Il suffit d'un mot

Le voyage près de chez moi

Titre : Jérôme Attal
 
En effet, vivre à Paris dans un appartement sans parquet, c’est comme séjourner en Amazonie sans avoir jamais vu la forêt, ce qui arrivera peut-être bien un jour, me direz-vous.

 
Je rêve d’être propriétaire.

Posséder n’est pas ce que je vise, non.
Mais être libre de mes murs, qu’ils respirent en toute liberté, que je puisse y peindre, enlever la tapisserie, virer le lino abimé et laid, retirer l’affreuse moquette tachée, mettre une poignée à la porte du jardin, une barrière pour limiter le lapin, un vrai portail, des bambous contre le mur gris transformé avec de belles pierres, réaménager la cuisine, changer de place l’interrupteur impraticable sans se faire une luxation, changer les fenêtres, isoler fenêtres et porte d’entrée, changer la porte, ajouter une fenêtre dans la cuisine et dans la chambre de Prince. Le tout sans que le propriétaire nous hurle dessus.
Ne faites pas de trous, il a dit. Je respecte tellement que je ne vis pas chez moi.

Je voudrais des coquelicots sur mes murs, du parquet dans chaque pièce, du bois dans notre chambre, des mots peints dans tout le couloir et peut-être aussi sur le bureau, du liège et du bois dans la salle de bain, une forêt dans une chambre et un océan dans l’autre ou alors un de chaque sur chaque murs, je voudrais que plus de lumière entre dans notre vie, je voudrais dans la cuisine abattre ce muret si moche et créer des rails pour des vitres qui coulissent et séparent du salon en douceur et à volonté.
Je voudrais que le jardin ne soit pas que dans ma tête et qu’il soit vert avec un beau mur de pierres, que j’ai envie de m’y rendre, d’y respirer, de m’y abandonner, d’y écrire tous les mots.

Je voudrais être chez moi.

3 Comments:

  1. Ton post aujourd’hui fait tellement écho à celui de Baci d’il y a quelques jours ( http://blogmetender.hautetfort.com/archive/2014/03/01/a-la-maison-5311382.html?c ) que je te copie-colle une partie du commentaire que je lui ai fait …
    « On a acheté un chez nous il y a bientôt trois et je n’y suis pas encore chez moi. Je ne me suis pas sentie chez moi partout où j’ai habité. Il ne me faut guère de temps pour me sentir bien quelque part, c’est quasi immédiat, le temps de ranger les bouquins et les tasses à thé, de voir un chat se rouler en boule sur un plaid, mais « bien » n’est pas « chez moi ».
    Ici, c’est, de très loin, le plus joli endroit que j’ai habité, tellement joli que j’ai du mal à y ajouter ma patte de peur que ce soit moins bien. Mais c’est aussi un endroit où il n’y a pas d’espace à moi, même tout petit (un bureau pour deux). Est-ce que ça joue ? je ne sais pas.
    En même temps, on est ici pour toute la vie (sauf si elle prend d’autres méandres que prévu, ce qui serait bien son genre, mais faisons mine de rien), alors, j’ai tout mon temps pour apprivoiser mon chez moi.

    Ton billet m’évoque aussi ce premier « chez soi », son propre corps. A quel point m’y sens-je vraiment chez moi ? j’ai un projet de tatouage, et je sens que pour moi se joue là aussi une sorte d’appropriation, un marquage plus qu’une marque. »

    Et figure-toi que dans ce chez nous dans nos murs, le Chap rechigne à ce qu’on fasse des trous !

    1. Je suis allée lire, très intéressant (et j’i découvert un blog ^^).

      Je crois que je ferai un post, pour pouvoir te répondre, trop de mots se bousculent.. cela réveille plusieurs éléments.

      Ah tiens, lui aussi ? ^^ Il sait dire pourquoi ?

  2. Pour une comme moi pour qui la tanière est l’endroit du repli, de la douceur, le meilleur endroit où se trouver, ça fait écho !

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