Il suffit d'un mot

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde

Titre : Steven Hall
 
Un jour, un homme, un acheteur potentiel, a rendu visite à Matisse dans son atelier. Cet homme a passé un long moment à regarder une de ses oeuvres les plus récentes avant de déclarer « Le bras de cette femme est trop long ». Matisse a dit « Ce n’est pas une femme, Monsieur. C’est un tableau ».

 

je m'allège by Loane on Grooveshark

 
Je suis une petite fille, pour bien des choses. Des aspects, des détails, des instants bloqués dans ce moi petite. Des souffrances que je ne dépasse pas encore. Je me vois réagir dans le retrait, m’effacer, me retenir parfois de pleurer. Mon passé est empli d’ombres que je n’ai pas su dissiper.

Insupportable ambiance de l’avant et de l’après. Difficile détresse de ceux qui culpabilisent, quand j’aurais eu besoin qu’on me prenne dans les bras, que l’on me dise que tout allait bien, que j’existais. Que l’on m’aimait, sans doute. Difficile quand finalement, ceux qui culpabilisent avaient le même besoin d’être rassurés. Et que je n’étais pas capable.
Comme souvent, la souffrance m’a fait avancer et je me demande si un jour je serais capable de ce même pas, mais sans me blesser.. même pas envie d’entendre la réponse, peur de la connaitre trop bien.

J’y ai vécu ma seconde dispute sur 7 années et demi de couple, par une conversation surréaliste. Comme j’ai la chance d’avoir un mari intelligent, on a pu discuter, lui reconnaitre ses torts et nous avons compris comment nous en sommes arrivés là. Mais bordel, plus jamais. Démerdez-vous. Et ceci n’est pas un message subliminal.

Des personnes auxquelles je ne m’attendais pas, m’ont souhaité de jolies choses. Et ce fut doux.
L’improbabilité revenant à la femme de mon ex.

Des personnes un peu proches/un peu pas trop, ont oublié. Après les deux journées que je viens de vivre, j’en suis arrivée à une conclusion particulièrement peu agréable : ça n’a pas/plus d’importance. Je sais, sans méchanceté aucune, ce qui compte pour moi et ce qui ne compte pas. Je prends la mesure des liens perdus, et je n’ai pas la tristesse nécessaire pour m’y pencher. Ces deux journées m’ont tout pris.
Cela laisse la place à l’amitié qui veut le rester, cela laisse la place à son envol également. Je suis lasse et ne retiendrai rien.

Je sais l’enfance invisible, les coups, les mots, les cadeaux tordus et d’une extrême violence, et plus que tout je sais le non-poids.
L’oubli.
La journée qui passe, et rien. Et puis ma mère qui pense à mon anniversaire, enfin, parce que c’est le sien cette fois. Années après années. Jusqu’à celle où elle a complètement oublié et où mes grands-parents m’ont envoyé une carte en aout. Sans excuses, sans explications.

Les anniversaires, c’est une énorme solitude..
Je suis seule face à l’anniversaire de la mort de S. Ses rares amis sont restés de leur côté, j’ai du lâcher mes beaux-parents qui me tuaient et m’enfonçaient volontairement, mes amis n’en parlent pas. J’ai été magnifiquement accompagnée lors du premier. Depuis.. je fais face, et le dernier était si lisse que je l’ai peu senti, peut-être parce que j’avais passé déjà, ce temps de nous deux. Peut-être parce que j’ai eu mal trois semaines avant, et rien le jour même.

Les anniversaires, c’est une angoisse sous le papier. Une certitude ancrée que le cadeau va blesser, qui me fait trembler. Qui m’a fait trembler, mercredi. Tout était tellement.. trop. Ce n’est pas une angoisse raisonnable. Noël est une marée de cadeaux terrifiante, instable, qui me terrorise. Noël est un manteau d’invisibilité, trop de monde, trop de cadeaux versés d’un coup, aucune possibilité de prendre le temps que déjà on a un retard de quatre cadeaux sur les genoux. Quatre dangers.
Ça ne veut pas dire que je ne veux pas de tout ça, juste que je ne sais pas gérer. Ce qui est d’un paradoxal incroyable, gérant difficilement les cadeaux, gérant difficilement l’oubli. Visiblement, ça n’ennuie pas plus que ça mon inconscient, il a l’air de bien gérer, lui.
Je suis une enfant trop souvent.

Je ne m’habitue pas.
Je refuse cette invisibilité.
Je ne sais pas être docile.

Un jour sans doute, cela n’aura plus cette importance.
Déjà je songe à la protection qu’apporte l’indifférence et je ne sais si cela amène aussi à la mort d’une partie de l’être.

3 Comments:

  1. LN

    Je suis d’accord avec toi c’est très intense finalement un anniversaire … L’entourage veut vous faire plaisir, souvent maladroitement … ou pas … que l’on soit trop sur vous ou que l’on vous oublie c’est lourd à gérer …

    1. La société en a fait quelque chose de tellement important, que quelque soit la façon dont on l’aborde, c’est compliqué je crois..
      Au moins là, je sais sur quoi travailler ^^

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