Le livre de sable

Titre : Jorge Luis Borge
 
Si l’espace est infini, nous sommes dans n’importe quel point de l’espace. Si le temps est infini, nous sommes dans n’importe quel point du temps.
(…)
Je constate que je vieillis ; un signe qui ne trompe pas est le fait que les nouveautés ne m’intéressent pas ni ne me surprennent, peut-être parce que je me rends compte qu’il n’y a rien d’essentiellement nouveau en elles et qu’elles ne sont tout au plus que de timides variantes.

 


 
Rien n’existe au-delà de mon envie de laisser mon corps s’assoupir et ma tête se poser sur un coin douillet qui m’amènera, alanguie et délassée vers des rêves d’arbres doux et verts.
Une amie m’a dit, tu es lasse.
Je traine un boulet un poids je me noie je tombe dans une sorte de boue qui me cloue au sol. Cet épuisement n’a pas de fin et je n’en vois même plus le début.. 20 ans.. 20 ans que je te traine derrière moi, que je ne peux suivre un projet sans m’affaler d’épuisement, que je perds le gout des choses, que je me force, me bouscule pour avancer tout de même.
On dirait une dette. Une dette qui s’accumule, journée après journée, année après année. Une dette de sommeil même quand je dors bien.

J’ai un nouvel écran, trois jours de couleurs étonnantes. Il me montre le monde, tel qu’il est, tel que je ne l’avais encore pas vu. Et je ne peux m’empêcher de penser que mon corps est comme mon vieil écran : il lui manque les contrastes.
Il a mal.
Il a sommeil.
Il est fatigué.
Il a froid.
Connais-tu autre chose dis-moi.. ? Ne saurais-tu pas me parler avec d’autres mots, ne saurais-tu pas me montrer le chemin pour se dépasser, vivre pleinement une journée sans être épuisée dès le matin, faire quelque chose rapidement ?
Que je voudrais pouvoir dire aujourd’hui j’ai fait une cape, que je voudrais ne pas lutter.. Alors le traitement me tente et c’est d’une injustice sans fin sans fond que la tentation d’un inconnu plein d’énergie.

J’ai peur parfois de vieillir.. ce ne sont pas ses petits chiffres qui dansent avec nous qui m’inquiètent mais mon corps si mal en point qui traverse l’hiver frigorifié, ce corps retiré de la course que mène tant d’autres.

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