De bons présages

Titre : Terry Pratchett, Neil Gaiman
 
– Réfléchis-y. Tu sais ce que c’est l’éternité? Tu sais ce que c’est? J’veux dire, tu sais ce que ça représente? Y’a une grosse montagne, tu vois, deux mille mètre de haut, à l’autre bout de l’univers, et une fois tous les mille ans, y’a un p’tit oiseau…
– Quel p’tit oiseau? s’inquièta Aziraphale, soupçonneux.
– Celui dont je parle. Et tous les mille ans…
– Le même oiseau, tous les mille ans?
Rampa hésita. « Oui.
– Ça doit être une sacrée antiquité, ce piaf, alors.
– Ouais. Bon, tous les mille ans, l’oiseau vole…
– Il se traîne plutôt.
– Il vole jusqu’à la montagne pour s’y aiguiser le bec…
– Hé, minute, c’est pas possible. Entre ici et l’autre bout de l’univers, y’a plein de …. » L’ange fit un geste du bras, ample quoiqu’un peu gauche.  » Plein de machin-truc, mon gars.
– On va dire qu’il y arrive, persévéra Rampa.
– Comment il fait?
– C’est pas ce qui compte!
– Il pourrait y aller en vaisseau spatial », suggéra l’ange.
Rampa se radoucit un peu.  » Oui, si tu veux. Enfin, bref, l’oiseau…
– Seulement tu parles du bout de l’univers. Alors faudrait que ce soit l’un de ces vaisseaux spatiaux où c’est les descendants qui arrivent au bout. Faudrait dire aux descendants, tu sais : « Quand vous arriverez à la Montagne, faudra que vous…. » Il hésita. « Qu’est-ce qu’il faudra qu’ils fassent?
– Il s’aiguise le bec sur la montagne. Et ensuite, il revient en sens inverse…
– … dans le vaisseau spatial….
– Et mille ans après, il recommence », acheva précipitamment Rampa. »
Il y eut un moment de silence éthylique.
 » Ca fait beaucoup de boulot, rien que pour s’aiguiser le bec, réfléchit Aziraphale.
– Bon écoute. Ce que je veux dire, c’est que quand l’oiseau aura complètement usé toute la montagne, hein, eh ben…. »
Aziraphale ouvrit la bouche. Rampa le savait: il allait faire un commentaire sur la résistance comparée des becs d’oiseaux et des montagnes de granit. Le démon se lança résolument.
« … Eh ben tu seras toujours en train de regarder La Mélodie du Bonheur. »
Aziraphale se figea.
 » Et ça te plaira, insista Rampa, impitoyable. Tu verras.
– Mon petit…
– Tu n’auras pas le choix.
– Ecoute…
– Le Paradis est absolument dépourvu de bon goût.
– Là…
– Et y’a pas un seul restaurant japonais. »
Une expression douloureuse passa sur le visage soudain très grave de l’ange.

 

J’ai explosé.
Ce n’est pas venu de nul part, ça ne s’est pas fait d’un coup, c’est tombé sur la presque bonne personne et cela a fait du bien. Le rêve est survenu la nuit, violent des émotions de la veille, tsunami magnifique et angoissant. Mais je suis revenue à la surface, c’est ce que j’en retiens.
J’émerge de moi, également. De ma colère, de mon ras-le-bol, de mon incapacité à suivre un ordre, une règle que je juge stupide. Cela m’a submergée, et elle se l’ai pris de plein fouet. Une grande claque dans son incapacité à gérer une situation.

Je ne me réjouis pas. Je sais ce qu’elle paye sur sa santé, ce qu’elle grignote de vie sur cette ingérence. Je sais aussi le regard qu’elle détourne sur les quelques fois où nous avons parlé de moi. Quand elle me demande comment je vais, et que la réponse la dérange. Il n’y a pas de réciprocité dans l’écoute, et je sais que mon explosion a un lien infime et inévitable avec avant-hier soir.

La liberté a tous les visages. Je reprends le contrôle de ma vie sur un coup de colère, sur un ordre simple, futile, sans conséquence dans la vie, .. impossible à suivre. J’ai une certaine incapacité à suivre un ordre, qu’il soit justifié ou non. Si j’y adhère, je le fais parce que je le trouve juste. Si je n’y adhère pas, je contourne. Et si cela ne plait pas, je pars. Je fonctionne ainsi dans mon travail, dans ma vie, dans ma tête, dans mon corps. Peut-être y a-t-il là d’ailleurs un début d’explication sur le brouillard dans ma tête, cette fuite en avant où je m’absente, cet état de choc dans lequel je retombe régulièrement..

J’ai pris conscience hier qu’il y avait en moi un avant et un après. Dans une succession de petits-avant et de petits-après, de petits pas, de petites prises de conscience j’ai atteint mon grand avant/après dans une grande souffrance. Cela fera bientôt 9 ans que j’étais victime et que j’ai fait tomber les murs et les chaines. Et il y a encore des personnes pour croire que je peux retourner 9 ans en arrière, me dire ce que je dois faire ou ne pas faire, m’interdire quelque chose. Il y a encore des gens pour croire que l’on peut me dicter des règles de conduite. Ce qui me chagrine, c’est qu’il y a encore des personnes pour se laisser faire.

Nous n’avons pas l’éternité pour vivre selon nos valeurs, nous n’avons pas l’éternité pour dire merde aux valeurs des autres.

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