Il suffit d'un mot

Blood Song, tome 1 : La voix du sang

Titre : Anthony Ryan

Pour haïr quelqu’un, encore faut-il le connaitre.

 


 
Ce livre m’a fait l’effet d’un énorme coup de cœur, tant le thème, l’écriture et les personnages m’ont plu. Et puis de petites choses m’ont rendu la lecture moins douce, et même si j’ai passé un très agréable moment je n’ai pas non plus vécu cette histoire comme un enchantement vertigineux.

Le livre commence dans une écriture en italique, comme un aparté : un écrivain royal, le Seigneur Verniers Alishe Someren, va écrire l’histoire de Vaelin al Sorna, un prisonnier qu’il escorte jusque sur le lieu d’un tournoi présenté comme perdu d’avance. Ils veulent la mort de cet homme qui a tué l’héritier Impérial (ce qui lui vaut la haine de tout un pays, haine parfaitement bien rendue, très attachante), mais choisisse le prétexte d’une faute commise par son propre père (j’ai mis longtemps à comprendre le véritable chef d’inculpation) pour se donner le droit d’arranger un combat pour il est censé trouver la mort et ainsi satisfaire ses détracteurs.

Il ne m’a pas été particulièrement évident d’appréhender la présence de Verniers, le rapport entre ces deux hommes m’échappant complètement (même si j’ai bien saisi les liens l’unissant à l’héritier tué). On me le présente comme dangereux, « le prisonnier était accompagné d’un détachement entier de la Garde Impériale en escorte rapprochée ». Quelques pages plus loin, ledit prisonnier dangereux se voit offrir (rendre) son épée sans que personne ne soit choqué, et un simple homme de mots pour escorte sur un bateau.
Mais soit. L’écrivain écoute, le prisonnier parle.
On entre alors dans l’histoire de Vaelin al Sorna, racontée par l’écrivain. C’est rendue à la moitié du livre, que j’ai réalisé qu’en réalité nous n’avions pas la version de Verniers (auquel Vaelin sert quelques mensonges) mais la version réelle des faits. J’ai encore moins compris le prétexte de l’écrivain, sa présence, cette histoire qu’il écrit. Je ne suis au final par certaine de ce que Verniers apprend et ce que je sais personnellement, ni donc pourquoi il prends note de son histoire (qu’est-ce que cela apporte à l’intrigue ?).

Dans la première partie, de loin celle qui fut la plus intéressante, j’ai assisté à l’éducation militaire du jeune garçon Vaelin.
J’ai regretté profondément le peu d’attachement aux jeunes qui partagent son quotidien, les quelques morts qui l’entourent m’ont du coup laissée assez sereine : je ne me suis pas sentie impliquée dans leur perte. D’ailleurs, une fois deux ou trois morts de jeunes gens (que j’ai peiné à identifier) lors d’examens en pleine nature, et bien qu’on apprenne que dans d’autres groupes il y a des départs et/ou des morts, le groupe soudé (tout est relatif.. j’ai trouvé, justement, que cela manquait de liens, dans le ressenti) qu’ils forment ne craindra plus rien tout au long de leur « scolarité militaire ».
Sincèrement, j’avoue être pleinement masochiste quand je lis un livre : j’aime craindre pour la vie des personnages, j’aime pleurer sur la mort de l’un deux, j’aime me plonger et souffrir avec eux. Ce ne fut pas le cas sur ces lignes là.
Le personnage secondaire qui m’a le plus charmée viendra plus tard, gamin des rues formidable au caractère le plus attachant. Les autres, bien qu’avec chacun un caractère particulier et très bien rendu, manque un peu de profondeur à mon sens.

Je me suis passionnée pour les Aspects, les Ordres et cette grande spiritualité propre aux personnages, passionnée à en regretter de ne pas en savoir davantage.

Et si j’ai préféré, et de loin, cette partie du livre, j’ai regretté un manque de magie certain que je pensais trouver plus rapidement. Celle-ci, sous le nom de « la ténèbre » intervient plus tard dans le livre, d’une manière souvent très intéressante mais le plus souvent dans trop de directions ; et malheureusement au milieu de guerres, batailles et tueries qui m’ont rapidement lassées. J’aurais aimé approfondir bien davantage ce chant permettant par exemple de forger une épée, m’en imprégner, le vivre pleinement.

Petit spoiler :
Je n’ai jamais été particulièrement attirée par les chantages (« sinon ta famille que tu n’as pas vu depuis 11 ans (et que tu ne connaitras de toute façon jamais) va y passer.. ») obligeant un héros à faire ce qu’il ne veut pas faire. L’accord passé avec le Roi m’a paru bancal, pas en accord avec la personnalité de Vaelin. Mais soit.

Il y a eu quelques autres évènements de cet ordre là, qui m’ont fait sortir de ma lecture parce que je ne comprenais pas.
(Attention spoiler)Comme par exemple, Balafre, le chien que l’ont nous dit si dangereux, le chien dont on a l’impression qu’il s’occupe si peu, ce chien élever pour tuer qui devient si doux et qui finalement tue pour son maître et se fait tuer, après 500 pages à penser que finalement ce chien, l’auteur n’en fait rien. J’ai toujours détesté les sacrifices, surtout des animaux ; ils sont prévisibles et au final inutiles.

Le dévoilement de l’intrigue pour le deuxième tome, un peu tirée par les cheveux, de Barkus qui se trouve ne plus être ce personnage là mais un sombre esprit maléfique.. ne m’a pas convaincue. Je n’ai jamais été portée sur la possession, et n’ai donc pas accroché.

*

L’auteur a cette plume agréable qui fait qu’on aime y revenir, poser le livre n’est pas forcément évident. Il a un style qui lui est propre (je ne saisis toujours pas l’allusion à Robin Hobb à moins de n’y voir que l’analogie des marchés passés avec le Roi comme dans « l’assassin royal »). Mais qu’importe. Passé les maladresses et le manque de profondeur de certains éléments, il s’agit d’un bon livre, vraiment bien écrit. J’ai envie de parier sur la suite, et le travail de l’auteur pour son talent indéniable. Même s’il est clairement évident que les batailles et autres tueries ne sont pas à mon goût, j’ai passé de bons moments en la compagnie de ce livre.

Je citerai pour finir, cette dédicace de Anthony Ryan qui dès l’ouverture du livre m’a touchée comme si elle me parlait directement : « Pour mon père, qui m’a interdit de baisser les bras. »

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