La Patience des buffles sous la pluie

Titre : David Thomas
 
Trois fois par semaine je vais prendre ma femme dans le centre-ville en rentrant du boulot. Elle sort plus tôt que moi et elle en profite toujours pour voir ses copines ou faire des courses. Ma femme n’est jamais arrivée une seule fois à l’heure à ces rendez-vous. A chaque fois, elle me fait poireauter entre dix et quinze minutes. J’ai fait le calcul, depuis que nous sommes ensemble, j’ai attendu ma femme 16 224 minutes. Un soir je suis arrivé au rendez-vous pile à l’heure, comme à l’habitue, et comme c’était à prévoir, elle n’était pas là. Alors je suis parti. Je suis rentré onze jours, six heures et vingt-quatre minutes plus tard. On est quittes.

 

Contemplation by Tim Wheater on Grooveshark

 
 
Évidemment, cela m’a passé. Très exactement 30 minutes après avoir écrit. Et quelques jours après, j’ai reçu de la sécu mon papier de 100%, celui qui va me permettre je ne sais même pas encore quoi tellement l’important c’était d’être entendue et rien d’autre. D’une manière particulièrement froide mais officielle, et au son d’un mademoiselle-au-lieu-de-madame je suis admise dans le rang des affections de longue durée.

C’est fait. La case est cochée. J’ai une maladie de longue durée. Au bout de 21 ans, j’étais pas encore certaine puisqu’on me disait simuler, alors c’est quelque chose, ce papier. Et je n’ai aucune envie d’y rajouter une autre maladie, merci. Tellement pas envie, que je n’ai toujours pas passé mes radios des mains et pieds. Pas sérieux, mais très compliqué à caser quelque part, entre les enfants, le dentiste (qui me coute une petite fortune.. toute en fait. A laquelle je dois ajouter le verre de mes lunettes rapidement, parce que j’y vois comme à travers un brouillard. Mais c’est cher, tout est cher), le coup de tél à passer (rien que d’y penser..), et puis moi. Je voudrais arrêter de courir, prendre soin de mes articulations, les garder au chaud, me poser au calme.
J’ai un besoin de silence, intense et douloureux.
Parfois, je me demande si ce besoin ne se traduit pas dans mon corps, quand je ne peux plus marcher. Plus avancer.

Et je me suis dit, si je fais le calcul, j’ai eu plus de douleur dans ma vie, que de vie sans douleur. Puis-je quitter ma vie durant 21 ans, et revenir ensuite ? Ce n’est pas si farfelu, et ça vaut la peine de s’y pencher. Vingt-et-un an de paix, c’est un bon deal.

Like

2 commentaires sur “2”

  1. Je n’arrivais pas à commenter le billet précédent, qui est donc rester ouvert, en attente, depuis plusieurs jours.
    Il est tellement important d’être reconnu, dans la douleur et la peine peut-être encore plus que dans la joie. Je suis contente que tu aies enfin cette reconnaissance.
    Tu es totalement légitime dans ce que tu ressens, évidemment. Et personne ne peut te dire qui tu es à ta place (même si les regards, les spécialités, etc … peuvent t’aider, parfois.)
    Je t’embrasse.

  2. Merci belle Dame.
    Oui, ce besoin d’être entendu est d’une importance capitale, quelque soit le domaine. Ce qui explique l’engouement des blogs, d’ailleurs..
    (je t’ai envoyé un mail 🙂 )
    Bisous doux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *