Ecoute-la

Titre : Sarah Dessen
 
« Sérieux. Tu ne te dis jamais que tu ferais mieux de te taire ? »
Il a réfléchi une seconde.
« Non. Comme je te l’ai dit, je n’aime pas les menteurs. »
– Tu ne mens pas, tu te tais juste.
– Montre moi la différence!
– Avec l’un, tu trompes ouvertement. Avec l’autre, tu gardes pour toi ce que tu penses.
– Oui, mais il y a chaque fois tromperie. Dans le second cas, c’est toi que tu trompes. On est d’accord ?
J’ai pris quelques secondes de réflexion pendant qu’il engloutissait un autre bretzel.
« Je ne sais pas, ai-je murmuré. »
– en fait, se taire est pire que mentir, quand tu y penses. En premier lieu c’est à soi-même que l’on doit dire la vérité. Si tu ne peux pas te faire confiance, sur qui compteras-tu ? »

 

Droit dans le soleil by Détroit on Grooveshark

 
 
Je voulais parler de Bertrand Cantat, celui pour lequel on retisse la même trame, la même toile, les mêmes jugements, la même mise à mort. Je voulais dire que le seul droit que nous avons est de ne pas l’écouter chanter, que juger ses actes ne nous appartient pas.

Et puis mon petit est tombé.
Ce qu’il n’avait pas tenté encore, il l’a fait hier. Il a escaladé les barreaux de son lit et il est tombé, sur la tête, de haut, trop haut. Sur de la moquette, ce qui nous a sans doute évité un plus grand drame.
Son hurlement de douleur, je l’entends encore et très certainement je vais l’entendre longtemps. Et plus encore ensuite, j’entendrais longtemps le silence qui a suivi. Où mon petit dans les bras, je l’ai vu s’éloigner, le regard vague, le visage blanc, et s’enfoncer loin, loin..

C’était hier. C’est encore chaque instant de moi. C’est dans le bout de mes doigts, ce hurlement et ce silence. Et ma voix qui tente de le faire revenir, ma voix, je n’entends que moi, ce calme dans ma voix, et ce prénom que je répète, ce prénom qui chaque fois le fait revenir, me regarder droit dans les yeux pour replonger un peu plus dans la poursuite de son malaise.. deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois..

J’ai pleuré les trois heures qui ont suivi.

Savez-vous, ce qui manque dans notre société ce sont des urgences. Pas pour les enfants, pas pour les accidents, mais pour les mamans choquées qui ont besoin de parler de la vie qui s’échappe du regard de leur enfant.

Alors Bertrand Cantat, il a la chanson pour le meurtre non-intentionnel, pour sa violence, pour ce qui déborde de lui, pour ce qu’il ne maitrise pas. Très certainement pour sa souffrance.
Qu’on arrête de me parler de décence quand notre société n’a aucune mise en place pour les mots qui dérangent, les mots qui souffrent, les corps qui hurlent, la violence qu’on a. Quand les psys écoutent l’argent leur tomber dans la main, quand la moitié du monde se détourne quand on prononce un simple « j’ai très mal aujourd’hui » et que l’autre moitié répond « va te reposer ».
La décence, on en reparlera quand victime, bourreau ET choqués auront la parole. Il est facile de mettre à mort le bourreau, moins facile d’accepter qu’on l’est tous. Et qu’on a besoin de le mettre en mots.

Vers qui doit-on se tourner quand on subit un choc émotionnel, quelles urgences pour gérer le quotidien ? Y a t-il des lieux précis, dans chaque ville, où se rendre gratuitement et sans attente pour être écouté dans l’immédiat de notre urgence parce qu’une maladie fait souffrir, parce qu’on va exploser, parce qu’on va faire une connerie, parce qu’on ne veut pas frapper ?
Quel soutien.. ?
Et aux urgences.. on traite le corps. Qui traite l’émotion, le choc ?
Nous sommes la société la plus apte à étouffer sous des anxiolytiques ce que nous avons besoin de dire.

Je sens toujours dans mon petit doigt, la douleur de l’aiguille que j’y ai brisé.
Bientôt un an, j’ai toujours un point noir sur le côté qui me rappelle l’accident, un bleu noir, l’impact de l’aiguille qui n’était pas ressortie.

Tout s’inscrit en nous, personne pour écouter.
Même pas nous-même.

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6 commentaires sur “6”

    1. Bien. On l’a surveillé cette nuit (on a mis le réveil), et on continue de faire attention.. Je le trouve très blanc, mais mis à part cela il va bien 🙂

      Et chez toi ? 🙂

      Bisous doux

      1. Contente de savoir que ça va, il doit être sous le choc lui aussi…Pour nous ça va, je te donnerai des nouvelles par mail, promis 🙂 gros bisous

        1. Il l’est resté les deux jours qui ont suivi oui.. Il va mieux, il récupère 🙂 On sent que ça l’a marqué profondément, quand je lui ai reparlé de sa chute hier (et de pourquoi on lui a retiré son lit) il a foncé dans sa chambre.. :/

          A bientôt de te lire 🙂
          Bisous doux

  1. Tu dis mot pour mot ce dont je parlais avec V. ce midi ; je lui disais que la violence m’apparaît un moindre crime que le cynisme (et je pensais à Kéchiche, et son interview dans Télérama), je lui disais que les coupables ont tout aussi besoin d’aide et d’attention que les victimes, et que nous sommes tous humains, nous avons tous un potentiel d’atrocité en nous ; la différence entre moi et une femme qui laisse tuer son enfant, la différence entre V. et un homme qui bat sa femme ne vient pas de nos natures profondes mais du contexte heureux dans lequel NOUS évoluons et qui nous aide à nous construire.

    Cessons de béatifier l’humain en voyant le monstre dans ce qui nous effraie ; il y a du monstre en chacun de nous, et l’écoute/l’aide/la disponibilité/la création d’un contexte social plus juste pour tous devrait être une priorité parmi les priorités. Dédramatisons la bête noire, la bête humaine ; laissons-la exister puisqu’elle existe et donnons-nous la possibilité de la TRAITER sans jugement et sans rejet. Nous faisons ce que nous pouvons, avec ce que nous avons. Je le crois sincèrement. Tout comme je crois à l’aspect non-religieux de la rédemption, la rédemption au présent (et même si l’athée en moi s’en insurge) ; nous avons tous le droit d’exister et de vivre, malgré nos actes, avec nos actes.

    Je te lis, je t’écoute, je t’entends et je t’aime de cette belle humanité que tu as en toi.

    Je connais la peur que tu as eu pour ton enfant, mon petit frère est un jour tombé sur le crâne depuis le lit superposé, par ma faute. Le vide dans les yeux, la réalité qui s’éloigne, la peur-panique, le tourbillon. Merde, merde, merde. Comment va ton bel amour, aujourd’hui ? Reprend-il des couleurs ? Et toi, ma belle, en reprends-tu un peu, aussi ?

  2. Jusqu’à hier il était bien blanc, ça s’améliore 🙂 A part cela il va très bien, fidèle à lui-même ^^ Je vais mieux, je crois qu’on peut même dire que je respire 🙂

    Amusante, la synchronicité des discussions ^^
    Tu expliques bien ce que je ressens et ce qui se passe pour les personnes dont les bases sont difficiles, lourdes, dès le départ de leur vie. Nous n’avons pas les mêmes départs, ni les mêmes ressources..

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