Le poil de la moustache du tigre

Titre : Muriel Bloch, Aurélia Grandin
 
Un jeune empereur chinois ne cessait de répéter à longueur de journée :
Le passé me hante , le présent me tourmente et l’avenir m’épouvante .

 

J’ai des poils. Sur les jambes, les bras, dessous, et même sur le menton parfois (ouuuh il m’énerve lui..).
Je le dis que j’ai des poils, parce que parfois quand je regarde les femmes, j’ai comme un doute de si je serais pas la seule.

Je me souviens qu’adolescente, assez tardivement d’ailleurs, je me suis préoccupée de mes sourcils. Sombres, assez fournis, ils envahissaient mon front au point qu’un jour je les ai vus. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, la veille j’en suis sûre, ils n’y étaient pas. Toujours est-il qu’une fois les yeux posés dessus, je n’ai pas pu faire autrement que les voir et donc les prendre en grippe.
Je les ai donc épilés.
Oui, un jour je me suis épilée, ça vaut le coup d’être noté ^^

Quand ma grand-mère a vu mon nouveau visage, elle m’a sorti l’une de ses phrases dont elle a le secret et que je n’oublie pas malgré le temps qui passe : « ah ben il était temps ».
Ah.
J’avais donc raté sans le savoir, une évidence incroyablement humaine : l’on se doit de s’épiler.
La leçon retenue, j’ai compris que cela ne suffisait pas et je me suis donc ensuite attaquée au reste.
Longtemps.
Très, longtemps.

La persévérance est rarement mon fort, surtout quand le but m’échappe et un jour j’ai relâché mon attention sur mes poils. Juste un peu. Et le temps passant, outre le fait que j’ai posé ma pince puis l’affreuse crème puante et que je suis passée au rasoir en bonne barbare que je suis, j’ai arrêté de m’occuper de mes jambes l’hiver, personne pour le voir, aucun intérêt, vraiment, fallait pas abuser.
Et puis l’hiver, cet hiver, a passé. Il faut dire qu’il a été tellement long qu’on a sauté l’étape du printemps et ça a du aider un peu.
Nous sommes en été.
J’ai toujours mes poils.
J’ai donc ce matin constaté que ma jambe gauche était moins fournie que ma droite, et que j’assumais donc mieux celle-ci. Croyez-moi, c’est vraiment une question « d’assumer », ce n’est pas si simple. Parce que autant sur mes bras les poils sont blonds, autant sur mes jambes ils sont bruns. Ma mère en haut, mon père en bas, qui fait du chocolat.. Et donc je regarde mes poils et je me demande comment la société en est arrivé à décider que ce n’était pas féminin, des poils sur les jambes.
Je garde le regard de la société sur mes poils, j’ai bien du mal à passer par dessus, et cela m’énerve de ne pas avoir mon propre regard sur mon corps. J’y travaille.

J’en ai conclu que pour m’accepter comme je suis, cela passait par ces poils sombres fournis à droite et éparses à gauche, et que jamais j’aurais pu m’en rendre compte si je ne les avais pas gardés.
Pour l’instant je conserve donc mes poils, jupe longue, jupe courte, pantacour(t), pantalon(g), maillot de bain.
Je veux que la prochaine fois que je les raserai, ce soit ma décision, pas celle d’une société qui a décidé pour moi.

doudou perdu

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

2 Comments

  1. J’avais dit que je le ferais pas cette année (je m’épile 2,3 fois par max d’habitude). Et puis je me suis pas sentie d’assumer, lors d’un mariage … Pas si simple. (Et les aisselles, vraiment, je n’assume jamais. Et pourtant je trouve ça débile d’estimer que c’est crade, mais impossible de m’en défaire pour l’instant.)
    Un article que j’avais bien aimé : http://www.acontrario.net/2013/03/04/feminisme-et-feminite-ce-qui-a-change-pour-moi-ou-pas/
    Des bises plus ou moins poilues !

    1. Merci pour le lien, il y en avait un autre sur ce post que j’ai suivi, et que j’ai mis sur FB. J’ai eu bien des réactions 😀
      Tes mots et ces posts que j’ai lus, m’ont montré que je n’ai pas terminé mon travail, que j’ai encore des choses à dire, à évoluer pour moi-même.. >Que c’est difficile, de faire exploser les regards, à commencer par le notre !

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