Il suffit d'un mot

Les larmes de l’assassin

Titre : Anne-Laure Bondoux, Alberto Bevilacqua
 
« Comme il est difficile de vivre, se disait Paolo. Et comme tout est compliqué, tordu, torturé, comme les arbres secs et morts de la pampa. »
Tout en marchant, il touchait dans sa poche le bonbon jaune porte-bonheur du bout des doigts. En un sens, on pouvait penser qu’il lui avait vraiment porté bonheur, puisque Angel et lui quittaient Punta Arenas libres et riches… Mais, tout de même, il doutait des pouvoirs du bonbon. Le bonheur ne devait pas tout à fait ressembler à une cavale dans la nuit froide au bord d’une falaise qui s’effrite et pardessus laquelle on risque à tout moment de tomber. Le bonheur, s’il existait, devait plutôt ressembler à la moquette de la banque, au chauffage, à la brebis avec sa toison épaisse et douce. Ce devait être un père, une mère qui sait prendre son fils dans ses bras.

 

Adieu tristesse by Arthur H on Grooveshark

 

Le temps me court après, comme tout autour de moi. Je ne sais pas gérer les choses autrement que les unes après les autres, je ne sais plus mener de front plusieurs tâches.
Je pense que je vais bien. Ou mieux. Oui, c’est cela, mieux.

Je continue de passer derrière les horreurs de la maitresse. Non Prince, un enfant pas sage ne peut pas rester seul la nuit dans l’école. Non, un enfant ne fait pas un coloriage de cochon. Non encore et encore, elle n’a pas le droit de mettre du scotch sur la bouche d’un enfant. Prince angoissé, commence à comprendre que la maitresse ment. Ce sont ses mots, qu’il a placé suite à mes explications. Il apprend que les adultes ne sont pas fiables, et cela n’est pas un mal c’est certain.. mais bordel..

J’écoute une maman parler de la maitresse de son fils, et je relativise la notre. Le petit de 3 ans est isolé dans le couloir, jusqu’à ce qu’il arrête de pleurer parce que sa maman est partie. Et comme cela ne fonctionne pas, maintenant elle le met dans le dortoir, dans le noir, seul. J’ai pleuré en moi, longtemps. La maman perdue culpabilise, c’est de sa faute si le petit pleure le matin et elle bouscule son enfant, lève la main. Le papa engueule le soir l’enfant, qui a pleuré le matin, lève la main. La maman va aller voir un psy pour son enfant, pour qu’il s’adapte et arrête de pleurer.
La maitresse ? Oh.. elle doit avoir raison.. Sa voisine a retiré son propre enfant, pour maltraitance ? Oui certes. Mais quand même. Il pleure et c’est de sa faute, elle le couve trop.
Je pleure.
On apprend à cet enfant la toute puissance des adultes, la normalité de la violence. A baisser la tête.
J’ai le cœur lourd, je discute avec cette maman toutes les semaines. Je ne suis pas prête de lâcher ce poids là.
Le petit non plus.

J’ai géré en parallèle, une amie incroyable que j’ai admiré quelques temps sans pour autant l’idéaliser mais avec une grande envie d’atteindre sa patience. Je trouvais tellement impressionnant, quelle reformule les émotions de son enfant avec une telle clarté.. Et puis je me suis rendue compte que lorsqu’elle dit à son fils de 3 ans « tu es en colère parce que.. », elle pose un fait, ce n’est pas une question. Elle analyse certes bien, mais ne lui laisse aucune possibilité d’exprimer d’autres émotions en parallèle, pas d’ambivalence possible. Que sa petite de 6 mois, portée en écharpe, n’a aucune liberté malgré ses demandes, pour explorer le monde autour d’elle. Elle la garde contre elle, cette petite demoiselle sourire. Alors quand je l’ai dans mes bras pour que la maman aille aux toilettes, je la laisse assise à côté de moi et elle explore, avide, les couleurs, les jeux, les textures.
Je ne juge pas, non, j’y suis très attentive. Mais je m’inquiète de cette ingérence systématique de mon amie, de sa manière de tenter de me faire faire telle ou telle chose. D’imposer.
Je ne supporte pas que l’on me dise quoi faire, et elle ne l’a pas encore compris.
C’est dommage, cette difficulté que je vois poindre, quand pour une fois quelqu’un a la même direction, le même respect avec/pour les enfants. J’ai refusé d’être manipulée, d’imposer ma vision à la maman qui lève la main. J’exprime, je pleure en moi, mais je ne suis pas la bonne personne pour tenter un matraquage. Chacun ses choix.

Cette semaine nous avons également géré l’hyperactivité de Prince, revenue à un point insupportable. Cela nous a rendu dingue, jusqu’à ce que LeChat réalise qu’il mangeait de nouveau beaucoup, beaucoup de sucre, le petit ayant décidé de manger des gâteaux aux repas. Fin des gâteaux, il entend de nouveau quand on lui parle.
C’est terrifiant et épuisant à vivre.

J’ai croisé une maman dont la petite fille est hyperactive, elle hurle sur la petite et la gamine court plus loin, inatteignable. Je lui ai parlé de nos divers essais (gluten, magnésium..), chaque enfant étant particulier, et de notre réussite sur le sucre. Sceptique, elle m’a dit du bout des lèvres qu’elle essayerait.
Elle n’essayera pas.
Je crois que la petite lui permet d’exprimer sa colère.

Je me suis remise à la cuisine, et j’ai offert à ma voisine (celle avec enfants et énorme chien) qui nous a si gentiment donné deux petites peluches identiques devenues pour nos enfants un doudou précieux (nous avons perdu celui de Hibou retrouvé le lendemain, et elle nous en a offert un autre pour remplacer, au cas où cela se reproduise), j’ai donc pour remercier fait une galette des rois. Quand elle a su que c’était fait maison, ses yeux se sont illuminés et ce fut très doux pour moi de lui avoir fait ce plaisir. Elle était sans fève (n’en ayant pas), ce fut ma petite déception, mais ce sourire fut un baume.

Je me suis remise à la cuisine, et cela me fait du bien. Soupes diverses, feuilletés au fromage, galette des rois, petits gâteaux aux amandes.. et je refais mon site de cuisine sur mon espace. A mon rythme.
Je suis lente, je ne fais qu’un repas par jour, mais je crois que j’y cherche et y trouve l’apaisement.

Cette semaine fut épuisante, enrichissante, angoissante.
J’ai besoin d’une petite île, être dans le silence et m’écouter pleurer.
Simplement pour m’apaiser.
Me poser.
Avec simplement la douceur des rayons de soleil sur la peau.
L’image même me fait sourire, j’attends le printemps.

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