Titre : Hergé
 
Le Maharajah dit au fakir :
– Voilà, prenez place…
Le fakir s’assoit sur un coussin :
– Aïe !!! Ah ! je comprends, ce sont des coussins… Excusez-moi j’ai la peau tellement sensible…

 

Petite fille, je ne savais pas marcher. Sans tomber, me faire mal, me faire une entorse (même en marchant pied nu), me faire un bleu. J’ai eu tellement d’entorses que je n’ai jamais pu les compter, tellement de bleus que j’ai été taxée de maladroite.

Je suis maladroite. Et j’ai tout le temps mal quelque part. C’est ma maman qui me l’a dit. Et cela a bercé toute mon enfance, cette maladresse et cette douleur que je ne pouvais exprimer sans me faire envoyer promener. Je ne me souviens pas des douleurs, mais de la phrase, récurrente, violente. Et mes jambes pleines de bleus, tout le temps. De cette table basse que je me prenais sans arrêt et qui me marquait le corps.

C’est normal, d’avoir des bleus quand on se cogne. Je marque juste un peu plus que la moyenne des gens, y’a pas de quoi fouetter un chat. Et puis c’est comme ma mère. Elle a des bleus, elle aussi. Et elle a de vilaines cicatrices, quand elle se blesse. C’est comme ça.

Un jour que je faisais le ménage, mon pied a heurté violemment le montant du lit en bois. Mon pied est devenu noir en quelques secondes, des orteils à la cheville. Lors de la radio, rien n’était cassé et le médecin, jeune homme très beau et tout à fait à mon gout, insistait sur comment je m’étais fait ça. Tellement beau et tellement insistant, S. a dit qu’il m’avait draguée. Ça nous a bien amusé pendant plusieurs jours.

Un soir d’été que nous étions dans un bar avec des amis, E. a heurté mon pied au moment où je le bougeais. Nos deux forces conjuguées m’ont arraché un cri de douleur, et le temps de soulever ledit pied à la lumière, il y avait un énorme bleu/noir étendu sur la surface. Je me souviens encore de yeux exorbités de E. et S., tant cela avait été rapide à se former.

Quand on m’a opéré des dents de sagesse, non seulement j’ai eu le visage noir sur l’intégralité de la mâchoire, mais j’avais également l’empreinte des pouces du chirurgien sur mon menton. Qui n’avait jamais vu ça, que ça a perturbé longtemps. Et comme c’était mon dentiste, j’y ai eu droit un moment. Je suppose qu’il a eu l’impression de m’avoir fait de la maltraitance. Et ça donnait vraiment cette impression, dans la rue les gens me prenait pour une femme battue. Si j’avais pris des photos et porté plainte contre mon homme, j’aurais été crédible.

A noël, j’ai montré un énorme bleu, en réalité noir, sur ma hanche. Ma belle-maman a sauté au plafond et m’a demandé si je l’avais montré à un médecin. Je l’ai regardée avec d’énormes yeux, non sérieusement, il lui prenait quoi pour qu’elle veuille que je montre ma maladresse, même si je n’avais aucun souvenir de m’être cognée, à un médecin qui allait me dire, forcément, que bon, la prochaine fois faudrait regarder où je vais ? Je suis maladroite, pas de quoi rameuter les médecins, j’ai assez honte comme ça merci.

Actuellement, j’ai de gros bleus sur les cuisses et les mollets. Je me souviens très vaguement mettre cognée et pas du tout pour d’autres, mais ils font mal donc forcément, je me suis pris un meuble.

C’est en lisant un blog que je viens de découvrir, où j’ai eu l’impression de lire mes journées de douleurs et d’épuisement d’une jeune fille de 17 ans pas du tout fibromyalgique, que je me suis pris en pleine tête que mes bleus avaient une certaine anormalité jamais identifiée.

Ça explique m’a (soit disant ?) allergie au soleil, pourquoi j’ai mal quand il fait froid, pourquoi j’ai froid tout le temps tout le temps tout le temps même en été, pourquoi ça a explosé en symptômes vers mes 15 ans, les entorses répétées à diverses articulations (au point que j’ai été interdite de sport jusqu’en 2nde), pourquoi je suis si souple (un médecin m’avait dit « c’est pour ça que vous souffrez, vous êtes trop souple ». Elle m’avait aussi dit « ah mais vous êtes une fausse maigre ». Salope.), les reflux réguliers, le fait que je ne suis pas capable d’entendre quelqu’un qui me parle si y’a du bruit autour ou d’autres conversations (et bordel c’est pénible de faire répéter), pourquoi la chaleur me fait du bien, pourquoi j’ai si mal aux articulations, l’épuisement au point de ne pas pouvoir ouvrir un œil en pleine journée. Et tant d’autres, encore, qui sont en liste.

Et j’ai très envie de conclure par le fait que je ne suis pas fibromyalgique, là comme ça, que j’ai la sensation que cela n’a aucune importance de changer de nom de maladie, que c’est un nom pour un autre, que c’est pas plus joyeux, incurable, et que j’ai raison de me battre contre les béquilles dans la maison, d’attendre quand mon corps veuille bien marcher, d’avoir envoyé chier fauteuil et béquilles parce que la dépendance très peu pour moi et que je suis une tête de mule, et de vivre mes journées et mes nuits avec une bouillotte.

Le plus étonnant dans l’histoire, c’est que cela ne m’inquiète même pas.
Je me demande simplement si cela vaut le coup de me battre avec un ou des médecins, pour une maladie inconnue d’eux, orpheline et génétique.
Je n’ai pas encore tranché.

Et puis bon.. c’est normal, d’avoir des bleus quand on se cogne.

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6 Comments:

    1. Bah tu as entièrement raison 😉
      En ce moment, je sais surtout ma fatigue. Je dois voir mon médecin le 13, je lui en parlerai sans doute. Et on verra.

  1. ddc

    Euh… est-ce que tu pourrais me donner le nom ? Nan parce qu’il y a quelque chose qui me chipote, là !

  2. ddc

    Oui et oui, et pareil pour les entorses, les conversations avec bruit de fond, les douleurs aux articulations, l’épuisement, et d’autres symptômes que je retrouve dans tes liens que je commence à lire ! :-s

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