Procrastination

Titre : Terry Pratchett
 
Les questions ne sont pas obligées d’avoir du sens (…). Mais les réponses, si.

 

Je crois que j’ai lâché prise.
Je me méfie parce que je commence à bien me connaitre, avec mes extrêmes d’un moment à l’autre, mes angoisses soudaines quand tout va bien et mes pas de danse quand je viens de dire que j’étais au bord du gouffre.

Mais tout de même, il y a quelques indices troublants qui me font croire que j’ai lâché prise sur l’air que je respire.

Nous devions partir 5 jours, Prince étant en vacances et LeChat ayant posé ses jours, il y avait un anniversaire à fêter, de belles choses à offrir, une amie à serrer fort et j’avais gardé le silence sur ce voyage ; je n’y croyais pas, je crois. Je ne l’ai pas vu, ce départ, je ne l’ai pas senti dans mon corps, je n’ai pas anticipé les heures de route, j’ai laissé venir les jours sans rien préparer et j’ai attendu en me disant qu’il serait toujours temps, pour les bagages.
Pour autant je n’ai pas attendu la tuile, ce qui ne l’a pas empêchée d’arriver.

Et donc la grippe s’est invitée la veille du départ, et nous y sommes toujours. Et si au départ j’ai dit « oh on a la semaine, on y arrivera » même si les mots me plaisaient, je ne m’y suis pas accrochée. Ce n’est pas seulement que je n’y crois pas, c’est que simplement, j’y verrai bien.
Voilà. J’y verrai bien.

Prince, entre sa fièvre et ses longues siestes, ne mange plus vraiment. En trois jours il a bu une moitié de verre de lait, mangé quelques chips et un bonbon. C’est pas glorieux. Et quand il est venu me voir en me disant qu’il avait mal au ventre, je lui ai expliqué que sans doute, son corps avait besoin de manger mais que c’était à lui de voir, lui qui savait ce qui pouvait entrer dans son corps. Et je suis passée à autre chose.
Il est parti manger un yaourt.
Je ne me suis même pas réjouie, je n’ai pas sauté au plafond, je ne lui ai pas tourné autour. J’ai noté l’info, et je suis passée à autre chose.

J‘ai jeté cette après-midi, les deux petites cuillères en vermeil de ma grand-mère, dont celle avec laquelle j’ai mangé toute mon enfance au point qu’elle était usée sur le bout et qui portaient par un hasard extraordinaire, mes initiales.

J‘ai vidé les tiroirs de tout ce qui encombrait l’espace vital de ce qui doit y rester, et je l’ai jeté.

J‘ai compris que certaines de mes angoisses, mes ruptures avec ce que je suis, provenaient d’un grand manque de sommeil, pour autant je laisse le sommeil et mon inconscient se débrouiller avec l’info ; j’ai dormi 11h30 la nuit précédente, quasiment rien la suivante. On ne va pas se fâcher pour si peu. Je peux plus facilement repousser les idées noires, le sachant et c’est ce qui est important dans la compréhension de mon fonctionnement.

Je sais que je peux lier tout cela à la recherche imprévue que j’ai faite, à la découverte incongrue des bleus/noirs et de ce corps que je connais si mal, de cette maladie incongrue possible et inconnue. Je n’ai aucune prise sur mes journées, aucun moyen de savoir si je vais bien dormir, si je vais pouvoir tenir ma fourchette ou tenir une discussion sans brouillard. Et je crois que j’ai pris conscience que ce n’était pas important. Je ne sais finalement pas plus, si je serai renversée par une voiture en sortant de la maison ou si le téléphone va sonner.

Je ne sais pas. C’est normal, de ne pas savoir. Je ne peux pas contrôler la journée ni ses habitants ni mes douleurs.
Je lâche complètement prise.
Je l’espère.

Et c’est dans cette magnifique chute libre des évènements, que Prince a décidé de vivre ses nuits pleinement et avec réussite, en toute liberté.
Sans couches.

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