Le trottoir au soleil

Titre : Philippe Delerm
 
Parfois on s’allonge sur le dos, bras coussins sous la nuque, jambes croisées. Des nuages défilent, on ferme les yeux sous le soleil, on boit de tout son corps la souplesse de la terre faussement immobile, vibrant d’une onde immense, à peine perceptible en raison même de son ampleur…

 

Je lui ai dit plus jamais et elle a compris, n’a pas insisté. Ce n’est pas compatible avec deux enfants, sans une aide à domicile. Terminé la mésothérapie, je refuse cet état larvesque, prostrée de douleur à prier pour que tout cela cesse. Plus jamais. Promesse lancée, promesse donnée à tous ceux qui veulent bien écouter ma détresse.
J’en ai fait brûler ma confiture de rhubarbe, j’en aurais pleuré. C’est étrange d’en arriver à pleurer sur la confiture et pas sur mon corps.

Elle a traité l’urticaire géant sa fièvre et sa toux, Hibou accroché dans mes bras. On doit enlever le sable du jardin et prier que ce ne soit pas une allergie à la lapine. Si je devais faire une lettre où je dis s’il te plait, je demanderai à ce que ce soit juste un problème de sable. J’y crois tellement fort que je lui ai déjà promis des sacs poubelles et un sable tout fin sans caillou pour le remplacer, un sable-pas-de-maçon. Il a sourit tellement fort, j’ai cru qu’il allait s’envoler.

Je prends le soleil, sa chaleur et sa douceur et je ne lui rends rien. Je garde pour moi tous les rayons que je trouve, je m’en entoure et m’y apaise. Je fais le vœu secret de le conserver là, toujours, je le prie très fort de continuer à nous aimer, le citron tombé toujours à mes côtés que je perce encore et encore, la peau couturée de mes empreintes d’ongles. Un citron sous le soleil qui réchauffe mes os gelés, la plus douce des journées, vraiment.

J’ai toujours un peu mal, le crâne m’écrase, les articulations tentent de se déplacer d’une louche manière et on se bat ensemble mais un sens différent parce que je n’aime pas jouer à qui-va-où. Je crois que ce temps de soleil, il aime bien, ce corps fatigué. J’adorerais une chaise-longue en plein soleil, à contempler le jardin grillagé que je n’ai pas encore. A la place, je me réchauffe sur le chemin de l’école, avec les parents qui râlent parce que plus personne ne sait les horaires, parce qu’ils sont soit en avance soit en retard et qu’ils se font rembarrer s’ils râlent aux maitresses alors ils râlent là entre eux parce que la porte ne s’est toujours pas ouverte et que ça fait 5 minutes maintenant.
Je n’aime pas, quand les gens râlent. J’ai l’impression qu’ils cachent le soleil.

Je prends ce temps de récupération. Sous le soleil. Avec mon citron.
J’y cherche l’inspiration de mon chemin.

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