Il suffit d'un mot

La Voleuse de livres

Titre : Markus Zusak
 
Souvent, je souhaite que tout cela soit terminé Liesel, et puis voilà que tu fais quelque chose du genre descendre au sous-sol avec un bonhomme de neige entre les mains.

 

Je lui ai foncé dessus.
Il était nonchalamment allongé sur le sol du magasin, ça en était franchement indécent de solitude.
Je l’ai pris, je lui ai rentré l’ongle dans la peau et je me suis enivrée de son odeur. Tout le soleil du monde m’est tombé dessus en un quart de millième de tiers de millième de seconde, sans les nuages et sans la pluie. Juste le soleil entre mon nez, ma main et tout mon être.
Je ne peux pas expliquer ce que peut me faire un citron cueilli dans un arbre, mais je suis extatique ensuite.

Jaune, tenant dans ma main, tombé de l’arbre.
Je suis hantée par le citron tombé de l’arbre.

J’ai fait sentir aux enfants, et des cris ravis ont percés les tympans des personnes autour, indifférentes à cette odeur extraordinaire, indifférentes à ce bonheur si simple, indifférentes aux arbres si petits qui étaient vendus et attendaient la terre pleine et riche dans des pots minablement réduits et en plastiques. J’aurais donné mon citron jaune ramassé sur le sol, pour avoir la possibilité d’emporter les citronniers et les orangers. Comme ça.

Un jour, un ami m’en a offert un mais il était fatigué l’arbre, fatigué d’avoir été trimballé, changé de place, et fatigué de ne pas être mis en terre parce que nous étions en appartement sans balcon ni jardin. Tellement fatigué que les citrons ne dépassaient jamais le centimètre. Chaque minuscule citron tombait, comme s’ils étaient le poids du monde à eux seuls. Je perçais de mon ongle chaque citron, m’enivrait tristement de sa vie si courte, rêvait de sauver cet arbre qui a finit par mourir branches après branches. Comme mon amitié avec mon ami. L’arbre souhaitait peut-être que je sauve d’abord ce lien avant lui-même..

Je suis repartie sans mon arbre, mais je sais que très bientôt je l’aurai inévitablement chez moi.
Je suis repartie avec mon citron pas mûr, tombé trop tôt. Avec l’idée qu’un fruit tombé de l’arbre aurait été jeté sans état d’âme, sans être senti, touché, aimé. Et que je le sauvais. A moins que ce ne soit moi.

J’ai volé un citron.

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