Le cercle du suicide

Titre : Usamaru Furuya
 
Les autres ne peuvent pas voir les blessures de notre cœur. C’est pour cela que nous gravons les traces de notre souffrance sur notre corps.

 

Le Berger by Camille on Grooveshark

 
 
Elle est brune, un peu italienne beaucoup française, très emportée, riant d’une manière fort communicative.
Elle a toujours été ce que je n’étais pas, se faisant des amis en entrant dans une pièce, tornade hyperactive de 200 amis au bas mot, bavarde à l’extrême.
Elle m’avait dit, on sera toujours amies, nous étions proches parce que je l’écoutais et qu’elle ne m’écoutait pas, la perfection de l’amitié pour moi en ces temps-là. A l’instant où elle avait prononcé ses mots, je m’étais dit que cela n’arriverait pas, que nous suivrions des chemins différents, et c’est ainsi que deux ans plus tard nous avons cessé de nous écrire. Je l’ai retrouvée par hasard, séparée d’avec son ami, avec une fille de 7 ans et en couple avec un homme que j’ai trouvé détestable au premier regard.

Elle vient de faire une tentative de suicide, pendant mon escapade sur Paris. Ma présence n’y aurait rien changé, si peu nous nous parlons désormais.
Je peine à imaginer cette fille parfois excentrique et toujours en mouvement, tentant de mourir parce qu’elle a mal depuis un an et que rien ne la soulage. Avant de lui écrire et de lui proposer mon oreille attentive et compatissante, il m’a fallu respirer. Aucun jugement de ma part, je serais bien mal placée pour cela. Cela a simplement bloqué ma respiration.

Un mur sur mes doigts.

Je ne vais pas pousser le vice à dire « mais comment en arrive-t-on là », parce que je le sais. Je ne l’ai jamais mis en exécution, mais plus d’une fois la tentation a été forte de mettre fin à la douleur, de regarder ma fenêtre et ses 3 étages à GrandeVille et de me demander si la douleur cesserait avant ou après l’impact.

Mais je me suis tout de même demandé pourquoi elle, et pas moi.
Quelle différence ? Elle craque au bout de un an et c’est limite si je n’ai pas envie de lui dire qu’elle est pas au bout de ses peines, que j’en suis à 21 ans, que rien ne s’arrête mais qu’on y survit, qu’elle a la morphine quand je n’ai même pas ça..
J’ai attendu, pour lui parler.
Que le mini choc causé par sa tentative passe. Que je m’imprègne de la présence de LeChat à mes côtés, quand son ami vient de se barrer et ne la soutient pas dans ses douleurs dorsales.

La différence sans doute, tient là.
La solitude de l’entourage, ou sa présence.

Et puis cette certitude que jamais je ne lâcherai le fil qui me relie à la terre.

J’ai attendu pour lui parler d’être réellement dans l’écoute, sachant qu’elle n’y répondra pas parce qu’elle est de celles qui ont besoin d’exposer les problèmes mais pas les causes, pas en profondeur, pas les mots qui pourraient aider. Elle me répondra merci plus tard. Et se rongera l’âme sur une solitude qu’elle conserve comme un trésor, pleurant sur ces amis qui ne sont pas là pour elle. Je me suis toujours demandé, moi qui écoutais les autres, comment nous avions fait pour être amies quand il y avait si peu à entendre que son silence derrière tant de mots vides. J’écoutais le silence de son bavardage incessant, et cela sans doute était à sa place.

J’ai attendu pour lui parler, d’être certaine de pouvoir recevoir son refus ou ses mots.

Edit : Présentement, nous en sommes au refus.. et si d’une certaine manière j’en suis à me dire que c’est une bonne chose pour moi de ne pas (encore) m’engager avec quelqu’un à écouter quand j’ai tant à faire, j’en suis bien attristée, également.

Je lui souhaite de s’apaiser, d’accepter. Un anti-douleur.
A celle qui m’avait fait découvrir l’amitié en groupe, l’appartenance d’une identité, l’apaisement des liens à plusieurs.

Like

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *