L’épouvantable Noël du vieux monsieur barbu tout de rouge vêtu : Ou le jour où le Père Noël cessa de croire aux enfants sages et obéissants

Titre : Ludovic Huart
 
Toutefois, malgré ces tumultueuses péripéties, ce que le Père Noël redoutait le plus, c’était le moment où il devait barrer le nom d’un enfant dans un grand cahier comme il le faisait chaque année lorsqu’un enfant avait fini de croire en lui, mais cette année-là, quand le vieux monsieur barbu tout de rouge vêtu se réveilla le matin de Noël, il se rendit compte qu’à son tour, il avait cessé de croire aux enfants.

 

Savez-vous, il y a eu noël.
Il est passé.
Je peux me remettre maintenant, je peux être malade et tout vomir, je peux me soigner et stabiliser mon estomac, je peux guérir. Je suis chez moi.

J’ai retrouvé ma sécurité.

Prince, mon petit Prince, il voulait un vrai noël. Qu’il aille se coucher, et que le matin les cadeaux soient sous le sapin. On ne lui a même pas expliqué que nous le fêtions le 24 et non le 25, tant jamais nous ne l’avons fêté le jour en question. Je n’arrive même plus à savoir si on doit le faire le 24 au soir ou le 25 à midi ou le soir, je ne sais plus la réelle date. Mais je pense que la date importait peu, ce qu’il voulait, c’était se lever, voir les cadeaux et les ouvrir.
Ma belle-maman a fermé son visage. Parce que quand même, on va pas commencer à bousculer je sais pas quoi et que le matin y’a des gens qui dorment, et que le soir y’aurai du monde qui dormaient dans le salon, et que ben non et que et que.. et bien je ne sais pas. Faire plaisir à son petit-fils, ça ne l’a pas emballée plus que ça. Et comme c’est mon enfant, j’étais bien décidée à prendre le contre-pied. Je ne suis guère.. malléable. Aussi le soir du 23 nous avons disposés les cadeaux. Nous voyant faire, d’autres ont suivi, avant de se coucher. Pas tous.

Le soir/nuit de l’anniversaire de mon beau-papa, bien du monde dormait sur place. Toutes les pièces hormis la salle de bain étaient occupées, et quand ma belle-maman nous a dit que dormiraient dans le salon un couple et dans la salle à manger une personne, j’ai posé la première question qui me soit venue à l’esprit, là, tout de suite : et comment gère-t-on les enfants le matin venu, qui eux n’ont pas fait fête et qui donc devrait ouvrir les paupières vers les 6h30/7h ? Et j’ai eu l’impudence de proposer que les trois personnes dorment dans le salon, ce à quoi je comptais ajouter qu’on pouvait mettre un canapé entre les matelas pour un peu d’intimité. Je n’ai pas eu le temps qu’elle m’a agressé.
(Je l’ai déjà dit, que j’aimais beaucoup ma belle-maman ? Et pourtant régulièrement, j’aime beaucoup ma belle-maman.)
Elle m’a fait comprendre sans le dire ainsi, que ce n’était pas son problème et que les invités étaient prioritaires. Elle était fâchée. Pas autant que moi.
Je l’ai tellement mal pris que je suis partie me coucher, comme ça, parce que la bouffée de colère que j’avais, j’ai escompté que ce n’était pas une formidable idée que de la laisser sortir.
Et donc les enfants n’avaient pas de place. C’est terrible comme rapidement je me sens moi, sans aucune place. C’est là l’une de mes plus grandes difficultés d’adulte, trouver ma place au milieu des groupes de personnes. Qu’on y mêle mes enfants, et l’envie de mordre est brutale..
Mais ma colère, je l’avais encore au matin. Et quand Prince s’est levé vers 7h30, après un Hibou malade (gastro depuis 3 jours, ô joie), je me suis levée également ne sachant où envoyer mon fils. Et c’est là que j’ai croisé ma belle-maman, tout sourire un peu gêné « c’est bon vous pouvez venir ». Non, sans rire. Parce que vraiment, elle pensait que j’allais faire quoi d’autre ? Il se trouve que Hibou a du coup plus ou moins réveillé le petit monde de la salle à manger et que nous avons terminé de faire se lever celui du salon. Et puisque les gens étaient réveillé n’est-ce pas, les enfants avaient soudain une place eux aussi.

J’ai fait descendre ma colère et j’ai senti mon estomac se soulever.
J’ai mis un petit moment à obtenir de mon corps de ne pas être malade, et puis finalement c’est rentré dans l’ordre. Je n’ai fait aucun lien avec ma colère, c’est en écrivant que je le fais.. que je suis triste, vraiment, de ne pas savoir à mon âge, me préserver et préserver mes enfants.. Quand donc saurai-je ?

Depuis que nous étions là, mon corps me lâchait (je ne voulais pas être là), et c’est dans le brouillard et percluse de douleurs que j’étais le plus souvent, dans un fauteuil avec ma bouillotte. Une grande solitude pour moi, à la fois soulageante tant je n’avais pas envie de parler aux gens et en même temps me rendait triste. Je n’ai fait que croiser Blanche sur tout le séjour, tant nos enfants ou nous mêmes étions malades.
Alors quand le matin du 24 les gens ont commencés à se lever, les enfants à tourner autour du sapin et d’autres ont continué à dormir (et donc empêchant par là l’ouverture des cadeaux), j’ai lâché-prise. L’épuisement de nos nuits avec Hibou qui passait son temps à vomir conjuguée à ma propre maladie qui voudrait que j’ai un sommeil d’une perfection inatteignable, j’ai décidé du matin d’aller me recoucher, sans grand espoir de quoi que soit autre que celui de me retrouver dans mon silence. Le plus surprenant est que je me suis endormie, profondément, longtemps.

A 11h30, LeChat est venu me réveiller et je me suis retrouvée particulièrement grognon quand il m’a dit dans mon demi-sommeil, « tout le monde est réveillé on va ouvrir les cadeaux ».
Non seulement chacun a trouvé normal de me réveiller, non seulement je ne me suis pas retrouvée inclus dans ce « tout le monde » qui avait dormi si tard, mais je n’étais pas la seule à dormir.
Hibou s’était endormi, épuisé.
Nous étions donc deux personnes, à ne pas compter. Joyeux noël.
Je me suis levée, dans un brouillard mortel et avec l’envie de mordre.

Je n’ai rien suivi de l’ouverture des cadeaux, je n’arrivais pas à me sortir de mon sommeil. Prince, éploré, est venu tristement me dire tout bas, « il n’y a plus de cadeaux ? ». Il en a eu 4, quand sa cousine en ouvrait encore d’autres, et aucun des jeux n’étaient jouable seul ou dans l’immédiat. Sa maman en avait apporté un (je n’ai pas pensé à le faire) et j’ai moi même fait plusieurs cadeaux à la petite (dont un que j’ai oublié ici.. boulette sur pattes que je suis), ce qui a créé un déséquilibre. Il a eu par ex une magnifique cabane en carton à colorier, mais qu’on ne pouvait monter là sous peine de ne pouvoir ensuite la remporter à la maison, etc etc. Heureusement que Blanche avait prévu cette possibilité et offert à Lutine, des petites figurines dinosaures, avec lesquelles les enfants ont pu jouer ensuite..

J’ai eu du thé. Que je n’arrive pas à boire tant je suis malade, mais je crois que j’aimerai. L’autre est un non-thé dont le nom me reste inattrapable, étrangement. J’ai aimé sur le moment, et puis il dispense tant de gras dans le bol que je doute finalement de l’aimer.
Et puis un très beau livre de ma sœur, que je lirai bientôt, à estomac reposé et l’esprit clair.
Noël est petit cette année, mais peu encombrant, et de cela je ne m’en plains pas.

Prince m’a dit plus tard, que ce n’était pas un vrai noël et qu’il était triste. Il n’a pas pu ouvrir le matin au réveil ses cadeaux, et depuis des semaines/mois on lui disait « non on va pas acheter tel truc, tu vas avoir plein de cadeaux à noël ».. Pas de méprise, il a été gâté et ses cadeaux sont très ciblés et adaptés. Mais il y a quelque chose de la magie de noël qui n’a pas été présente pour lui, dans l’attente qu’il en avait. J’en suis très triste.

Lutine elle, a trouvé que c’était son plus beau noël. Et ce malgré qu’entre chaque cadeau, la pauvre gamine courait aux toilettes pour vomir.. il faut être un enfant, pour n’en rien retenir et trouver le tout magnifique. J’ai raté le moment où elle a découvert son écharpe, et cela a ajouté à ma tristesse.

Hibou s’est levé à la fin de l’ouverture des cadeaux. Pleurant, gémissant (il avait un début d’otite que nous n’avions pas encore diagnostiqué), grognon, se moquant complètement de tout ça. C’est donc sur la longueur, que petit à petit, il a ouvert ses 4 cadeaux. Et malheureusement, le dernier lui a fait particulièrement peur et il a refusé de l’ouvrir plus, c’est donc LeChat qui s’en est occupé. C’est plus ou moins le moment qu’à choisi ma belle-sœur pour me dire sourcils froncés et l’air agacée « Mais vous n’ouvrez pas ses cadeaux ? »
Alors.
Je ne sais comment dire diplomatiquement, à quel point j’ai failli lui rentrer dedans.
En un quart de seconde, plusieurs choses me sont passées par la tête. Comme le fait par ex, que noël avait été fait sans lui, qu’il dormait, que personne ne l’avait attendu. Que non, je n’ouvre pas les cadeaux de mes enfants à leur place, quel que soit leur âge, quel que soit le temps que ça prend. Que je me fiche de l’attente des autres. Que je me fou éperdument de son avis sur la question. Et partant de ce principe là, je lui ai répondu qu’il les ouvrait merci. J’ai pris sur moi, parce que j’ai trop en tête les noëls dans ma famille.
L’affreux singe qui bouge tout seul, fait un boucan d’enfer, qui a fait si peur à Hibou et qui s’est pris de grands coups de pieds de sa part, c’était d’elle. J’avoue que quand je l’ai vu, j’en aurais bien fait autant.. parfois j’envie les enfants qui n’ont aucune idée de la bienséance et des bonnes manières..

Et puis il y a eu le repas de midi.
Et ce qui la veille m’avait paru si délicieux, m’a soudain fait l’effet de quelque chose de plus lourd, plus difficile. Car nous n’allions pas perdre tous ces restes, ce que je comprends parfaitement. Et si le midi je l’ai compris, le soir m’a été tout simplement indigeste. J’ai mangé quelques fourchetées de mon assiette et j’ai abandonné. Indigeste, vraiment. J’ai eu envie de vomir cette richesse, ce gras, cette lourdeur. Je suis partie me coucher l’estomac vide et pourtant lourd, dès que LeChat a eu fini son propre repas, avec une impuissance et une tristesse infinie, et en filigrane l’impression d’avoir perdu ma meilleure amie. Je me suis raccrochée sur ces plusieurs jours passés là-bas à se louper, au titre du livre qu’elle m’a offert en me disant qu’il n’était pas possible de ne pas l’entendre et que tout devait aller bien. Une amie pour la vie.

Le lendemain je me suis levée avec de violentes nausées, que j’ai calmé.
Le soir en rentrant dans ma chère maison et la nuit qui a suivi, je n’ai pas dormi. J’ai évacué toute ma colère, ma frustration, ma tristesse, mon désarroi et mon ras le bol de noël, en vomissant heures après heures.
Au petit matin j’étais vaseuse, mais chez moi.
En sécurité.
Je reste vaseuse, mais ne suis plus malade.

Et j’espère avoir cette fois retenu, que lorsque je ne souhaite pas me rendre quelque part, je ne dois pas y aller.
Même si je ne me fais guère d’illusions.

Et même si finalement, tout était bien plus compliqué que ça, que trop de choses que je ne pouvais maitriser étaient en jeu, que ne pas avoir le droit de tomber malade était le principal symptôme que nos enfants ont fait remonter à la surface. Et que jamais, jamais, je n’aurais du manger ce repas, la pression y était bien trop forte.

Je fatigue des inconscients des autres comme du mien.
 

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4 commentaires sur “4”

  1. J’en aurais des choses à dire sur Noël … mais c’est trop long, trop fouillis, trop enfoui ou trop à fleur de peau, je ne sais.
    Pour la deuxième année nous avons passé les 24 et 25 à la maison, tous les trois. Pas réellement par choix, mais faute de meilleure option et d’envie partagée de … partager ces jours-là justement, je me dis que cela va devenir notre choix, et plus notre « par défaut ».
    J’en avais été très triste et même angoissée l’an dernier. Un deuil à faire. Et puis je regarde ce que je souhaite (un Noël en famille, et rieur, sans pression, sans mesquinerie, en toute authenticité et bienveillance les uns avec les autres) et ce que je pourrais obtenir en « bataillant » (un Noël en famille certes, mais plein de non-dits, de reproches, de regrets ensuite). Je fais le deuil, oui, mais d’une illusion.
    Cette année, c’était plus serein, pas encore joyeux, mais doux.
    L’année prochaine nous serons encore mieux, je pense.

    Ta photo est magnifique. Je l’encadrerais bien au-dessus de mon bureau.

    1. Terrible ce que nous avons tous quelque chose à dire sur Noël..

      Je dois dire, ne rester qu’entre nous serait d’une plus grande simplicité, mais je pense que ce serait assez mal pris en face vu que pour certains c’est devenu le seul moment de l’année où l’on se voit..

      C’est ça, le deuil d’une illusion..

      Comment fais-tu avec la famille, pour les cadeaux ?

      Merci pour la photo 🙂 Elle est en petit format là, mais je verrai à te l’envoyer en grand si tu veux ?

  2. L’impression que tout cela était *trop* pour ta belle-maman… ne sait pas/plus gérer un tel événement, tant de monde et de complications pour gérer au mieux, plus d’énervements et de tensions que de plaisir… non ?

    J’aimerais revenir davantage à l’essentiel aussi. Quand je te lis (4 cadeaux), je repense à l’ouverture des nôtres hier et au nombre de cadeaux qu’ont reçus mes nièces… qui malgré tout n’avaient même pas l’air si en joie que ça… soupir.

    Mention spéciale pour Lutine 😉 et j’espère que les choses se sont éclaircies avec Blanche ♥

    1. Je n’ai pas pris le temps de tout expliquer. Mais en résumé rapide, ma belle-maman ne laisse pas de place aux personnes malades, enfants inclus, à part pour sa dernière fille qui d’une manière très inconsciente, en profite particulièrement. Pas de place, donc pas de patience pour la gestion.

      En fait, je n’ai pas très bien retranscris. Prince a été ravi de ses cadeaux et il en profite chez nous avec beaucoup de bonheur : chaque soir après le repas, il colorie sa cabane en carton avec une fierté dingue, par ex. C’est devenu un rituel. Et il est dans un état d’excitation proche de l’extase, dans son expérience de faire naitre des triops.
      Il est ravi, heureux, et il profite de chacun de ses cadeaux. Ils ont été super bien ciblés.
      Je ne sais comment, Prince s’était fait une idée précise de ce que devait être noël, et comme tout idéal trop haut placé, ça n’a pas été à la hauteur de ce qu’il avait en tête : c’est cela, sa déception. Nous n’avons pas pu par ex, le faire le matin dès le réveil.. Ce sont des petits deuils, qu’il m’attriste qu’il fasse à seulement 5 ans et demi..

      Oui 🙂 On a réussi à se parler au tel sans être interrompues et on a parlé comme ça faisait bien longtemps qu’on ne l’avait pas fait ^^

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