de rien, que je le laisse jouer/chanter/exister, que que que..

Je le sais bien, que je fais mon mieux. Que je lui demande pardon, quand je me loupe. Que je lui dis, quand je me trompe. Que je lui explique ce qu’il va se passer, ce qu’on va faire. Que je ne le laisse pas seul. Que je ne le gifle pas (sauf une fois..).
Je le sais oui, que je fais de mon mieux.
Je voudrais juste améliorer ce mieux.

Je me demande parfois si je ne cherche pas à être le plus loin, le plus loin possible de l’image de ma mère. A me détester quand j’ai l’impression de la voir, d’être elle, de lui ressembler.
Je suis une maman qui apprend.
Pire. Je crois.
J’apprends à ne pas être la mienne.

Éloigner un fantôme.. éloigner la folie.
Me dire que je vaux mieux, tellement mieux.. mieux que la colère, que ce vide, que cette absence. Et que j’ai du travail, encore, pour rompre cette transmission générationnelle qui nous a dévoré, sans que la moindre explication ne vienne étoffer ma compréhension familiale.

J’ai cette peur en moi qui me souffle que Prince n’a pas encore eu cette stabilité dont il a tant besoin, cette sécurité si nécessaire.

gnomeforet

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6 Comments:

  1. si c’est vers toi et son père qu’il se retourne au moindre souci, bobo, peine, problème, besoin… c’est que vous êtes « une » sécurité pour lui. Ce n’est pas peut-être pas la sécurité que tu lui souhaites, mais chaque pas dans la vie demande aussi d’être conscient de l’instabilité du sol 😉

  2. oh oui, je suis très sage (…) quand je veux 😉

    C’est surtout que je m’interroge toujours sur ce qui vient de nous en tant que parent, ce qui est propre au tempérament de l’enfant, et ce qui provient de son quotidien… il faut être conscient de ce qu’on fait et des conséquences, mais on ne peut pas culpabiliser pour tout, et on n’est pas responsable de tout. Depuis deux ans, on n’arrêtait pas de ce demander ce qu’on avait pu rater du parcours de la grande, ce qu’on avait pu faire mal ou de travers pour qu’elle soit aussi batailleuse, toujours à argumenter et discuter, toujours à grogner aussi, à vouloir bouger, avancer, faire, et depuis sa naissance comme ça… et puis, derrière, le zouzou est là, toujours câlin, joueur, coquin, souriant. Avec du caractère aussi. Mais très différent. Alors bon. Ce n’est pas possible qu’on soit responsable de tout pour l’enfant, il y a une part énorme qui est son tempérament, son caractère, sa façon de voir les choses et de les vivre,etc.

  3. 😉

    J’ai les mêmes interrogations j’avoue. Je n’ai pas trop réussi à répondre, car effectivement, s’il y a le caractère de l’enfant qui change (et cela je l’ai senti durant la grossesse même), il y a aussi l’éducation.. un tas de choses que nous avons faites/dites avec Prince bébé, nous les faisons très différemment avec Hibou.
    Du coup.. il y a tellement de données différentes que je ne sais plus quoi en penser.
    Et puis il ne faut pas non plus oublier la part environnementale : tout ce qui arrive à un enfant le forge de toute façon d’une manière différente. Par exemple, Prince a eu l’arrivée d’un petit frère a gérer, ce que n’aura pas Hibou.

    En résumé ? C’est le merdier x)

  4. sagebooker

    ben écoute, dans un mois, nous allons expérimenter la pédo psychiatre pour la grande, je te dirais si c’était la bonne idée ou pas, mais là, nous sommes à bout de ressources !

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