Méditer, c’est se soigner

Titre : Frédéric Rosenfeld
 
Nous sommes ce que nous pensons. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde.
Bouddha.

 

After Glory by Saycet on Grooveshark

 

Avec Hibou, je ne sais plus quoi faire. Même s’il serait assez juste de dire que je me sens dépassée avec mes deux enfants et que je voudrais cette facilité que toutes les mamans ont, l’école/la crèche. J’ai dans mon entourage bien des personnes qui me jugent, qui pensent qu’ils devraient y aller, que ce n’est pas bien de ne pas les y mettre. Y’en a pas un pour comprendre que ce choix n’est pas le mien même s’il me plait, que je refuse de l’imposer à un enfant qui exprime clairement son refus, et que le plus souvent, sur une semaine, il y a bien au moins 6 jours où je souhaite les y mettre de force.
Je ne m’explique plus.
Je n’en parle plus.
Je craque dans mon coin ou au téléphone avec Blanche.

Plus le temps passe, moins je m’en sors.

Prince frôle à chaque instant la limite de l’hyperactivité, n’est pas capable de tenir compte des demandes/exigences/suppliques/souhaits concernant un calme relatif : il saute (sur place, du canapé, du lit, des matelas, des meubles ‘_’ .. ), hurle, crie, court, se cogne, pleure ; le tout 15 000 fois par jour et le plus souvent sur le dos de son frère. Quand je l’envoie dehors, il joue.. calmement. C’est à se damner. En général, ma patience a atteint ses limites 3 minutes après mon réveil et je dois tenir jusqu’au soir.

Hibou..
Nous avons terminé aux urgences il y a trois nuits de ça.
La question que je me pose, c’est comment cela n’est pas arrivé avant.
L’autre question que je me pose en boucle depuis 3 jours, c’est « la prochaine fois, comment cela se passera-t-il ? »

J’ai peur.

Il y a 3 jours donc, Prince m’a dit « il a quelque chose dans la bouche ». Encore. Je n’ai rien trouvé quand j’ai regardé, rien.
Il était aux alentours de 17h. A 17h37, il s’est endormi, enfin, pour sa sieste. A 18h40 il s’est réveillé, hurlant. Je lui ai fait des câlins, j’ai voulu le nourrir mais il pleurait encore plus. Persuadée qu’il s’agissait de ses dents, je lui ai donc donné du doliprane (qu’il déteste, pas de chance) et j’ai changé sa couche dans la foulée pensant que peut-être, ses fesses lui faisaient mal.
C’est là que j’ai vu au fond de son palais, plus exactement sur ses gencives, un clou planté.
Un clou, bordel.
Complètement enfoncé, pas de sang.
J’ai appelé les pompiers, mon mari encore au travail.. Et le pompier avec sa petite lampe, a confirmé le clou. M’a rassurée en me disant que le plus grave avait été évité, il ne l’avait pas avalé. Ils ont été chouette. Même si j’ai encore eu droit « au calmez-vous » de rigueur.

A l’hôpital, une infirmière a regardé, confirmé le clou. Il n’y a pas eu d’agressivité, mais à partir de là, aucune personne médicale ne m’a regardée dans les yeux et chacun a évité de me parler plus que nécessaire. J’ai rempli la partie administrative, sans un regard pour moi ou le petit.
Nous avons attendu longtemps dans la salle d’attente des urgences, remplie d’enfants de tous âges. Quand Hibou a vomi, toujours aucun regard.
J’étais suspectée d’être une mère maltraitante.
Et l’angoisse a monté.
Parce que même moi, je voyais bien que ce n’était pas normal. Que même s’il avait mis un clou dans sa bouche (et d’où venait-il ??), jamais il ne se le serait enfoncé à fond comme ça, tout seul, qu’il aurait hurlé, qu’il aurait arrêté avant que ça n’aille si loin. Même moi je voyais que tout ça clochait.
L’angoisse montait et j’essayais de garder mon calme.

Quand on a enfin était appelé, la panique est monté d’un cran. Parce que mon petit allait hurler, parce que tout confirmait ce que je pensais, on me suspectait, moi, la maman, d’avoir fait ça.
L’infirmière m’a dit, sans me regarder, toujours, en partant chercher le pédiatre, « quand même c’est étrange ». Oh oui madame.. je ne pouvais pas dire le contraire..
Le pédiatre a regardé, confirmé le clou, et s’est préparé pour l’enlever. En prenant la pince, toujours sans me regarder, il m’a demandé, « on ne se serait pas déjà vu ? Vous êtes déjà venue non ? »
Et je savais que c’était pour me déstabiliser. Ça a marché.
La pression dans la pièce est devenue insoutenable. Hibou hurlait, se débattait, il était maintenu par trois personnes plus ma main sur son ventre pour maintenir un contact avec lui..

Quand le pédiatre a sourit et m’a regardé, enfin, je n’ai pas compris.
Je me suis demandé si je devais le secouer pour qu’il enlève la pointe qui allait avec le truc dans sa pince, vraiment j’ai failli lui hurler de se dépêcher d’enlever la pointe cassée dans la bouche de mon petit.
Un quart de seconde, c’est long.
C’est le temps que j’ai mis pour comprendre qu’il n’y avait jamais eu de clou.
C’était une sorte de strass, décoration de vêtement (j’ai compris le lendemain que cela venait d’un de mes pantalons, je l’ai jeté à la poubelle), en fer doré, bien dur, avec des petites accroches, et cela s’était planté dans sa gencive.
Jamais nous n’aurions pu l’enlever autrement qu’avec une pince, tellement s’était enfoncé.
Mais il n’y avait pas de pointe.
Et donc, pas de maltraitance.
Les trois personnes dans la pièce me regardaient, en souriant, avec des étoiles de soulagement dans les yeux.

Et moi.. moi j’aurais eu besoin de leur dire que j’avais compris, et que non je ne ferais jamais de mal à mes enfants. J’ai senti que je n’avais pas ce droit là, que ce qui était resté du non verbal devait le rester, que sinon je réactiverais leurs défenses et leurs inquiétudes.
Et cela m’a fait mal.

Je suis repartie en état de choc.
Je suis toujours en état de choc.

Nous sommes ce que nous pensons. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde.

Je ne leur en veux pas. Ils doivent voir des horreurs, dans leur métier.
Ils voient, des parents maltraitants. Ils s’y confrontent.
Pire, ils doivent se sentir impuissants.

Nous sommes ce que nous pensons. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde.

Je suis malade. Malade, à me dire, que la première pensée d’un médecin n’est pas « putain j’ai un enfant blessé que je dois aider », mais « les parents sont maltraitants ».

Nous sommes ce que nous pensons. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde.
 
 

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2 commentaires sur “2”

  1. benh merde alors … Quelle histoire … je suis incapable de dire comment j’aurais réagi dans une situation pareille mais ce qui est sure c’est ce doit être TRES éprouvant.
    Pleins de pensées pour toi …
    Dans un autre registre quels sont vos projets pour cet été ?

    1. Très éprouvant en effet.. l’important étant que finalement, il va bien.

      Il a posé ses congés en juin, 3 semaines (un peu galère l’été, les collègues visiblement se tirent un peu dans les pattes pour l’obtenir).

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