L’élégance du hérisson

Titre : Muriel Barbery
 
Personne ne semble avoir songé que si la vie est absurde, y réussir brillamment n’a pas plus de valeur que d’y échouer.

 

Elle m’a dit tu n’écris plus et c’est vrai, trop d’épuisement, trop d’angoisses, trop peu de temps, trop d’agressivité, trop de douleurs. J’en relis l’élégance du hérisson, pour l’amour des mots et pour le piquant et pour les portes fermées au nez des gens et pour la beauté du premier livre sur ma nouvelle liseuse, l’autre ayant définitivement décidée de se suicider. J’avais mal commencé, avec la première. Nous avions elle et moi, lu le 4èm tome de Eragon, le plus mauvais de la série, bâclé à n’en plus pouvoir respirer. Elle a du m’en vouloir. Je ne peux me tromper en entamant notre nouvelle vie à deux par l’enchantement. Elle et moi, pour une longue vie de partage.

Suite à une discussion, je suis retombée dans mes examens d’il y a deux ans et des étoiles filantes, et j’ai apporté ces résultats (« à la limite d’être significatifs », à la limite de dire ça cloche, à la limite) à mon nouveau médecin, profitant d’un passage pour Hibou. Parce que ma cheville se bloque dans une douleur atroce lorsqu’elle ne bouge pas quelques temps, on recommence. Parce que parfois, ça ne se voit pas tout de suite. Elle cherche une maladie au nom barbare qui soude les os entre eux.
Et là où la bêtise humaine n’a pas de limite, c’est que j’espère. Parce qu’elle m’a enlevé ce que sa collègue m’avait offert, parce que le 100% n’est pas automatique, parce que j’ai une chance sur deux que la sécu accepte de reconnaitre que j’ai une fibro, parce qu’elle m’a demandé si j’avais essayé le paracétamol et que j’ai failli partir dans un rire hystérique, j’espère avec la plus grande stupidité avoir une maladie qui me soude les os. J’en suis là. La reconnaissance dussé-je en être handicapée, dussé-je en mourir.
Je pense que je me fissure.
Il y a quelques jours, j’ai couru pendant quatre ou cinq minutes, alignant mes jambes sur celles de Prince, pour ne pas être en retard. Plus jamais une telle idiotie, j’en paye encore la chose même si désormais je peux marcher sans avoir envie de pleurer et me faire oublier dans un coin. Tout doit-il donc se payer ? Courir quelques minutes pour ensuite ne plus pouvoir me mouvoir quelques jours ? Courir pour avoir mal à chaque articulation dont l’existence n’était pas perceptible jusque là ?

Oui je le pense, je me fissure.
Je sais pertinemment que je vais préférer la fibro à toute autre maladie, pour ce confort du sans danger qu’elle procure en tout instant même au plus fort de la crise. Mais si l’on me disait qu’un poison quelconque peut diminuer la douleur.. je le sais bien, que dans la douleur même, dans sa profondeur, je me droguerais.

Étrangement, c’est dans cette difficulté physique et cette ambivalence douloureuse, que j’ai recommencé à écrire.

Piquant

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