Il suffit d'un mot

Je ne sais plus pourquoi je t’aime

Titre : Gabrielle Zevin
 
Les histoires d’amour s’écrivent en millimètres et en millisecondes et d’un crayon rapide, émoussé, qui laisse à peine une trace, déclama Fuse. Elles se gravent au burain, en kilomètres et en éternités, sur le flanc d’une montagne.
(..)
Peut-être était-ce la vie, tout simplement ? Redevenir sans cesse orphelin. On devrait nous le dire à la naissance : mets ton coeur dans une valise, prépare-toi à voyager.

 

Il y a eu un grand cri et je me suis retournée.
Mon cœur a sauté, s’est serré.
Et j’ai eu honte de moi. J’étais terrifiée par la violence sous mes yeux, cette rapidité, ces quelques secondes de cris, ces presque minutes de colère et de terreur.

Il y a eu un grand cri.
Je me suis retournée d’un coup et mon cœur a sauté. Au moins trois battements de ratés. L’angoisse est montée, j’aurais eu besoin de pleurer en plein milieu de l’école.

Il y a eu un grand cri. Prince est parti plus loin devant comme s’il ne voulait pas savoir, mais moi je n’arrivais plus à marcher je regardais j’écoutais et je me disais que merde je n’avais pas mon portable et que merde je ne pouvais rien faire et que merde je ne voulais pas me faire taper.
J’ai pensé que. Je. Ne. Voulais. Pas. Me. Faire. Taper.
La peur de la douleur m’a paralysée. J’ai honte, vraiment.

Et les mains crispées sur la poussette, j’ai regardé ce père au visage fermé enlever son enfant hurlant de terreur, j’ai regardé cette mère hurler rends-moi mon fils, le père frapper la mère tout en marchant et l’enfant hurler pleurer hurler.

C’était vendredi soir, à la sortie de l’école.
C’est la seconde fois que j’assiste à leur divorce. La première fois, l’institutrice empêchait le papa (aidé de deux copains) d’enlever son enfant de la cour de jeux, et derrière l’instit qui faisait calmement barrage les enfants de ces mêmes parents se cognaient à coup de poings.
Et puis la cloche a sonné, les enfants sont rentrés dans leurs classes et les adultes sont allé cogner quelqu’un d’autre. Une mère, peut-être.

Vendredi j’ai assisté à un enlèvement, à deux parents qui se déchirent leur enfant, aux cris d’une mère paniquée, aux coups d’un père en colère.
Des parents pas concernés se sont interposés. Je ne sais pas l’issue, je ne suis pas restée. Je me sentais inutile, pas courageuse, voyeuse.

Un enfant hurlait de terreur parce que deux parent le veulent. L’aiment. Le veulent.

J’ai été lamentable.
Je suis toujours lamentable, quand des gens crient.

4 Comments:

  1. Tu n’as pas à avoir honte.
    Tu as eu peur, la peur paralyse.
    J’aurais surement réagit pareil, nous sommes beaucoup à surement réagir pareil.
    C’est vraiment très triste, une situation pareille…

    1. Je déteste être ainsi paralysée par la peur.. j’aimerais bien passer par-dessus ça.

      Oui c’est triste.. une catastrophe sur tous les plans.

  2. C’est surtout eux qui sont lamentables.

    Quelles que soient les raisons du désamour, il n’y a aucune bonne raison de faire subir aux enfants, aucune…

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