Il suffit d'un mot

T’es où ?

Titre : Maurizio Ferraris
 
Partout (ubiquité) on peut te trouver, et toi seulement (individualité) Et c’est réellement là une transformation de taille. Avant, on sortait de chez soi, et l’histoire du téléphone s’arrêtait là. Tel n’est plus le cas maintenant. Où que tu sois, on peut te trouver. Donc, si on te cherche et qu’on ne te trouve pas, si le téléphone cellulaire est éteint, cela veut dire quelque chose.

 

Mon téléphone perd très rapidement de la batterie, et cela ne me gêne pas plus que cela : je ne m’en sers pas spécialement. Quelques textos par-ci par là, beaucoup quand LeChat est au travail, une fois tous les 4 mois un appel je ne te vois pas sur le parking t’es ou?, la vie de mon téléphone n’est pas trépidante.
Je reçois quelques appels dessus, quand Blanche croit appeler sur le fixe ou que je n’y réponds pas, quand LeChat me cherche dans un grand magasin ou que mes beau-frère/belle-sœur cherche à me joindre. Pas beaucoup plus. Les gens que j’aime savent mon aversion pour la chose (j’entends mal, au téléphone), passent le plus souvent par mails.

C’est ce qui fait que le plus souvent, mon portable n’a que peu de batterie : je ne m’en rends pas compte de suite. Ajoutons à cela que dans ma région, la ligne passe mal et qu’un appel de 5 minutes est susceptible de se faire couper au moins deux fois ou de ne pas transmettre les mots autrement que dans un aquarium, et vous avez une idée précise de ma capacité à être joignable.

Et puis il y a Christine, qui appelle malgré mes demandes de mails. Elle était un peu la maman du groupe, maman réelle de deux d’entre nous, maman de tout un groupe d’écorchés. Christine qui a blêmi quand elle m’a vu descendre du train, qui m’a aidée à faire les cartons à la mort de S. qu’elle aimait tant, qui m’a accompagnée à l’enterrement, qui m’a transmis entre deux crises de larmes comment couper le feu parce que je ne l’avais pas demandé et que j’ai peu à peu lâchée avec tout mon passé quand j’ai eu besoin d’avancer.
Elle doit m’appeler une fois par an, je crois.
Et la communication coupe en trois minutes, parce que ma région, parce que pas de batterie.
Parce que ce matin, je n’ai pas eu le temps d’arriver au téléphone.
Je me dis qu’elle va vraiment finir par croire que je ne veux pas lui répondre, quand le sort s’acharne en réalité à m’empêcher de le faire.

Et je ne rappelle pas parce qu’en toute sincérité, je ne saurais pas quoi dire à une femme qui a aimé mon premier fiancé comme un fils, parce que je hais profondément quand elle me dit « il n’aurait pas aimé te savoir seule, c’est bien » et que là je cherche à lui raccrocher au nez moi-même.
A part peut-être, voudrais-tu récupérer la faluche de S. pleine de pin’s parce que j’ai envie de m’en débarrasser.

Certains disent parfois qu’ils ne sont pas sortables, personnellement je ne suis pas téléphonable.

2 Comments:

  1. ça m\’inspire que les rendez-vous ratés ne sont pas anodins et que le sort a bon dos, ça m\’inspire que ton dernier paragraphe fait sens et qu\’à mon avis, les choses sont comme elles doivent être si vous ne parvenez pas à vous joindre.
    quant au \ »pas téléphonable\ » ah ça ma belle, j\’en connais des palanquées et les vrais s\’adaptent 😉

  2. Je ne crois pas au hasard, quel que soit le domaine.
    Je ne provoque rien, mais effectivement les choses sont telles qu’elles doivent être ou en tout cas telles que j’en ai le besoin. Cela me perturbe un peu que cela se fasse malgré moi, à moins que cela ne me perturbe un peu qu’elle continue de temps en temps d’appeler alors que cela ne fonctionne jamais.. Mais oui, elles doivent être ainsi et je n’ai pas l’envie d’y changer quoi que ce soit.

    Oui, les vrais s’adaptent 🙂

Leave a Reply:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *