Il suffit d'un mot

Jeudi révélation, 1

Je ne sais pas trop quoi écrire en ce moment, très prise par beaucoup de choses et très fatiguée, alors je me lance dans les choses jamais dites/faites. Ça relancera un peu mon blog 😉

Je devais avoir 18 ans. Passionnée par la seconde guerre mondiale (j’ai du y avoir une vie antérieure), je lisais tout ce qui s’y rapportait, allant parfois à lire des pavés de plusieurs tomes de plus de 1000 pages. Une grande histoire, mon amour des livres et ma fascination des camps de concentration, des rafles, des étoiles.

C’était l’été, et je passais deux semaines chez une amie que je connaissais depuis la 6èm, une amie réellement connue pendant une seule année puisque j’ai déménagé ensuite. Nous avions gardé toutes ces années une correspondance étroite, où nous nous échangions nos timbres et nos plaintes parentales. Nous nous connaissions comme deux personnes qui entretiennent les mots à distance. Mal.
Je ne la connaissais pas.
Je ne me sentais bien chez elle que parce que j’étais de retour dans ma ville, celle où j’ai grandi, que j’ai vu changer, bouger, se construire. Où habitait mon premier amour de mes 6 ans, Sébastien, que j’ai croisé à cette occasion, sur un échange de regard qui avec mes 12 ans de plus à fait rebattre mon cœur. C’est étrange, les sentiments..

Je m’ennuyais prodigieusement, mon amie était aussi éloignée de moi qu’il était possible de l’être : sans écoute, dans un racisme classique, dans le jugement, avec des idées très arrêtées, critiquant tout. Je ne me sentais bien que lorsque je marchais seule dans ma ville, où quand elle se taisait (ce qui est fort peu charitable).

Un jour qu’elle est allée à la bibliothèque sous des « ooooh ce que tu as changé Ambre » de la part des Dames, j’ai pris un livre sur sa carte. Je sais aujourd’hui que lorsque ce livre est emprunté, on est fiché à la BNF, mais à l’époque c’était le genre de choses que j’ignorais totalement, et qui ne m’intéressait pas le moins du monde. Qui ne m’intéresse toujours pas davantage, soyons honnête. J’aurais peut-être juste hésité à le faire sur une carte qui n’était pas la mienne.
J’ai pris le livre, je l’ai ouvert, et je l’ai lu dans son intégralité le plus rapidement possible tant c’était abjecte, lourd, pénible, décevant. Oui, décevant. Je parle du style littéraire, pas du contenu. Parce que j’en attendais au moins un style, pour que toute une génération et tout un pays, tue pour lui. Non seulement le contenu était à vomir et de plus mensonger sur ce qui le touchait lui (il aimait beaucoup se mettre en avant et donc arranger les faits), mais c’était illisible et brouillon. Un torchon.
J’avais 18 ans et manquait complètement de sens critique, mon avis n’ayant jamais compté. Je n’ai donc guère pu en parler, à l’époque, et mon amie était choquée par mon envie de lire cette chose (je n’y voyais qu’un complément sur ma culture, pouvoir parler de ce que je connais et non de ce qui m’est étranger).. Mais sachez-le, Hitler était aussi mauvais en dessin qu’en écriture.

Voilà.
J’ai lu Mein Kampf.

6 Comments:

  1. J’ai réussi à faire un mémoire de maîtrise sur la littérature concentrationnaire en me tenant à distance du torchon, mais les quelques extraits que j’ai eus sous les yeux, beurk.

    Et pareil : comment ce ramassis merdeux a-t-il contribué à détruire autant de vies ?

    1. Et bien je ne sais pas. A part la bêtise humaine, je veux dire.
      J’ai lu pour comprendre, j’avais encore plus de questions après.. C’était certes un très bon manipulateur et meneur, mais tout de même. Ce livre, faut se le farcir. Parce que admettons qu’on adhère à l’horreur des propos, ça reste un brouillon illisible et chiant.
      Vraiment.

      Le livre va tomber dans le domaine public l’année prochaine. Je trouve que « tomber » correspond bien..

      1. Disons que le livre est intéressant à trois titres, voire quatre.

        1. Le passage sur la propagande est passionnant : « Une affiche doit faire appel très peu à la raison et beaucoup à la passion. » Je cite souvent cette phrase d’Hitler en cours, parce qu’elle sert de point de départ à beaucoup de choses, à commencer par la justification de la philosophie, qui apprend justement la raison pour combattre la passion. Hitler était un excellent orateur, certains de ses opposants sortaient de ses discours en étant quasiment convaincus de le suivre ; cela demandait un certain charisme, mais également l’utilisation de techniques de communications bien rodées qui restent d’actualité. Etudier cela permet de démonter beaucoup de mécanismes passionnels ; or, encore une fois, c’est la passion qui pousse dans les extrêmes, pas la raison.

        2. C’est un document historique quasiment unique ; nous n’avons pas tellement de sources de première main.

        3. Le livre pose la question de sa réédition. Personnellement, je suis pour et j’espère que la nouvelle édition allemande sera traduite en Français et librement diffusée.
        Car le livre va tomber dans le domaine public et tout le monde pourra en faire ce qu’il veut. C’est dangereux car, à l’instar d’autres ouvrages tel que le Coran (dont il existe pléthore d’éditions apocryphes diffusées dans le seul but de convertir à la guerre sainte), si il n’existe pas d’édition officielle permettant de dire que le livre en question est ça et pas autre chose, cela fera forcément du dégât.
        En outre, la réédition allemande sera commentée, avec explications historiques et explication de texte. C’est important pour la compréhension : dire aux lecteurs qu’il s’agit ici du texte original et scientifiquement validé et en plus leur expliquer ce qu’ils lisent et quelles ont été les conséquences afin qu’il n’y ait aucune ambiguïté.
        Ce n’est pas par la censure que l’on éduque, mais bel et bien par la vérité crue. (Testé avec succès sur mes élèves qui ne sont pas près d’être racistes, drogués ou lecteurs de Nothomb.)

        4. Il réhabilite (un peu) le style de Palahniuk. 😛

        1. Je te rejoins complètement. Un personnage particulièrement doué (le genre qui aurait vendu du sable dans le désert), qui avait tout compris à la manipulation (des masses comme individuelle).

          Oui ça doit bien faire un an que je vois les gens s’énerver sur cette histoire de domaine public. Je ne savais pas par contre, que l’Allemagne prévoyait une réédition aussi documentée, je serai intéressée à la lire (j’ai toujours été passionnée par la 2nde guerre mondiale). J’espère qu’il y aura une traduction française..

          De toute façon, c’est quand on commence à interdire les choses que les problèmes arrivent. Depuis le temps, ça devrait être compris.

          Je n’ai pas réussi pour l’instant à lire Palahniuk, à la première page j’ai changé de livre et suis partie lire « pourquoi pas ? ». Je suis persuadée d’avoir eu raison 😛

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