Le Convoi de l’eau

Titre : Akira Yoshimura
 
Un abîme s’ouvrit au fond de moi. Tandis que dans cet espace vacant, quelque chose d’énigmatique et lourd s’engouffrait brusquement avec la violence d’un torrent en crue.

 

Je suis sur cet aspect ombrageux et discret, cette fatigue de plomb qui ne se voit pas et qui fait dire à tant de gens « mais bouge-toi un peu ». Mon enfance ressemble à « mais enfin à ton âge on n’est pas fatiguée ».
Je ne sais pas à quel âge on peut être fatiguée.
Je ne sais pas à quel moment on a le droit d’être fatiguée.
Mais je suis épuisée. Au point que parfois, je peine à ouvrir les yeux et me lever, pour retirer Hibou d’une énième bêtise.
 
*
 
Cette nuit j’ai rêvé d’un appartement que je ne connais pas, dans lequel on vient d’emménager la veille. D’une inondation, d’une tempête dehors, d’un orage (je vois la foudre tomber très loin sur la ville), de l’eau qui s’infiltre par le toit en goutte à goutte.
J’ai rêvé. LeChat ne voulait pas s’en occuper, il faisait encore nuit, on avait reçu du monde toute la nuit (c’est une autre partie du rêve, dont je ne me souviens pas vraiment), il voulait aller dormir. Mais l’eau s’infiltre de plus en plus, il y a des dégâts dans une pièce. Je sors sur notre pallier (l’entrée de notre appartement) et à la place du plafond il y a de l’eau, de l’eau au-dessus de moi qui stagne, un épais plafond d’eau qui ne tombe pas et cela me parait étrange, cela me fait peur, j’ai peur que tout s’effondre. Je croise notre voisine, qui me dit que y’a des problèmes depuis les précédents locataires, qu’on doit absolument faire quelque chose parce qu’elle n’a plus internet et qu’elle en a marre, qu’ils ont du casser l’antenne (je pense moi qu’ils l’ont volée mais je ne le dis pas). Je sens que mon problème d’eau ne la concerne pas, et elle repart, me laisse avec l’eau au plafond et l’eau qui coule partout ailleurs. Je rentre, LeChat s’énerve un peu, rien n’est grave pour lui. Je lui montre, au bord des larmes, le mur qui dégouline, la tapisserie fripée et gorgée d’eau, l’eau qui coule comme une rivière sur le mur, il veut s’en occuper demain, demain, demain. Je panique, je veux appeler les pompiers, il refuse, je me mets à crier que je vais les appeler et je le fais. Au téléphone j’entends des gens qui appellent et qui racontent des histoires abracadabrantes d’extra-terrestres. Une dame prend mon appel et je lui explique que j’ai besoin d’aide, tout de suite, maintenant, besoin, que l’eau coule, partout, que l’eau au plafond qui tient elle va tomber à un moment, et que j’ai peur qu’elle tombe, cette eau qui tient je ne sais pas comment à mon plafond. Et en le disant, je sens que c’est tellement bizarre que je ne peux pas être crue, je ne peux pas être entendue. Je ne suis pas entendue. Elle me dit qu’elle va me rappeler cette après-midi et je sursaute, j’ai besoin maintenant et j’ai besoin que quelqu’un vienne là, pas qu’on me rappelle. Elle me répète qu’elle va appeler dans l’après-midi vers 10-11h, et je lui dis que ça, c’est le matin. Elle me dit que j’ai raison. Et elle raccroche.
Et je suis seule.
Et j’ai peur que tout cède.

 
ombre d'arbre à travers des gouttes d'eau
neige à travers la vitre

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