Titre : Russell Banks

 
Nous apprenons beaucoup sur une société et sa culture si nous observons la manière dont elle traite ses minorités, ses malades, ses pauvres ou même ses enfants, c’est-à-dire tous ceux qui sont exclus de toute forme de pouvoir.

 

Recuerdos de La Alhambra (Trémolo) by Francisco Tarrega on Grooveshark

 
Tant de choses à dire, et si peu de temps pour m’y mettre.. je vais tenter une certaine chronologie aussi je parlerai plus tard des rencontres extraordinaires que j’ai faite.
Pour ne pas en oublier.
Pour avoir cette avancée de l’être, sans l’arrêt. Pour remettre à plat, une seconde fois, pour cette chance d’avoir pu le poser une première fois avec Blanche, rare si rare privilège.

*

Nous sommes partis chez mes beaux-parents, quelques jours. Pour fêter noël en famille, pour se donner la chance de se voir lors d’une fête obligatoire et sociétaire, imposée, pouvant devenir cauchemardesque ou magique.. je ne tranche toujours pas, pour la catégorie.

J’en suis ressortie apaisée.
J’ai laissé mes enfants à mon mari et je suis partie, beaucoup, me promener, parler, rire, soupirer, poser, .. donner un sens à cette amitié malmenée par la distance. J’ai pu dire ma détresse, mes inquiétudes, mes angoisses, mes larmes, mon incompréhension, ma protection.. sans jugement. J’ai écouté autant que parlé, j’ai renoué autant avec elle qu’avec moi-même.
J’ai eu une conversation avec ma meilleure amie, sans être interrompue.. je ne savais même plus que cela existait encore.

J’en suis ressortie attristée.
Par des réactions qui avaient disparues et qui sont revenues, dont je fais les frais depuis quelques mois, et dont je cherche à me protéger. Et dont j’ai du protéger mon fils.

J’en suis ressortie plus forte.
J’ai su protéger mon enfant. Et par dessus tout, j’ai su le faire d’une personne proche.
Au-delà de ce fait si important, j’ai pu, n’étant pas impliquée émotionnellement, me mettre à distance et comprendre quelque chose de fondamental, que je savais sur un plan intellectuel mais n’avais jamais intégré sur un plan plus profond : crier fait peur aux enfants. Crier tétanise un enfant. Crier met un enfant en état d’insécurité émotionnelle.
Comme l’a si bien dit ma filleule, « quand tu cries je ne peux plus écouter ».

Je sais que pour en arriver là, j’ai blessé ma belle-maman. Et qu’à refaire, je recommencerai. Parce que personne n’a le droit de terrifier mon enfant (moi y compris), personne n’a le droit de crier comme ça pour des broutilles. Je comprends bien que cela la dépasse, que quelque chose s’est joué pour elle. Comme elle l’a dit, « qui va me rassurer, moi ? »
Je ne sais pas. Et cela aussi, me rend triste.

A partir de cette prise de conscience, j’ai renoué avec mes émotions et compris les dégâts.
Je crie, vite.
Je manque de patience. Je lui demande certes pardon ensuite, je lui explique ce qui m’a fait craquer, mais arrive le moment où l’on doit cesser de dire pardon, et donc de craquer.
Parce que je n’ai plus mon amie pour parler de ce que j’ai sur le cœur, de ce qui m’est difficile, parce que je ne peux plus poser mes enfants même 30 minutes et souffler, parce que je n’ai plus de recul, parce que la situation ne me convient pas, parce que nous sommes 24h sur 24 ensemble, parce que j’ai des besoins non respectés.
Pour des raisons différentes et mauvaises, j’ai raté ce pour quoi j’ai lutté la première année de Prince : la mise en déroute de ma colère.

J’ai pris la décision de ne plus crier.
Et parce que je sais ma difficulté puisque ce n’est pas ma première fois, j’ai réfléchi.
J’ai choisi de faire comme les Alcooliques Anonymes, compter les jours de réussite. Et de remettre à zéro ce compteur, le jour où s’échappe ma colère sur mes enfants.
LeChat est allé plus loin encore : il nous a fait un petit jeton, pour matérialiser notre décision. Quelque chose qui nous ancre dans une réalité plus grande qu’une simple volonté.
Et même si en réalité cela fait plus de temps que cela, nous avons mis à zéro sur le jour où nous avons décidé de rester zen en toutes circonstances.
J’en suis à J+3.

Cette décision m’inquiète dans les retombées pour nous-même. Une colère habite en nous, que nous muselons pour la justesse et l’équilibre de nos enfants : donner à nos lutins ce que nous n’avons pas eu petits.
Qu’il casse quelque chose ne fait rien à nos émotions et on le prend avec grande distance. Qu’il nous ignore dans nos demandes et on craque. Rien de dramatique en soi, mais à un moment, nous crions. Parce que le ras-le-bol s’exprime.
Ce qui m’inquiète justement, c’est de ne plus exprimer.
Je cherche le moyen pour LeChat et moi, sans que ce soit forcément le même, d’exprimer ce que nous avons besoin sans en tomber malade de rétention.
On ne plaisante pas avec la colère refoulée.

Parce que j’ai longtemps cru que travailler sur moi serait efficace, je me suis laissée entrainée et j’ai échoué : je crie.
Je vais continuer de travailler, de comprendre les liens au passé, d’analyser mes réactions, de m’observer enfant.
Et en attendant, collectionner mes jetons.

1joursanscris

16 Comments:

  1. LN

    J’A DO RE…je veux les mêmes pastilles …. étrange nous menons les mêmes reflexions avec Fred en ce moment et ce triste constat … je croyais avoir avancé …je l’ai surement fait …mais pas assez … alors je remets ce domaien dans les grands chantiers 2013 … j’aime bien votre méthode …

    1. Tu peux les faire aussi, ou trouver quelque chose qui vous soit propre ^^ L’important, c’est finalement le but fixé 🙂

      C’est un chantier, c’est vrai.. !

  2. Je suis admirative de votre décision, et de votre façon de la verbaliser, de la mettre en pratique. J’aimerais trouver en moi la force d’en faire autant, ne plus crier et trouver, ailleurs, la force d’exprimer MA frustration d’adulte, que je suis sensée savoir gérer mais que – faute d’avoir appris (ou alors, pour l’avoir apprise dans la douleur), je ne sais contenir… Je crie peu mais c’est déjà trop. Bravo, bravo pour ta réflexion, ton travail, bravo et félicitations. Tu peux être fière de toi.

    1. Merci.. 🙂
      J’avais ce même problème qui me semblait jusque là insoluble.. et là ce fut une révélation. Il m’a fallu me voir à travers une autre personne pour cela, et voir l’effet dévastateur.. plus jamais.
      Bon maintenant.. à voir comment on tient la route 🙂

        1. La prise de conscience (la bien douloureuse en effet) s’est faite y’a 4 ans.. et j’avais beaucoup avancé. Passé un certain stade (les cris donc), j’ai stagné tout en me rendant compte que ça n’allait pas du tout. C’est perturbant.
          Ce qu’il me/nous fallait, c’est une prise de conscience sans affect, sans émotion, et donc.. sans douleur. Le voir à l’œuvre, ailleurs que chez nous ET sur mon enfant.
          C’est compliqué, l’être humain..

  3. Pour une fois je ne sais pas quoi dire, voilà qui n’est pas courant ici 🙂
    Bravo à vous pour cette belle décision.
    Personnellement je ne crie pas, ou quasi pas, et encore moins « sur » la môme. (Ça a du arriver deux fois – de trop – depuis sa naissance, en même temps, elle n’est pas bien grande). Mais j’ai tout de même un problème à exprimer ma frustration, ma peur, bref toutes les émotions négatives … je n’y arrive pas du tout (pourtant je les ressens et j’ai besoin qu’elles sortent !)
    Finalement, vous jugez que vos émotions sortent mal, moi qu’elles ne sortent pas, nous avons les uns et les autres à trouver une bonne façon de les exprimer, j’imagine …

    1. Elles sortent mal, trop vite.. même si ce ne sont pas non plus des hurlements, c’est trop.
      Là le plus difficile, c’est que Prince ayant bien compris, en profite. La phase va passer, mais c’est dur.

      Tu dis ne pas y arriver du tout, pourtant sur ton blog tu en sors parfois 🙂 Mais je comprends bien la difficulté..
      Tu gardes en toi ?

      Oui, trouver serait une bonne chose..

      1. Oui, c’est vrai, mon blog … Mais mon blog, c’est à la fois l’instant et l’après coup, je n’y écris que lorsque j’ai compris quelque chose.
        Et pas sur les petites contrariétés qui peuvent prendre beaucoup de place à l’instant T … et qui accumulées et tues peuvent être explosives pourtant.
        Des bises !

        1. Oui je vois ce que tu dis. Et je comprends bien ton souci..
          C’est vrai que j’ai pris l’habitude de tout balancer sur mon blog, et parfois je comprends des choses en écrivant ^^ Mais j’y arrivais bien mieux, plus vite, plus efficacement avec Blanche, quand nous habitions à côté.. c’était elle, mon miroir à pensées, elle qui m’empêchait d’exploser, justement. D’où mon problème de colère d’ailleurs je pense..

          Tu es bloquée, ou comme moi c’est la personne qui te manque ?

  4. dieudeschats

    Dans la CNV ils disent qu’on peut laisser sortir sa colère, que c’est une bonne chose… c’est la forme qu’il est difficile de contrôler pour ne pas agresser (ou apeurer) l’autre.
    Je suis contente que Blanche et toi ayez trouvé du temps pour être rien qu’à deux 🙂

    1. Dans ce que j’ai compris de la CNV, et sans que cela te contredise, il est posé aussi que la colère n’est pas la « vraie » émotion, mais celle qui fait écran à la vraie émotion (je suis en colère parce que j’ai peur, parce que je suis triste, parce que je me sens submergée …)

  5. la démarche est tellement belle ! félicitations à vous, je voudrais avoir la même persévérance quand j’aurai des enfants ! bisous

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