Le serrurier volant

Titre : Tonino Benacquista
 
Il voulait vivre à contresens du monde en marche. Se terrer quand les autres sont debout et agir quand ils dorment.

 
Je dors.
Les yeux ouverts.
Le cerveau embrumé, je me sens vide. Complètement sonnée.
Je pourrais rester, indéfiniment, le regard vague, incapable de bouger un cil ou une pensée, et mourir mourir mourir.
Et cette sensation m’est complètement insupportable.

Le médecin m’a prescrit des vitamines parce que je lui ai dit voilà mon épuisement, aidez-moi ; ce que j’évite habituellement parce que ça me fait accélérer le cœur et devenir une tornade effrayante. Efficace, mais effrayante. Hyperactivité proche de la folie. Cette fois, ça m’aide. Vraiment. Je garde cet immense épuisement, il m’assomme en fond sonore. Mais en premier plan, il y a mes neurones, mes réflexions, mes pensées, les mots retrouvés, les activités avec les enfants, les jambes qui arrivent à marcher, les bras qui peuvent porter.
J’ai retrouvé des bouts de moi.
C’est compliqué, de se sentir épuisée mais avec la possibilité de ne pas être prostrée. Compliqué, parce que mon corps aurait besoin de repos et de silence. Compliqué parce que je ne peux pas faire ça.
Les vitamines me laissent la possibilité d’avancer tout de même. La fatigue me suit, la brume n’est pas loin et je la récupère régulièrement quelque part dans la journée, bien avant le soir. Mon corps c’est habitué, déjà. Cinq jours. Mais cela tient tout de même, je tiens, ça aide. Bancal, mais là.
Le médecin ne me connait pas, pas encore, et ne sait pas ce dont j’ai besoin. Elle n’a pas compris qu’il me faudrait bien autre chose qu’un petit coup de pouce. Je n’ai pas eu l’énergie de lui expliquer ce corps si lourd, les pensées qui s’échappent, la mémoire qui s’absente, la colère, les larmes. L’envie d’avoir, sans effort de ma part, une reconnaissance médicale, une aide.

Les vitamines me tiennent la tête hors de l’eau, mais pas que. Dimanche j’ai trié et jeté deux cartons, fais des lasagnes, finalisé le blog de Keira, fait un lave-vaisselle et joué avec mes enfants. Samedi on a été à la médiathèque, on a fait une course, j’ai fait un repas, une machine à laver, un lave-vaisselle.
Je suis vivante. Épuisée, mais vivante. Avec des douleurs intenses, parce que je me suis remise à bouger et que le corps n’est pas d’accord, parce qu’elles sont là simplement.

Les vitamines sont provisoires, un mois max.
Et ensuite.. ?
J’ai la sensation d’être déjà dans l’ensuite, le brouillard revenu. Je peine. Malgré les vitamines, je plonge, je suis assommée, je ne suis plus capable d’écouter mes petits.
Et j’en ai marre d’être une mauvaise maman à cause d’une santé lamentable.

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