Titre : George R.R. Martin
lorsque le froid envahissait le monde, le dragon de glace surgissait. D’un blanc cristallin, ce blanc dur et froid, presque bleu, le dragon de glace était couvert de givre ; quand il se déplaçait, sa peau se craquelait telle la croûte de neige sous les bottes d’un marcheur et des paillettes de glace en tombaient. Il avait des yeux clairs, profonds, glacés. Il avait de grandes ailes de chauve-souris, couleur azur, translucides.

 

Gogol by Gonzales on Grooveshark

 
Il y a un dragon qui me regarde, là.
Son regard perçant et lumineux attend. Comme un chat, il guette. Que les mots se posent, que la page blanche s’efface noyée sous les caractères noirs de ma langue maternelle, celle qui m’a bercée enfant, celle qui se moque de savoir qui est la mère tant que la langue est partagée, et qu’elle se mêle aux écailles sombres de l’animal qui dans le noir observe, tapi, attend.
Il est Le Gardien.
Parfois il ferme les yeux mais il ne dort pas, il veille, il veille sur les lieux, sur ma présence, sur les autres dragons, sur l’Univers. Il ne daigne pas toujours ouvrir un œil, comme si tout allait bien malgré mes tourments, comme si rien ne pouvait perturber son souffle. Que tout était à sa place.
Et puis je le regarde et il est droit, si droit, si majestueux, un regard de chat qui dit « je n’ai même pas bougé ».

Il est le plus ancien.
Le temps est suspendu, ni inquiet ni présent, un souffle retenu qui se diffuse telle une lumière douce, un parfum léger.
Il veille la sorcière que je suis, celle passée et celle que je deviens, que je crois cachée, qui crée des sphères et des protections, qui entend les arbres, qui transmet aux forêts, qui sent les esprits, qui protège les lieux, qui disait le passé en tirant des cartes qu’elle n’a pas gardé. Que je n’ai pas gardé. Parce que dire le passé aux gens, cela les fait juste fuir.

Il y a là un dragon qui me regarde, et je me demande ce qu’il voit. Je sais qu’il sait. Ma colère, mes emportements, ma détresse, mes larmes, mes tristesses, mes sourires, mes joies, mes batailles. Je me demande ce qu’il voit des couleurs des personnes que je rencontre, de la musique que j’écoute et qui me transperce, ce que sont les importances qu’il y met. Les importances que je devrais y mettre. Je ferme les yeux et il me regarde pleurer sur les mots qui ne se posent pas là où je le voudrais. Je suis seulement en train de comprendre que je dois déplacer mon regard..

Il protège. Il est Le Gardien.

J’ai réveillé les dragons. Bleus, noirs, verts, rouges. Dorés.
Chacun leurs mots, chacun leurs possibles, chacun vibrants de leur énergie. De leur lumière.

Le dragon est là.

Il y a un dragon en toi

écaille de dragon

2 Comments:

  1. Je me posais une question : comment gères-tu les extraits en début d’article ?
    Est-ce que ce sont des extraits que tu as lus il y a peut-être un moment et gardés sous le coude parce qu’ils te plaisaient ?
    Est-ce que tu cherches un extrait correspondant une fois que tu as écrit ton article ?
    Est-ce que l’extrait t’inspire l’article ?
    Et comment choisis-tu l’extrait musical ?
    A la fin, au début ? Il est évident dans ta tête ? C’est de la musique que tu écoutes habituellement ou bien tu recherches un morceau qui collera à ton texte sans forcément que ce soit ce que tu écoutes ?

    Oui, je sais, j’ai beaucoup de questions !!!

    Mais ces extraits littéraires et le lien musical, je trouve que ce sont d’excellentes idées et j’aimerais juste comprendre comment tu construis tout ça, si ça t’embête pas de révéler les secrets de fabrication 🙂

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