Il suffit d'un mot

Tes yeux se moquent

Ce soir je marche beaucoup ce soir je t’aime à reculons
demain je pars pour Londres demain il faut croire, je vole
Et je me moque que tu m’aies pas regardé et je me moque que tu m’aies pas regardé
ce soir sur moi t’as posé les yeux

Ce soir je t’aime amer demain je sens mes yeux se brouillent
demain ne me vient pas très clair alors ce soir je vadrouille
Et je me moque que tu m’aies pas regardé et je me moque que tu m’aies pas regardé
ce soir sur moi t’as posé les yeux


Ce soir je me raconte une histoire demain je te vois pour déjeuner
demain je me demande si ce soir je ne te voudrais pas pour dîner
Et je me moque que tu m’aies pas regardé et je me moque que tu m’aies pas regardé
ce soir sur moi t’as posé les yeux

Louise Attaque

 

Tes yeux se moquent by Louise Attaque on Grooveshark

 

Soir du 2 avril 1999

Ce soir là je n’étais qu’une jeune fille de 22 ans moins quinze heures mais nous les fêtions comme si le jour était le bon pour que Julien soit présent, j’étais célibataire, angoissée mais heureuse et la vie devant moi.

Il y avait E. boulimique et provocante qui ne voulait pas te partager draguait le serveur et ne voulait pas d’enfant ou alors juste une fille mais un garçon elle avorterait (ou était-ce l’inverse ?), Julien qui ne voulait peut-être pas me partager et que j’allais perdre à l’annonce de notre couple, des amis de fac aujourd’hui perdus de vue, M. qui venait de Suède écrasante de je suis, si belle et si détruite à l’intérieur et P. persuadé d’avoir une vie dévastée et courte suite à une diseuse de bonne aventure dont le couple ne tiendrait pas puisque le chemin avait été tracé, Lu. si sûre d’elle qui entrerait dans l’armée un jour à Toulon, La. si peu sûre d’elle dont je détesterai le petit ami qui s’écoute parler et Ma. hyperactive, L. désespérée d’être célibataire depuis sa naissance, J. et I. maladivement jalouse et si gentille qui auraient deux enfants, Sa. aux yeux bleus magnifiques qui connaissait tous ses cours par cœur et les collait dans les toilettes pour apprendre à tout instant et qui allait être recalée en Master parce que le Savoir ne fait pas tout, celle dont j’ai oublié le prénom et qui allait voler à Carrf juste pour voir si c’était possible et ça l’était.

Et puis toi. Les cheveux blonds, les yeux verts et moqueurs, une belle veste de costume. Tu étais beau avec ou sans ton costume mais tu étais classe pour l’anniversaire de la simple amie que j’étais encore. Tu disais que tu allais mourir jeune, tu écrivais des poèmes dignes des plus grands auteurs, tu disais détruire ce que tu touchais. Tu voulais être le parrain des enfants que j’aurais, je partais mais tu m’as dit laisse-moi rester dans ta vie et j’ai dit oui parce que je partais mais que je t’aimais. Un téléphone nous séparait de ta mort.

Je me souviens de ce soir là, des couleurs orangées pastel du restaurant, de tout l’apaisement que cela représentait d’être avec vous tous et j’en aurais peut-être plus profité si j’avais su toute la suite, toutes les disparitions, toutes les ruptures.
Si j’avais seulement su qui j’étais.

Tu m’as engagée ce jour-là sur la route la plus difficile de ma vie, persuadé que tu étais que je pouvais m’ouvrir au monde, m’ouvrir à moi-même, m’ouvrir à mon corps. Tu t’es battu pour me tenir la main sans que je sursaute, pour toucher mon bras sans que je pleure, pour m’embrasser, pour faire réagir mon corps dans la douceur.
Tu m’as fait découvrir Louise Attaque et nous l’écoutions très fort fenêtre ouverte, tu m’as fait découvrir 666 et j’ai détesté, tu m’as fait découvrir ta mère et on s’est détestées, tu m’as fait découvrir la marche et je continue d’avancer.

Tu avais tout le savoir du monde et nous parlions jusqu’aux heures où le soleil se montre de trous noirs, d’étoiles, de couche d’ozone ou d’avions et il arrivait souvent que je m’endorme bercée par le son de ta voix. Tu avais tout le savoir du monde, mais celui des émotions t’était fermé. Tu avais un don particulier pour récupérer une fille qui ne voulait pas rester mais tu ne savais pas la garder alors elle repartait un jour ou l’autre. Quelques 3 mois avant, c’était ton anniversaire à toi et tu avais cette souffrance dûe à la rupture. Je ne sais toujours pas pourquoi ce jour-là tu m’as embrassée. Je ne sais toujours pas pourquoi trois mois exactement à la presque minute près tu m’as de nouveau embrassée ni pourquoi cette fois là je me suis laissée faire pour les 6 ans et demi qui ont suivi.

Je ne savais rien encore de ce que j’allais devoir changer en moi pour me laisser le droit d’exister, rien de ton enfermement, rien de ta dépression, rien de ta maladie qui aurait du se gérer, j’étais loin de ces 6 années d’enfer à traverser et de ce qui en résulterait de celle que je suis aujourd’hui, grâce à toi et à nous. Sans toi il n’y aurait pas cette alliance à mon doigt, mes deux enfants, cet homme extraordinaire dans ma vie. Je sais avec certitude que celle que je suis désormais tu l’as vue se dessiner ce soir là, dans ce restaurant et que c’est elle que tu as embrassée avec un peu d’avance.
Ce soir là sur moi tu as posé les yeux et je t’ai laissé faire.

Merci pour celle que je suis devenue.

Je t’aime.


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